SQRI : la culture scientifique comme projet mobilisateur ?

Le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation a entrepris de consulter les scientifiques, et tous les citoyens que cela intéresse, pour élaborer sa future Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation. L’Association francophone pour le savoir et l’Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec ont été mandatées pour recueillir les avis.

La dernière stratégie, qui couvrait la période 2010-2013, avait été plutôt bien accueillie. Elle prévoyait notamment de mettre sur pied cinq projets mobilisateurs pour fédérer la recherche et l’innovation dans des domaines jugés prioritaires : l’avion écologique, l’autobus électrique, le bioraffinage forestier, les TIC vertes et, décidé plus récemment, les soins de santé personnalisés

Maintenant que l’on a satisfait plusieurs secteurs industriels qui ont besoin d’innovation, je crois qu’on pourrait penser plus largement dans la prochaine phase de la SQRI, en faisant du réhaussement du niveau de culture scientifique de la population un nouveau projet mobilisateur.

Dans les dernières années, l’influence des idéologues, le poids des lobbies industriels et des organismes militants, couplés à l’explosion d’internet, ont décuplé la quantité d’informations scientifiques biaisées auxquelles peut accéder la population.

Cette désinformation scientifique à grande échelle coûte très cher à la société.

Tout d’abord, elle décourage nombre de jeunes de se lancer dans des études en sciences et génie, alors même que cette relève est indispensable.

Par ailleurs, elle amène une partie de la population à adopter des comportements contre-productifs pour son bien-être et conduit les politiques à prendre de mauvaises décisions. Par exemple, sous l’influence des mouvements anti-vaccination très actifs sur internet, des maladies infantiles comme la rougeole sont en recrudescence.

Le soutien aux politiques vigoureuses en matière de lutte aux changements climatiques, quant à lui, est affaibli par les «climatosceptiques» soutenus par de puissants lobbies et de plus en plus présents dans la presse populaire.

Et alors que la lutte au surpoids et à l’obésité revêt une importance cruciale pour la santé de la population, celle-ci ne sait plus à quel saint se vouer en matière de nutrition alors qu’elle est sans cesse bombardée de nouvelles études vantées par communiqués qui, sans mise en contexte, disent tout et son contraire.

Il est temps de mettre sur pied un grand chantier pour tenter d’affranchir les Québécois de ces influences néfastes.

Que ce soit sous la forme d’un projet mobilisateur ou d’une autre manière, ce devrait être une priorité de la future SQRI.

Les cyniques diront qu’une société ignare en matière de science et technologie est plus facile à berner. C’est vrai.

Mais même en haut lieu, à Québec du moins, on semble comprendre de mieux en mieux que la culture scientifique est un des piliers essentiels de la prospérité. C’est le temps d’y penser trè$ concrètement.

Laisser un commentaire

«Les cyniques diront qu’une société ignare en matière de science et technologie est plus facile à berner.» Certainement pas en vous lisant. 😉

Tout à fait d’accord avec vous, d’autant plus que dans notre région, la Gaspésie, l’animation scientifique est presque absente en raison d’un Conseil du loisir scientifique absent. Comment le gouvernement peut-il parler de culture scientifique s’il n’exige pas des organismes subventionnés le respect de leur mandat?

Les plus populaires