Ses souris combattent l’obésité

Au coeur de la plus grande entreprise de biotechnologie au monde, cette biologiste met la génétique au service de la santé.


 

Couché sur le dos, les orteils en éventail, le bedon proéminent et l’air béat: on dirait un touriste québécois en Floride. Ce gros rat est l’un des 15 000 « pensionnaires » de l’animalerie d’Amgen, la plus grande entreprise mondiale de biotechnologie, à South San Francisco. « Certains animaux se la coulent douce dans notre hôtel, dit la généticienne Hélène Baribault. Ce rat mange comme beaucoup d’Américains: il a droit au régime McDo! »

Si elle a le sens de l’humour, cette pétillante blonde de 47 ans n’en est pas moins une chercheuse réputée, qui collectionne les découvertes. Elle coordonne l’ensemble des recherches sur la génétique de la souris pour le laboratoire californien d’Amgen – recherches qui visent à mettre au point des médicaments contre l’ostéoporose, l’athérosclérose, les maladies auto-immunes ou neuropsychiatriques. Contre l’obésité et le diabète, aussi, d’où le menu gras et sucré auquel elle soumet le dodu rongeur.

Depuis son arrivée à Amgen, en 2004, la scientifique québécoise a travaillé avec une centaine de lignées de souris « mutantes », ou transgéniques, correspondant chacune à un gène différent. Des « colonies » qui ont permis à Hélène Baribault de réaliser plusieurs découvertes. Récemment, un de ses articles traitant d’immunologie a été accepté par la prestigieuse revue Nature. Elle a aussi publié, dans Neuropsychopharmacology, un article montrant que des souris mutantes (auxquelles il manque le gène MCHR1) sont résistantes non seulement à l’obésité, mais aussi au stress – ce qui ouvre la porte à l’élaboration d’un traitement de l’anxiété chez l’humain. Elle a découvert le rôle, dans l’ostéoporose, d’un autre gène de la même famille.

Outre ses travaux sur les souris transgéniques – qu’elle fréquente depuis 20 ans -, la scientifique pratique de plus en plus la génétique in silico («dans le silicium »), c’est-à-dire sur ordinateur. « Aujourd’hui, les banques de données sur les variations naturelles dans les populations de souris sont suffisamment volumineuses pour permettre de découvrir de façon virtuelle de nouvelles fonctions aux protéines, dit-elle. En utilisant un minimum d’expériences in vivo. »

Installée en Californie depuis 1989, après un postdoctorat en Allemagne, cette Québécoise s’est intégrée en douceur dans le monde multiculturel de la biotechnologie… et de la musique! Saxophoniste dans un big band – le San Francisco Bay Jazz -, elle vient de faire une tournée de spectacles en Chine et au Viêt Nam. Elle a toutefois gardé des liens étroits avec son pays natal et a même envoyé plusieurs lignées de ses souris mutantes à ses anciens collègues de l’Hôtel-Dieu de Québec!

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