Statistique Canada nous plonge dans l’obscurantisme

Les coupures récentes et futures du gouvernement fédéral à Statistique Canada sont en train de faire du Canada un pays de plus en plus obscurantiste, dans lequel on arrête de documenter par des études statistiques l’évolution d’une multitude de phénomènes sociaux ou économiques pour se fier plutôt aux intuitions.

Voyez cet article dans Le Devoir et écoutez le chercheur Pierre Noreau, président de l’Acfas, en entrevue à Maisonneuve en direct (à 22min37s) pour avoir une idée de ce qui est en train de se produire.

C’est un drame silencieux, qui aura pourtant des effets durables et bien réels sur chacun d’entre nous!

Malheureusement, dans l’imaginaire populaire, les statistiques n’ont pas la cote. On les voit comme rébarbatives, obscures, pas toujours fiables (on les associe souvent aux sondages en période électrorale…), voire inutiles.

Bref, qui a envie de descendre dans la rue pour des chiffres et des matheux?

Et pourtant. Les études statistiques sont fondamentales pour aider les chercheurs à dresser un portrait le plus juste possible de ce qui se passe dans le monde dans lequel nous vivons.

Elles leur permettent d’ébaucher des hypothèses, de vérifier des théories, de suivre l’évolution de divers phénomènes…

Tout cela sert ensuite à bâtir des politiques publiques qui ont les meilleures chances d’atteindre leurs buts, en s’appuyant non pas sur une vision idéologique de la société, mais sur des faits.

Un exemple (fictif, bien sûr…).

Vous êtes ministre de la sécurité publique et vous voulez savoir si votre pays doit se montrer plus sévère envers les jeunes contrevenants.

Exemple de vision idéologique: «le crime est l’ennemi absolu et les criminels ne méritent que la prison ! Durcissons les lois et l’ordre reviendra».

Exemple de vision éclairée par les statistiques: «Les statistiques montrent que le taux de criminalité ne cesse de diminuer. Les crimes sont surtout liés à la violence familiale et à la pauvreté, et se produisent surtout dans des quartiers défavorisés où le taux de chômage chez les jeunes est particulièrement élevé.»

Une politique éclairée mettra donc la lutte à la pauvreté, l’éducation et la revitalisation urbaine à son agenda.

Si elle est bien menée, elle a toutes les chances d’atteindre son objectif, les études statistiques ayant permis de repérer les véritables déterminants du crime.

L’idéologie, elle, est infiniment plus hasardeuse…

On aurait pu prendre des exemples dans tous les pans de la vie en société.

Vous voulez savoir combien il faudra de maisons de retraite dans 20 ans ? Si un tramway a des chances d’être rentable ? Si les immigrants peuvent facilement trouver du travail ? Si les crédits d’impôt aux entreprises sont efficaces ? Si les jeunes sont en bonne santé mentale ?

Depuis plusieurs décennies, Statistique Canada mène des enquêtes régulières sur tous ces sujets.

Le ministère fournit les données brutes aux chercheurs, qui peuvent les analyser.

À l’intention des décideurs en tout genre, analystes, politiques, journalistes, simples citoyens…  il publie aussi des analyses dans lesquelles les statistiques ont été «prédigérées» par ses spécialistes, pour les rendre sous une forme facilement utilisable.

Comme bien d’autres personnes, je m’en sers régulièrement.

Mais dans les derniers mois, Statistiques Canada n’a pas seulement raccourci le questionnaire du recensement de la population.

Le ministère a mis fin à plusieurs de ses enquêtes, et cessé de produire nombre d’analyses, sur la santé, le milieu de travail, la grossesse ou les jeunes, par exemple.

Exit, notamment, l’enquête longitudinale sur les enfants et les jeunes, qui depuis 1994 suivait le bien-être et la croissance des petits Canadiens de la naissance à l’âge adulte.

Non seulement on disposera donc à l’avenir de moins de chiffres sur ce qui se passe vraiment dans la société canadienne, mais on aura aussi moins de chances de pouvoir les interpréter.

Pour Pierre Noreau, le gouvernement Harper fait de l’«aveuglement volontaire» avec toutes ces coupures. Autrement dit, il conduit le pays avec les mains devant les yeux. Va-t-on finir droit dans le mur?

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Merci pour cet article qui n’en demeure pas moins alarmant quant à l’état de santé de notre pays, présentement sous l’influence des idéologues déviants. Il importe de dénoncer ces inquiétantes dérives qui nous mènent tout droit vers le chaos sociétal, un cancer commun aux épisodes de grande noirceur.
« Ceux qui n’ont pas compris les leçons de l’histoire sont condamnés à la recommencer »
G. Santayana, historien

Le budget de Statistiques Canada est de $ 400 millions par an. Est-ce trop ou pas assez? Là est la question clé à laquelle vous n’avez nullement répondu. Une manière intéressante de répondre à la question, Mme Borde, serait de comparer le budget de Statistiques Canada au budget dans les autres pays, afin qu’on sache un peu plus de quoi on parle au lieu de faire constamment de l’activisme politique anti-Harper.

Mais vous ne l’avez pas fait (je parle de la comparaison, pas de l’activisme politique anti-Harper!). Je vous encourage à le faire.

De mon côté, je transférerais immédiatement $50 millions de Radio-Canada (budget de $ 1 milliard par an pour nous donner des émissions qui sont à 80 % insignifiantes ou insipides) vers Statistiques Canada. Je n’ai pas besoin de statistiques pour deviner que le pourcentage de travail insignifiant ou insipide à Statistiques Canada doit être plus faible qu’à Radio-Canada.

Depuis l’avènement du gouvernement Harper, la vérité ne s’appuie plus sur des faits et la rigueur scientifique, mais sur des perceptions et de simples impressions.

C’est ça que ça donne des créationnistes au pouvoir… reconduisez-les le 19 octobre 2015!

Le budget du CIHR (Instituts de recherche en santé du Canada) est de $960 millions. Cela couvre beaucoup de choses et pourtant ne représente que 2,4 fois le budget de Statistiques Canada.

A priori, je me serais attendu à ce que le budget de Statistiques Canada soit 4 ou 5 fois plus faible que celui de l’immense CIHR.

Il n’est donc pas évident que le budget de Statistiques Canada soit si faible, quand on le compare à d’autres budgets.

C’est une excellente nouvelle. Les fonctionnaires et les bureaucrates ont un outil de moins pour faire de l’ingénierie sociale.

Oui, mais malheureusement , il y a des statistiques , qui sont la rien que pour avoir un budget de plus, et des charges inutiles, au lieu de créer des fondes et un buget pour des études longitudinales, il serait plus judicieux de créer plus de garderie ou améluiorer kles services au Québec par exemple , que de faires des études longi.. je ne sais quoi , c’est stupide..

Tiens tiens, les démagogues font leur petites visite afin de légitimer l’obscurantisme sur fond d’économies…

Pourtant, ils ne remettent pas en question les milliards engloutis dans la défense.

Deux poids, deux mesures, gommer la réalité, croire plutôt que voir, rien n’est mauvais pour les démagogues tant que ça corrobore leur pensée.

Vous voulez savoir combien il faudra de maisons de retraite dans 20 ans ?
S’il y a un besoin, les entrepreneurs vont flairer l’affaire et en construire

Si un tramway a des chances d’être rentable ?
Si ça s’avère utile, un entrepreneur va faire faire une étude de marché et si c’est rentable, il va le faire

Si les immigrants peuvent facilement trouver du travail ?
Qu’ils s’informent avant de partir.

Si les crédits d’impôt aux entreprises sont efficaces ?
Au moins si ça peut servir à éliminer les crédits d’impôt, ça va sauver des milliards par année.

Si les jeunes sont en bonne santé mentale ?
C’est aux parents d’y voir.

AAHHH! mais non, c’est vrai, c’est au gouvernemaman de tout faire.

Le gouvernement Harper n’a qu’un seul vrai objectif : réduire au maximum la taille de l’État. Ceci implique donc nécessairement un complet désengagement de l’État dans le vie des citoyens. Dans cette perspective, toute décision réduisant les motifs d’intervention sera donc bienvenue.

Comme ce gouvernement ne désire plus intervenir dans la vie des citoyens, il n’a plus besoin de savoir où et comment le faire. Il met donc fin, en toute logique, aux activités pouvant lui donner ces informations. Sans oublier que «ce qu’on ne sait pas ne fait pas mal !»

Moins les citoyens seront informés moins ils se plaindront et moins ils contesteront le pouvoir.

Bien sûr il y aura toujours ces esprits étroits prêts à renoncer à toutes mesures sensées du seul fait qu’elles ne donnent pas résultats immédiatement.

Mais comme le disait Michel Audiard :

«Gouverner ne consiste pas à aider les grenouilles à administrer leur mare!»

On peut en fait globaliser. Lorsqu’ils prennent de décisions, les politiciens ne semblent JAMAIS s’appuyer sur des études scientifiques, sociales, économiques ou statistiques.

Ce sont les lobbies ou les humeurs de la populace qui dictent le plus clair du temps les positions et les décisions que les élus prennent.

On y va au « feeling »… et trop souvent les politiciens n’adoptent pas l’attitude JUSTE. (Juste assez mais pas trop!)

Alors il ne faut pas se surprendre qu’un gouvernement comme celui que l’on a au fédéral peut bien trouver inutile Statistiques Canada.

Malheureusement, il y a tellement de « recherches » complètement farfelues et inutiles, pour ne pas dire loufoques, que spontanément on est un peu porté à applaudir, même si globalement Harper nous rend malade… Tenez, hier encore je lisais que selon des « chercheurs », manger un gros morceau de gâteau au chocolat au petit déj fait maigrir. Alors si c’est à produire des âneries semblables que servent nos impôts, vous comprenez que votre cause nous laisse un peu indifférents….

En couant chez Statique Canada on coupe dans les données disponibles pour faire des recherches sur la façon dont nous nous organisons en tant que société. Il me semble que ça devrait être assez important pour ne pas qu’on agisse ainsi. Le gouvernement réformiste est vraiment dans un autre monde…

On dit souvent qu’à l’époque de Maurice Le Noblet Duplessis, le Québec a vécu la Grande Noirceur… Avec les créationnistes évangéliques du PCC/Reform Party de S. Harper, le Canada est sur le point d’être happé par un trou noir… et il ne sera pas facile d’en sortir.

On s’en va vers plus d’obscurantisme, plus d’idéologie et plus de populisme.

Harper n’aime pas la science. Les républicains américain présentement non plus parce que la populace n’aime pas les sciences. C’est la partie la plus médiocre de la population qui l’emporte. L’emporte est un grand mot. Puisque l’obscurantisme permettra d’utiliser le populisme et la démagogie pour les mener par le bout du nez.

Les journalistes qui comprennent les statistiques sont bien trop dérangeants. On ne peut faire ce qu’on veut avec eux. Quand ils ont raison avec des preuves, des fait scientifiques, des statistiques c’est béton, on ne peut rien rétorquer. On a l’air fin après. Vite enlevons leur cet outil.

Ceux qui comprennent les chiffres et qui y accordent une valeur monétaire paierons pour des études statistiques. Et ça sera toujours dans le but d’en profiter et pas pour les partager. L’intérêt public en pâtira, mais aussi l’intérêt privé d’une façon. Beaucoup d’industries utilisaient ces donnés à la recherche d’un modèle d’affaire, maintenant que l’accessibilité en est réduite, que la marche est plus haute pour lancer un produit ou un concept, quel effet ça aura sur la création d’entreprises?

Statistique Canada vient ENFIN de rendre disponible gratuitement les stats de la base de données Cansim.

C’est le contraire de l’obscurantisme.

En passant ingénierie sociale est aussi une idéologie. Une idéologie dangereuse en plus.

Que c’est triste. On sabre dans les statistiques, outil de compréhension mis à la portée de tous les citoyens, entreprises et particuliers, pour mieux comprendre l’évolution d’une société. On préfèrera fermer la lumière et laisser à chacun le moins d’information quantifiable possible pour interpréter les changements qui se produisent dans la société. Bien sûr, les entreprises pourront s’acheter les statistiques qui les intéressent pour les utiliser à leurs fins. Les chercheurs, les étudiants et les organismes publics devront quémander des fonds pour s’offrir le même avantage qui était auparavant acquis. On marche, à grande vitesse, vers une inégalité qui était en train de s’amenuiser. Ce n’est pas triste, c’est du détournement de fonds publics.

Je note dans plusieurs commentaires qu’on confond statistiques et recherche. La première sert de base à l’autre. Quand je lis “si c’est à produire des âneries semblables que servent nos impôts, vous comprenez que votre cause nous laisse un peu indifférents » je comprend que vous n’avez pas compris le fond de l’article. Et quand vous dites «votre cause» vous vous tirez dans le pied, parce que c’est de vous, de nous tous, dont il s’agit dans cet article. Harper coupe dans toutes les formes de recherche fondamentales pouvant freiner son idéologie barbare. Si la lumière s’éteint, ce sera sur tout le monde. Alors attention de ne pas tirer sur le messager.

Saviez-vous que les programme des garderies à $5 (maintenant $7) créé, au départ, pour les mère célibataire à faible revenu ainsi que le supplément de revenu guaranti créé pour les personne âgées à faible revenu ont été créés suite à une enquête longitudinale de Statistique Canada qui se « enquête sur la dynamique du travail et du revenu ». Saviez-vous que « L’enquête sur la population active » qui a lieu à chaque mois, aide le gouvernement à déterminer le nombre de semaines auxquelles un chômeur aura droit selon le nombre de chômeurs dans sa région et selon la durée de chômage des chômeurs de cette région. Ce ne sont que trois applications « pratiques » des statistiques produites par Statistique Canada. Il y en a des dizaines d’autres. Lorsque le gouvernement présent aura réduit à presque rien cet organisme, nous aurons un Canada myope et manquant de justice et d’intégrité. Très mauvaise nouvelle pour la justice sociale. Excellente nouvelle pour la désinformation et les préjugés de toutes sortes. Il n’y a pas d’enquêtes statistiques inutiles ou futiles produites par cet organisme. Tout les chercheurs vous le diront.

C’est bien plus facile de manipuler le peuple quand il n’y a plus aucun chiffre ‘objectif’ (sans flairer une affaire ou un quelconque avantage derrière).
Par exemple, quand on ne saura plus combien de francophones vivent dans le ROC, on pourra plus facilement prétendre qu’il n’y en a pas et couper leurs services. Attention, ils vont bientôt abolir le Québec… (peuple fondateur? fondateur de quoi? sûrement pas de ce pays qui adule La Reine? et hop, exit le Québec). Le poids démographique vient de se déplacer vers l’Ouest!
À quand notre pays qui sert nos intérêts?

@Marcel
Excellente illustration, concrète et pédagogique, de l’utilité d’un service comme StatCan. Merci!

Exemple de journalisme idéologique: ‘Harper et les conservateurs sont pourris alors écrivons des textes pour lui nuire’

Ce qui me préoccupe davantage quant à ce qui se passe en coulisse dans nos gouvernements, c’Est que nous n’en savons pas grand chose. Il est difficile de porter un jugement éclairé sur un sujet sans avoir accès à une information »sans biais » idéologique.
La tribune publique est l’endroit pour faire valoir/s’affronter nos différents points de vue et je salue toute initiative qui tente de lever le voile sur les »motivations gouvernementales ».
Je ne suis pas contre M.Harper, mais je n’apprécie pas les façons de faire de son gouvernement…
Quand un créationniste est le conseiller scientifique d’un pays, je pense qu’il faut s’inquiéter sur la façon dont les personnes influentes sont sélectionnées…

Chère Valérie,

Je vous remercie pour votre implication à nous alerter sur les dangers de la suppression de moyens dans la recherche.
Cependant, si l’on se place d’un point de vue objectif, on est en droit de se demander si certaines enquêtes ne sont pas arrêtées par manque de pertinence plutôt que par les coupures budgétaires.
Prenons l’exemple de l’enquête longitudinale sur les enfants et les jeunes qui, selon le site de Statistique Canada (http://www.statcan.gc.ca/cgi-bin/imdb/p2SV_f.pl?Function=getSurvey&SDDS=4450&lang=fr&db=imdb&adm=8&dis=2#b8) ne serait plus représentative car ne prenant pas en compte les enfants immigrants qui sont arrivés au pays après 1994.
Osons croire que Statistique Canada profitera de ces coupures budgétaires pour se recentrer sur les enquêtes et statistiques les plus valables, utiles et pertinentes!
Bien à vous,

Vous savez, ces dernières années, il n’y a jamais eu autant de chercheurs en éducation. Il y a tellement de réformes ces dernières années….

Il n’y a jamais eu autant de problèmes et de Ritalin aussi.

Alors, pour les effets bénéfique de la recherche…. on repassera !

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