Suicide : et si on écoutait le sénateur Boisvenu ?

Que se passerait-il si, comme le proposait le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu hier, on donnait à chaque assassin condamné une corde pour qu’il puisse se suicider en prison ?

Une hécatombe !

Le suicide est, déjà, et de loin, la première cause de mortalité dans les prisons, au Canada comme dans le reste du monde. Et c’est sans compter les cas dramatiques d’automutilation. (Écoutez à ce propos cette entrevue avec le Dr Jocelyn Aubut, psychiatre et directeur général de l’Institut Philippe-Pinel, où sont traités nombre de détenus.)

N’en déplaise au sénateur Boisvenu, les études sur le suicide en prison montrent que ce ne seraient certainement pas les pires criminels qui passeraient à l’acte, mais plutôt les détenus les plus fragiles.

Les jeunes hommes, les Autochtones, les gens souffrant de troubles mentaux, les toxicomanes et les gens ayant déjà tenté de se suicider seraient les premières victimes.

Le suicide affecte tout l’entourage. Même si on donnait seulement des cordes aux pires criminels, les autres détenus et les agents des services correctionnels seraient hautement fragilisés et le taux de suicide parmi eux augmenterait certainement, tout comme le nombre de dépressions et d’autres troubles.

Cette épidémie de suicides entrainerait aussi un nombre incalculable de plaintes et de poursuites contre les services correctionnels, et donc inévitablement beaucoup d’articles dans les médias, avec des risques de dérapages importants et de contagion parmi la population non incarcérée.

Une hécatombe, donc. Et je ne parle même pas de la facture.

Même aux États-Unis où la peine de mort n’a pas été abolie, le suicide en prison est considéré comme un problème grave contre lequel on déploie d’importants moyens.

Le Canada est aujourd’hui un des leaders mondiaux en matière de recherche sur les problèmes de santé mentale en prison. Les services correctionnels et les chercheurs qui travaillent avec eux ont élaboré nombre d’outils dans ce domaine pour s’assurer que mettre des gens en prison n’équivaut pas à les placer dans un milieu dangereux pour eux et pour ceux qui y travaillent.

Grâce à des mesures vigoureuses implantées depuis une dizaine d’années au Québec comme dans le reste du Canada, on observe aujourd’hui une tendance à la baisse dans le taux de suicides en prison (tendance qui reste toutefois à confirmer).

En prison comme ailleurs, le suicide n’est pas une option, comme l’explique très bien l’Association québécoise de prévention du suicide, qui a qualifié de dangereux les propos du sénateur Boisvenu.

Même s’il s’est excusé de ses propos, et s’est vu accorder des circonstances atténuantes par le premier ministre Stephen Harper, le sénateur Boisvenu a commis un geste grave en suggérant publiquement une idée susceptible de faire autant de victimes.

La justice, monsieur Boisvenu, ce n’est pas la vengeance.

Si les événements dramatiques qui vous ont affecté ne vous permettent pas de faire à tout moment cette dictinction fondamentale sur la place publique, il n’y a qu’une solution : démissionner. Il y a trop de victimes potentielles en jeu.

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Excellent texte! C’est très inquiétant! Boisvenu n’a pas la compétence nécessaire à occuper son poste. Il devient un personnage dangereux pour les droits de la personne.Quand on incite au suicide, c’est une infraction à l’article 241 du code criminel. La peine de mort est un meurtre.
La justice criminelle de ce gouvernement proposée dans son bill C-10, dans le cadre duquel s’inscrivent les déclarations Boisvenu-Harper, est un recul pour les droits de la personne de presque 40 ans depuis le Bill omnibus de Trudeau de 1967.
Heureusement que ce gouvernement a signé le Protocole international contre la peine de mort; il doit maintenant respecter ses engagements.

M.Harper dit qu’il ne veut pas ouvrir le débat sur la peine de mort. Pour l’instant, il se contente de patiemment labourer l’opinion publique.

Lorsque M. Harper sentira que le fruit est mûr, il lancera probablement un référendum national sur le sujet.

Est-ce que la loi sur la clarté va s’appliquer à ce référendum?

@Anne M Bilodeau
Le gouvernement canadien avait aussi signé le protocole de Kyoto….

@GastonDeGatineau
L’image du labour est parlante. À quand les semailles?
«Notre sentier près du ruisseau est déchiré par les labours»
(Félix Leclerc)
Une société jusque là paisible que l’on scarifie (ou sacrifie). Anagramme curieux et inquiétant.

Mais il n’est pas question d’accorder ce libre-arbitre à tous les prisonniers, mais aux prisonniers assassins. Ces assassins ont déjà beaucoup de liberté: liberté de s’instruire, d’administrer leurs biens situés hors de prison, etc. La question est bonne: pourquoi ne pas leur donner une nième liberté: celle de se suicider, tout en ne les encourageant pas à le faire.

Je ne vois pas ce qu’il y aurait de mal à donner aux coupables de meurtre cette petite liberté additionnelle. On leur en donne bien d’autres. Cette liberté ne devrait être réservée qu’aux coupables de meurtres de plus de 25 ans, par exemple. Certains d’entre eux ont entièrement raison de regretter leur geste au point où ils ne veulent pas ajouter insulte à injure en infligeant au trésor public une dépense additionnelle de $ 3 millions (en frais de prison). Il peut y avoir des coupables de meurtre qui se sentent très mal de nous infliger ces dépenses, et qui croiraient, avec raison, faire oeuvre utile en faisant, pour une fois, une contribution sociale bénéfique.

Jésus n’a-t-il pas d’ailleurs fait consciemment des gestes qui, savait-il (d’après les Evangiles) allaient le conduire à la mort? Aurait-on du l’empêcher de commettre ces gestes sous prétexte que c’était suicidaire? Si non, pourquoi devrait-on le faire envers le coupable de meurtre?

En somme, arrêtons de prendre littéralement la corde, et prenons-là comme un instrument de loisir à double-emploi. C’est ce qu’est, d’ailleurs, la cigarette: un instrument de loisir à double emploi. La cigarette est un instrument de suicide (bien que plus lent qu’avec la corde), mais elle sert aussi à d’autres fins.

Le taux de suicide est de toute manière plus grand dans les prisons, et particulièrement chez les assassins emprisonnés, que dans la population en général. Je ne m’en scandalise pas, et il n’y a aucune matière à scandale.

Une étude sérieuse ne comparerait pas le taux de suicide chez les détenus avec celui de la population en général, mais avec celui d’une population qui a un niveau socio-économo-culturel équivalent à celui de la population carcérale.

Il est ridicule de s’attendre à ce que le taux de décès chez une population carcérale soit le même que dans la population en général, puisque la population carcérale, PAR DÉFINITION, est portée vers les comportements à risque. Leur séjour en prison en est la preuve flagrante!

Les sources de Mme Borde ne font pas cette comparison qui aurait été si pertinente, mais elles sont beaucoup plus rassurantes que Mme Borde.

Notamment, ces sources nous indiquent que:

1) les détenus condamnés qui se suicident en prison sont généralement des délinquants violents, plus vieux (de 30 à 35ans), et ils se suicident après avoir passé beaucoup de temps en détention (souvent de quatre à cinq années).

2) le taux de suicide des détenus purgeant une peine de longue durée semble augmenter avec la durée de la détention. Les condamnés à perpétuité semblent particulièrement à risque.

Cela est rassurant et suggère, contrairement à ce qu’affirme Mme Borde, que ce sont effectivement les pires criminels qui se suicident le plus. Peut-être les plus fragiles parmi ces pires criminels, mais des pires criminels tout de même: des « délinquants violents condamnés à une peine de longue durée », nous dit la source de Mme Borde.

Et le suicide assisté aux malades et l’avortement?
Donc, les prisonniers ont plus d’importance que la dignité humaine! C’est vraiment CON…sénateur

Alors, oui, pour le suicide assité pour les prisionniers si on l’accepte pour les malades chroniques et l’avortement.

J’aime beaucoup votre analyse et l’ai recommandée à mes amis. Ceci dit, je crois qu’il y a erreur d’accord lorsque vous écrivez « ce ne seraient certainement pas les pires criminels ». Je pense qu’il faudrait plutôt écrire « serait » ici, accordé avec « ce ». Excellente chronique!

Pauvre Stephen Harper, nommer des analphabètes et des gens à la stabilité psychologique défaillante au Sénat canadien, il faut le faire… dire que ce politicien a toujours par le passé favorisé l’élection au suffrage universel des sénateurs…c’est un peu beaucoup décourageant…

Alors pourquoi pas demander à M. Boisvenu de simplement aller reposer ses esprits. Il faut que ce monsieur quitte le plutôt pour le bien de la société

Je crois que Steven rie de tous les Québecois en donnant des positions à des gens question-nable sur leur jugements.

Hors contexte! Ona fait d’un énoncé singulier dans un contexte précis une affirmation universelle et controversée! Je trouve ça dommage et « tordu ».
C’est vrai que les prisonniers coûtent cher,très cher, pendant que des services essentiels ne sont pas donnés a plusieurs personnes qui en ont besoins pour survivre (c-a-d besoin du dixième de ce qui est alloué en soins et services a ces gens). On ne rend pas le mal pour le mal mais il faut que les priorités soient a la bonne place et que l’Etat soit au service de la vie plutôt qu’être au service de l’irrécupérable et de la mort…Le débat devrait se faire sur le plan de l’équité,d’une justice distributive et efficiente.
Prenez donc une part de ce qui est octroyé aux détenus et donnez-le aux pauvres et aux malades,l’argent sera bien investi! Et laissez Monsieur Bienvenu tranquille!
En passant,pour quelles raisons certaines couches de la société,certains assistés sociaux par exemple ou encore les malades,doivent-ils vivre très en deça du seuil de la pauvreté alors qu’ils font tout pour s’en sortir sont perçus comme des paria,tandis que les prisons font l’objet de tant d’investissement?

Je trouve ça tellement amusant de voir les québecois questionner le jugement de Stephen Harper et de Boisvenu.

C’est vrai qu’au Québec, on l’a l’affaire. On a un très bon jugement. Nous avons même les meilleurs élus (ironie) et dirigeant.

On est tellement bon au Québec… on a le choix entre Jean Charest et Pauline Marois.

À Montréal, notre classe politique (dont les chroniqueurs de l’Actualité) trouvent Gérald Tremblay tellement bon comme maire qu’ils aimeraient fusionner d’autres villes à Montréal… question que tous puissent profiter de la sagesse de Gérald et de la bonne gestion de Montréal.

Vraiment… le Québec (la classe politique Québecoise) critique Stephen Harper ? Ça veut dire que Stephen est compétent et qu’il fait les bonnes choses !!!

Le Québec, la province la plus corrompue ? Yes sir !

Rectification,je ne veux pas qu’il y ait méprise quant a mon propos antérieur. Je ne veux surtout pas faire la promotion de la haine et de la violence envers les détenus,loin de la! La haine ne pouvant faire autrement qu’alimenter la haine.

Je veux juste qu’on se préoccupe autant des affligés,a l’instar de Monsieur Boisvenu (dont le propos a fait l’objet d’un transfert et a été récupéré allégrement,que de ceux qui affligent.
Une bonne fois on se parlera de la conscience et du côté salvateur de l’affaire…Merci

@honorable :

« Il est ridicule de s’attendre à ce que le taux de décès chez une population carcérale soit le même que dans la population en général, puisque la population carcérale, PAR DÉFINITION, est portée vers les comportements à risque. Leur séjour en prison en est la preuve flagrante! »

Est-ce que le parachutisme, le saut à ski acrobatique et la boxe sont moins des comportements à risque que ce pourquoi les criminels sont en prison?

« le taux de suicide des détenus purgeant une peine de longue durée semble augmenter avec la durée de la détention. Les condamnés à perpétuité semblent particulièrement à risque. »

Est-ce que 10 suicide par 1000 prisonnier purgeant une peine de 25 ans (en supposant qu’en moyenne le suicide se produit après 5 ans) est mieux que 1 suicide par 1000 prisonnier purgeant une peine de 1 ans (en supposant qu’en moyenne le suicide se produit après 0.5 ans)? Les taux sont équivalents en termes de suicide par temps d’incarcération! Que peut-on conclure?

« Cela est rassurant et suggère, contrairement à ce qu’affirme Mme Borde, que ce sont effectivement les pires criminels qui se suicident le plus »

Votre conclusion me semble plus douteuse que ce que vous reprochez, avec raison, à Mme Borde.

Je trouve déplorable qu’un non élu soit le porte parole du gouvernement en matière de justice.

Ce pauvre Boisvenu est envoyé au front alors que notre Assemblée nationale, à l’unanimité, a demandé des amendements à C-10. Alors que la majorité des députés fédéraux québécois(NPD et libéraux) ont fait de même…

De plus, l’argumentation de Boisvenu a un air de démagogie.

@Claude: je viens de vous dire que le taux de suicide augmente avec la durée d’incarcération (c’est la source de Mme Borde qui le dit, pas moi).

Puis vous me donnez un exemple où les taux de suicide sont égaux (0,5 par 1000 par an), que l’incarcération soit à long-terme ou non. Pas logique, votre affaire.

Donnez-moi au moins un exemple qui correspond aux faits: où le taux de suicide est plus grand chez les incarcérés à long-terme.

En somme, Claude, ce sont effectivement les pires criminels qui se suicident le plus. Ma conclusion n’est pas douteuse mais votre exemple chiffrés est complètement douteux, puisqu’il indique que vous n’aviez pas compris ce que j’avais écrit et ce que signifie le terme “taux de décès”. Le terme “taux de décès” est forcément un chiffre divisé par un temps.