Souffrir de stress post-traumatique durant 75 ans

Le Dr Alain Vadeboncoeur décortique l’état de stress post-traumatique après une rencontre avec un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale atteint de ce trouble.

Scène de mort et de désolation après l’opération Jubilee, Dieppe, France, 19 août 1942. (Photo: Bibliothèque et archives Canada/Flickr)
Scène de mort et de désolation après l’opération Jubilee, Dieppe, France, 19 août 1942. (Photo: Bibliothèque et Archives Canada/Flickr)

L’homme âgé, ex-militaire de carrière, se tient bien droit devant moi, souriant, les yeux vifs, volubile. Il est encore actif dans son milieu, s’impliquant tous les jours pour aider ses anciens camarades de combat. Il semble d’ailleurs lui-même en excellente santé. Avant de s’éloigner d’un pas rapide, il me tend la main, serre la mienne fermement et me remercie poliment, le regard voilé par l’émotion.

Songeant à ce qu’il vient de me raconter, je reste pensif, impressionné par son parcours, puis je retourne pour ma part au travail. Après avoir passé sa jeunesse dans les cadets, il s’enrôle ensuite dans l’infanterie. Nous sommes en 1939 et les Allemands avancent rapidement. Ayant traversé l’océan, il se retrouve au front, face à l’ennemi.

Après deux jours de combat, son officier constate la précision de ses tirs et lui confie une tâche difficile, celle de tireur d’élite (sniper). Il accepte, même s’il vient à peine d’avoir 15 ans.

D’abord ferme, sa voix tremble un peu en me racontant son long passage au front. Jusqu’en 1942, jamais blessé, il défend de son mieux les bataillons de parachutistes. Puis, lors du débarquement de Dieppe, il est fait prisonnier, jusqu’à la libération. Depuis tout ce temps, il dort mal, voyant défiler devant ses yeux, chaque nuit, les images abominables.

Alors, tous les jours, pour se changer les idées, il aide les anciens combattants, dont plusieurs souffrent du même mal que lui, le trouble de stress post-traumatique (TSPT).

George Frederic Watts, « Chaos » (c. 1875)
George Frederic Watts, «Chaos» (c. 1875)

C’est dire l’intensité des symptômes qui empoisonnent la vie de bien des gens, militaires ou pas, ayant été confrontés à des chocs émotionnels. Ma rencontre avec cet homme m’a donné le goût de vous en parler un peu.

Confronté à la mort, à la peur de mourir, à l’horreur, à une peur intense ou à une menace directe, chacun est à risque de développer des problèmes psychologiques variés, notamment le TSPT, qui fait partie de la famille des troubles anxieux. Mais il s’agit d’un trouble réactionnel, apparaissant à plus ou moins long terme après un événement dramatique.

Selon l’Institut Douglas à Montréal, dont le site internet offre de l’information sur le TSPT, plus de 800 000 femmes au Canada et près de 400 000 hommes sont affectés. Des données américaines suggèrent que jusqu’à 10 % des personnes confrontées à une situation extrême (agression sexuelle, agression physique, prise d’otage, désastre, accident) développent un TSPT.

Je ne sais pas si les données canadiennes correspondent, mais aux États-Unis, on dit que 90 % des gens sont exposés à une telle situation au cours de leur vie. Il faut être confronté à une situation extrême, comme un soldat, une victime d’agression ou de catastrophe, un pompier ou encore un travailleur de la santé pour être à risque de développer un TSPT.

Par contre, l’horreur extrême de certaines images, auxquelles nous sommes exposés par le biais des médias, ne pose pas de risque spécifique, même si une personne ayant déjà souffert de TSPT pourrait observer une réactivation après l’exposition à ces images.

Enfin, n’oublions pas que les soignants sont aussi à risque, puisque l’exposition à des blessés multiples, au chaos, à la souffrance et à la mort peut affecter tout le monde, y compris les médecins et les infirmières d’urgence les plus endurcis.

Je pense à mon collègue Patrick Pelloux, urgentiste à Paris, dont j’ai déjà parlé ici, mêlé aux événements de Charlie Hebdo, un des premiers arrivés sur les lieux, qui s’est trouvé à soigner ses propres amis dans ce drame.

Les symptômes du trouble de stress post-traumatique

Trois groupes de symptômes sont liés au TSPT. Le premier, le plus caractéristique et le plus impressionnant, consiste à revivre involontairement la situation sous forme d’images récurrentes, accompagnées d’émotions vives, symptôme affectant le militaire âgé depuis toujours, chaque nuit. On parle alors de reviviscences.

Les personnes affectées par le TSPT pourront aussi développer de l’évitement, un peu comme pour une phobie, perturbant leur vie quotidienne. Par exemple, elles ne peuvent plus sortir dehors, se mêler à la foule ou encore prendre les transports en commun, de crainte de réactiver les émotions vécues. Enfin, on parle de symptômes d’un état d’hypervigilance (ou hyperéveil) qui affecte constamment les personnes, même en l’absence de tout danger immédiat.

Apparemment, ces symptômes sont de durées variables, allant de quelques semaines à plusieurs années. On dit que la moitié des gens les verront disparaître sur une période d’un à deux ans, bien que dans certains cas, ils se chronicisent.

Le TSPT est d’autant plus difficile à traiter qu’il peut s’accompagner d’autres problèmes psychologiques, notamment, dans 30 à 80 % des cas, de dépression majeure. Au-delà des trois symptômes évoqués, la personne ressentira alors une grande tristesse, une lassitude, une fatigue, un désintérêt ou même des idées suicidaires.

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Par ailleurs, différents symptômes physiques peuvent accompagner le TSPT. Outre les manifestations physiques de l’anxiété (tremblements, manque d’air, palpitations, etc.), on retrouve beaucoup de douleurs chroniques ou encore de cas de fibromyalgie.

Enfin, la toxicomanie vient parfois compliquer le tout. C’est que pour essayer de contrôler leurs symptômes, les personnes peuvent alors abuser d’alcool, de médicaments ou même de drogue.

On peut offrir des traitements

La bonne nouvelle, c’est qu’on peut tout de même soigner le TSPT. Les psychologues, les psychiatres et d’autres professionnels spécialisés dans les suivis de ce trouble peuvent donc être d’une aide précieuse.

S’il est difficile «d’effacer» le traumatisme et de revenir à un état de bien-être antérieur, on peut apparemment contrôler les symptômes ou même les faire disparaître.

Différentes thérapies sont ainsi offertes: individuelles – de type comportemental ou cognitif, et par d’autres techniques plus spécialisées – ou en grand groupe, par exemple quand des équipes sont affectées ensemble.

Quand d’autres problèmes psychologiques prédominent, comme la dépression majeure, une médication spécifique (antidépresseurs) est alors ajoutée.

Quelques conseils à méditer

De l’aide psychologique est souvent offerte sur place en cas de drame. On recommande aux gens d’accepter cette aide s’ils la souhaitent. Pour les personnes ayant tendance à se refermer sur elles-mêmes, il faut éviter de s’isoler de ses proches et plutôt choisir d’en parler.

Par ailleurs, pour les proches des gens affectés par un grave traumatisme, l’empathie et une ouverture à écouter les propos sont importants, même si c’est parfois difficile à supporter. Si des groupes d’entraide existent et que la personne affectée se sent confortable avec ce genre d’approche, elle peut évidemment participer.

Enfin, il est également recommandé dans les semaines qui suivent le traumatisme de porter une attention à toute consommation excessive d’alcool, de médicament ou de drogue.

Après le traumatisme initial et lorsque la personne se sent prête, le retour aux activités normales est important. Toutefois, les spécialistes recommandent de consulter si les difficultés persistent plus de six mois.

De manière générale, on voit toute l’importance d’encourager les contacts humains après ces drames. On a vu à Paris à quel point les gens ont eu besoin de se rassembler, de s’entraider, de partager leurs émotions et de souligner le deuil.

Pour mon militaire, c’est en s’impliquant auprès des siens et en demeurant bien actif qu’il lutte quotidiennement contre les symptômes qui l’affligent toujours. Il reçoit également l’aide de professionnels.

Son trouble va probablement l’affecter jusqu’au terme de sa longue vie, mais il aura réussi entretemps à en aider plusieurs autour de lui. Sans doute une façon de s’aider lui-même au travers ces gestes de générosité.

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« (…) à la différence des névroses traumatiques pures et par rapprochement avec les névroses de transfert, ce qui fait peur, c’est bel et bien un ennemi intérieur » — Sigmund Freud

Ce qu’on définit aujourd’hui par cet acronyme : TSPT. Se définissait à quelques nuances près plus froidement auparavant, par ce qu’on appelle les : « névroses de guerre ». Le sujet était déjà d’actualité voici 100 ans lorsqu’issu des cendres encore brulantes de la « Grande guerre » cela formait dès 1918, le thème du Ve Congrès de psychanalyse de Budapest. Portant publication d’un ouvrage collectif signé entre autre de Sándor Ferenczi, Karl Abraham, préfacé par Sigmund Freud, intitulé : « Zur Psychoanalyse des Kriegsneurosen » (Sur les névroses de guerre).

L’objectif recherché était alors de mettre en place des centres psychanalytiques, de former des médecins pour pouvoir étudier complètement ce genre d’affections. Et ainsi faire progresser la recherche. Ceci ne vit pas le jour.

Le sujet sera par la suite développé entre autre par Freud ou encore par le psychiatre britannique Ernest Jones, qui souligne ce conflit qui perdure entre « l’ancien moi du temps de paix » et « le nouveau moi du temps de guerre ».

Ce type de conflits sera d’une autre façon mis en scène par un médecin écrivain : Louis-Ferdinand Céline qui présentera de manière romanesque et admirable (entre autre dans : « Voyage au bout de la nuit » et dans « Nord » comment ces expériences traumatisantes affectent l’humain comme tout pareillement la société toute entière qui est littéralement contaminée — même en temps de paix -, par les manœuvres et circonstances guerrières.

Il est regrettable à la lecture de cet article, de constater qu’après autant de temps et autant de conflits de toutes natures, nous sommes toujours aussi désemparés et aussi peu outillés pour bien soigner ces affections. Incapables dans les forces armées notamment de faire de la prévention. Incapables de recruter et de former des soldats et encore des intervenants psychologiques qui soient à même de faire face à la musique en de telles situations.

On peut s’étonner et déplorer également que malgré de belles idées telles que La Société des Nations ou encore l’ONU, on consacre toujours autant de subsides pour s’ingénier à larguer des bombes sur toutes sortes d’innocents (dommages collatéraux) et tellement peu finalement à promouvoir les bienfaits de la paix et de l’éducation.

— Hormis cela, il n’y a rien à signaler. Tout va évidemment pour le mieux 🙂

Toute une photo de Dieppe avec la barge de débarquement qui brûle, les chars Churchill détruits ou enlisés, le soldat en premier plan fort probablement canadien et l’autre, plus loin, probablement un ranger américain.

Toute une boucherie.

En tout cas, bonne chose qu’on en parle de plus en plus du SPT.

Bonjour!!
Je travaille avec les gens souffrant d’ESPT depuis des années. La littérature scientifique sur le sujet décrit 2 psychothérapies utiles dans ce cas: celle que vous nommez et EMDR. (Bisson et al, Cochrane database)
Celle-ci est d’ailleurs reconnue aussi par l’OMS et peut être utile même après des années de souffrances.
Par ailleurs le premier but visé dans le traitement de ce problème est de traiter l’insomnie, puisque celle ci sera importante dans la psychothérapie. Le sommeil adéquat permet le travail de mémoire (« REM sleep »), nécessaire à la reconsolidation de la mémoire (post traitement).
Vos conseils à méditer sont excellents, tout en nuances. Merci!

Mon père est sorti de la guerre 39-45 avec les honneurs. Ils a été décrit par les officiers qui le commandaient comme un homme équilibré, responsable, fiable. Puis, dans les deux années qui ont suivi la fin de la guerre, il a développé de l’agoraphobie. Pris de panique sur la rue St-Jean, il s’est présenté de lui-même en psychiatrie à l’Hotel-Dieu de Québec. Et depuis ce temps jusqu’à quelques années avant sa mort, il a trainé un diagnostic de psychopathe émis par les psychiatres attachés à l’armée. Et ce même si tous les symptômes décrient par ces même psychiatres dans son dossier étaient un copié-collé des symptômes énoncés dans le document du ministère de la défense nationale sur les chocs post-traumatique.

Il a du se battre contre eux pendant toute sa vie pour faire reconnaitre sa condition réelle. Ce n’est que vers 1996 (50 ans plus tard !) que finalement, quelqu’un quelque part a fini par reconnaitre qu’il avait une condition liée à sa participation directe aux combats. Vous rendez-vous compte ce que cela veut dire de vivre avec un diagnostic de psychopathe ? J’ai lu le document du ministère sur les choc post trama, et le dossiers médical militaire de mon père après sa mort. Je ne blague pas quand je dis un copié-collé. Je suis encore en colère contre ces sois-disant médecins psychiatres.

Très bon article de A. Vadeboncoeur et bons commentaires de S. Drouginsky.

Je serais cependant curieux de savoir jusqu’à quel point un stress post-traumatique peut être vécu par la perte d’un être proche, un enfant, par exemple. Jusqu’à quel point le souvenir du parent qui revoit ou imagine la scène qui a conduit à la mort de son enfant se rapproche-t-il d’un stress post-traumatique? Surtout si le parent se dit qu’il aurait pu empêcher ce décès (une noyade par exemple, ou un mauvais choix de traitement d’une maladie).

S. Drouginsky a soulevé aussi le point de la psychanalyse. Je pense que ça a été une bonne chose que les psychanalystes ne s’occupent pas trop du stress post-traumatique. Par leur pratique, ces psychanalystes font revivre aux gens leurs troubles passés, et ça peut les mener davantage vers le suicide que vers la guérison. D’ailleurs, la psychanalyse tient beaucoup plus du charlatanisme que de la psychothérapie. À éviter si vous avez un SPT.

@ M Belley,

Merci pour vos commentaires. Cependant je me dois de répondre à vos propos que je ne partage pas.

Vous évoquez en peu de mots plusieurs choses qui mériteraient probablement qu’elles soient approfondies. Je vais néanmoins m’efforcer d’être aussi bref que possible moi aussi.

— Commençons par la fin, je vous cite : « D’ailleurs, la psychanalyse tient beaucoup plus du charlatanisme que de la psychothérapie »

Vous avez selon moi, à la fois tort et à la fois raison. Beaucoup de personnes qui n’ont pas nécessairement une formation adéquate, s’improvisent « psychothérapeutes » et certains se disent « psychanalystes ». Les personnes qui consultent sont souvent plus préoccupées de leurs problèmes que de pleinement se renseigner sur les capacités de ces thérapeutes de bien s’occuper d’eux.

En ce sens donc, vous avez raison. Il y a bien des charlatans dans ces professions. Mais globalement cela touche toutes les psychothérapies et non la psychanalyse en particulier qui est une des professions parmi les plus contrôlée. Reste à savoir s’il n’y a pas toutes sortes de charlatans dans toutes sortes de professions. Donc viser une profession en particulier relève du procès d’intentions.

— Je vous cite encore : « Par leur pratique, ces psychanalystes font revivre aux gens leurs troubles passés, et ça peut les mener davantage vers le suicide que vers la guérison »

Encore ici vous avez peut-être tort et à la fois raison en partie seulement. Vous insinuez que les psychanalystes font revivre les troubles du passé. Sur quelles connaissances des pratiques fondez-vous cette affirmation ?

Bien que chaque psychanalyste puisse adapter sa pratique. Ce que je connais de cette pratique, pour avoir suivi une psychanalyse et parlé avec quelques professionnels sur ce sujet ; cela indique plutôt que les psychanalystes s’intéressent d’abord à l’instant présent. Ce sont en contrepartie les patients qui reviennent sans cesse aux souffrances passées.

Le fait de devenir progressivement capable de verbaliser des traumatismes antérieurs, facilite une certaine altérité. Cette prise de distance par rapport aux peines passées ne permet pas la guérison au sens strict du terme, elle ne peut seulement que vous rendre plus empathique par rapport à la souffrance d’autrui.

Il y a des gens hélas qui mettent fin à leur vie pour toutes sortes de raisons. Ici encore vous ne nous expliquez pas en quoi une personne qui suivrait une psychanalyse aurait statistiquement plus de chances de se suicider qu’une personne qui ne suivrait pas de psychothérapie ou toutes psychothérapies autres que la psychanalyse.

Vous essayez plutôt de nous faire croire que la mémoire, qu’évoquer librement une chose passée (donc de procéder à un travail sur la mémoire) serait une cause susceptible d’engendrer le trépas. Il faudrait plutôt selon moi prendre le temps de bien analyser les causes réelles qui conduisent des personnes à choisir cette voie.

@ S. Drouginsky
Pour une critique de la psychanalyse, je vous réfère aux écrits de Serge Larivée, professeur de psychoéducation de l’université de Montréal. Je vous suggère, entre autre, La psychanalyse ne résiste pas à l’analyse, Revue de psychoéducation, vol 42, (2013) p185-230
Cet article a été repris dans la revue Le Québec sceptique, no 88 (2015), et no 89 (en rédaction), que vous pouvez acheter au cout de $5.00, en ligne, auprès de l’association des Sceptiques du Québec.
Larivée se réfère entre autre au livre de Borch-Jacobsen, M. (2011a). Les patients de Freud. Auxerre, France : Éditions Sciences Humaines.

En deux mots, la psychanalyse tient davantage de la secte que de la science. Cet article de Larivée montre que Freud n’a pas guéri de patients avec sa psychanalyse, et que cette dernière n’est basée que sur des affabulations qui n’ont pas encore été confirmées par la partie de la psychologie basée sur les sciences expérimentales. Les écrits de Freud ne sont pas encore tous disponibles, parce que gardés par une association de psychanalystes qui ne les divulguent qu’au compte-goutte. Par contre, ce qu’on en sait est rapporté dans le livre de Borch-Jacobsen. Ce que publiait Freud ne correspond pas avec ce qu’il écrivait dans ses carnets d’observation.

Vous écrivez: « Vous essayez plutôt de nous faire croire que la mémoire, qu’évoquer librement une chose passée (donc de procéder à un travail sur la mémoire) serait une cause susceptible d’engendrer le trépas. » Ma réponse est oui. Que font les gens qui ont subi un stress post-traumatique si ce n’est que se remémorer encore et encore l’événement traumatique vécu. Pour mieux vivre, il faut l’oublier, l’effacer de sa mémoire, ou du moins prendre énormément de recul. Plus vous l’analysez en profondeur, plus vous vous le remettez en mémoire, plus vous le revivez. Pas étonnant que ça conduise au suicide, quand on est devant une absurdité. C’est le même problème avec la dépression. Voir J. Rottenberg, The Depths: The Evolutionary Origins of the Depression Epidemic

Par exemple, j’ai un cousin schizophrène qui a complètement redéfini sa vie en se considérant comme la victime de ses parents. Pour le guérir, il faudrait lui enlever cette victimisation qui est devenu l’assise de sa personnalité. Sans sa victimisation, il n’est rien… Et c’est lui-même qui dit ça. Alors il revit constamment les problèmes de son enfance, alors qu’il faudrait sinon les effacer, au moins les laisser dans le passé et tenter de se tourner vers l’avenir.

Alors, pour favoriser l’oubli chez les gens qui on un SPT, peut-être faudrait-il en revenir aux électrochocs?

@ M Belley,

— En réponse à vos questionnements :

Hum ! Les électrochocs pendant que nous y sommes, pourquoi pas ! Et puis aussi la trépanation, la camisole de force et les sédatifs par injections. Comme ça les gens mis en état de légumineux permanent ne se suicident effectivement pas !

Pourquoi vouloir choisir l’oubli comme forme paradigmatique de la guérison ? Pourtant au Québec, je me souviens !

Mais pour se suicider cher monsieur, il en faut du courage ! Même quand on a choisi de se suicider socialement comme c’est un peu personnellement mon cas. On est en état simultanément mort et on est vivant. N’est-ce pas amusant de voir les gens tels qu’ils sont, que chaque seconde qui passe est un inexorable cheminement vers la libération ? Vers la catharsis, vers la guérison !

La guérison, ça se travaille et ça se mérite, ça ne tombe pas comme ça tout cuit ! Ce serait un peu trop facile ! Qui a jamais prétendu que la psychanalyse soit infaillible ? Les sectes, les religions en revanche le sont. Et certaines pseudo-psychothérapies et autres pseudosciences (dénoncées aussi par Serge Larivée) le sont.

C’est vous qui dites que, je vous cite : « la psychanalyse tient davantage de la secte que de la science ». Mais qui dit que la psychanalyse soit à proprement parler une science ? Ce n’est pas une science au sens strict du terme. C’est une expérience, c’est un cheminement. C’est peut-être la psychanalyse qui vous choisit. Pas vous qui la dominez.

Qu’est-ce qui définit exactement une secte ? — Depuis qu’elle existe, La psychanalyse fait peur, elle a toujours eu son lot de détracteurs. C’est normal, conscience pure et refoulement des pulsions n’ont jamais fait bon ménage. Ce que vous faites parler ici c’est une part de votre refoulement. Vous êtes (tout comme moi d’ailleurs) le produit d’un conditionnement. On appelle cela dans le langage vulgaire : la socialisation. Ça commence dès les premières heures de la vie.

C’est évidemment beaucoup mieux et beaucoup plus le fun d’avancer avec une béquille par le truchement de toutes sortes de psychothérapies bidon. En plus cela permet de multiplier toutes sortes de thérapies, puisque : on sait tous après tout qu’on va tous mourir un jour. Mais… on veut surtout pas souffrir et surtout pas : voir la mort en face, telle qu’elle est. — Si on la voyait, cela donnerait peut-être un autre sens à la vie. Cela nous rendrait peut-être tous plus humains.

Un monde en paix, sans armée, sans partis politiques, sans police, sans justice, etcetera… Ce ne serait plus le monde ! Faut surtout pas que ça change. Des millions d’emplois en dépendent.

L’être humain a dans le monde animal cette capacité incroyable d’accepter à peu près toutes les conditions. Cela justifie parfaitement Daech, les camps de la mort et de concentration et pratiquement toutes les situations. Y compris pour un soldat de tuer à des milliers de kilomètres de la maison des personnes qui à toutes fins pratiques ne vous ont rien fait.

Si les mots de monsieur Larivée sont susceptibles de vous rassurer soyez assuré que c’est déjà ça de pris ! Après tout, on peut très bien vivre toute sa vie avec un syndrome post-traumatique, une psychonévrose et même la schizophrénie. C’est donc une absurdité que de vouloir à tout prix obtenir la guérison. Je pense même que c’est une perte de temps et que c’est parfaitement contreproductif.

Les gens ont le droit de suivre les activités sociales qui leur conviennent. Certains préfère le bridge, d’autre assister à la soirée du Hockey et d’autres encore préfèrent lire Freud, Jung ou Françoise Dolto. Il est où le problème dès lors que les gens sont contents ?

Vous voudriez mettre tout le monde dans le même moule si je vous comprends bien. Si c’est ça le bonheur… Eh bien au diable la psychanalyse et vive la zombification pour tous si c’est le prix à payer pour garantir notre évolution !

Aucune personne au monde n’est tenue de suivre une cure psychanalytique. Vous avez le droit de dire « stop » quand bon vous semble. Pas sûr que toutes les activités humaines donnent cette amplitude au niveau du choix !

PS : Qu’est-ce qui vous permet de dire avec certitude que votre cousin ne serait pas la victime de ses parents ? Et qui a établi qu’il souffrait de schizophrénie ? Est-ce que noir, c’est noir et si c’est pas noir cela veut-il dire que c’est blanc ?

@ S. Drouginski

Quand on a un cancer, on le traite, pour pouvoir vivre plus longtemps et, on espère, en meilleure santé. C’est assez souvent la même chose avec les maladies mentales, comme ici le stress post-traumatique. Plusieurs consultent parce qu’ils veulent s’en sortir, parce que ça rend leur vie invivable. Et, dans ces cas, avancer avec une béquille est souvent beaucoup mieux que de ne pas avancer du tout.

J’ai suggéré ci-haut de favoriser l’oubli des événements stressants pour traiter le SPT. Les électrochocs pourraient aider en ce sens. http://www.acfas.ca/publications/decouvrir/2014/04/electrochocs-vieux-prejuges-nouvelles-approches
Je n’ai pas parlé de trépanation ni de camisole de force, et vous avez oublié la lobotomie, qui marchait admirablement bien dans le temps. Par contre, pour les sédatifs, ils sont déjà utilisés largement pour les dépressions de toutes sortes. Ça aide à laisser le temps agir pour diminuer l’effet marquant des événements vécus.

Vous défendez bien la psychanalyse, mais elle n’a pas fait ses preuves. Elle n’est pas plus efficace qu’un placébo. C’est aussi le cas de plusieurs psychothérapies et de bien des médecines alternatives. Mais, si une personne se sent bien à dépenser des milliers de dollars pour un traitement placébo, et bien, c’est son choix et son argent. Je considère seulement que des traitements démontrés comme efficaces seraient plus appropriés.

Vous parlez aussi de la psychothérapie comme d’un cheminement personnel. C’est curieux de voir que les mouvements religieux de développement personnel utilisent le même langage, tout en ne faisant que pomper l’argent de l’adepte pendant tout son cheminement qui ne lui rapporte rien à la fin, parce qu’il doit encore et toujours s’améliorer. Il reste toujours imparfait, dans une relation parent-enfant avec son gourou. Ça ressemble aussi à la notion de péché du christianisme, dont on doit essayer de se libérer, mais dont on est incapable. Est-ce la même chose en psychothérapie?

Pour ce qui est de voir la mort en face, ça ne nous rend pas plus humain. Je soutiendrais plutôt le contraire. Ceux qui côtoient la mort régulièrement, que ce soit par une mortalité élevée chez les enfants, ou pendant les longues guerres, se désensibilisent par rapport à la mort. Pour eux, donner la mort ou la recevoir n’est pas aussi grave que pour nous qui ne la côtoyons pas tous les jours. Le SPT en temps de guerre vient entre autre du fait, pour une personne ayant toujours vécu en paix, d’être mis face à la destruction et à mort alors qu’il ne s’y attend pas.