Susan Doherty offre la bonté comme remède

Les schizophrènes sont parmi les plus grands exclus de la société. Dans Le jardin fantôme (Éditions de l’Homme), l’auteure Susan Doherty, bénévole à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, à Montréal, raconte comment l’écoute et la bonté peuvent faire des miracles pour eux. 

Votre livre jette une lumière crue sur le quotidien des personnes schizophrènes que vous accompagnez. Qu’avez-vous appris à leurs côtés ?

Que derrière les délires psychotiques se cache un être humain comme vous et moi, qui a besoin d’être aimé. Un jour, l’un de ceux que je vois, Aleks, m’a confié qu’il avait passé la nuit avec l’actrice Jennifer Love Hewitt. Je lui ai demandé comment ils s’étaient connus. Il m’a dit : « Au jardin des fantômes. C’est là que je rencontre les âmes de toutes les personnes que j’aime. » J’ai alors compris qu’il plongeait dans un monde imaginaire où il a du succès et se sent désiré, afin d’échapper à sa réalité. La schizophrénie est une maladie affreuse qui isole. Plusieurs des personnes que je côtoie ont tout perdu — la garde de leurs enfants, leurs rêves, le soutien de leur famille.

Cette maladie effraie parce qu’elle génère des comportements dérangeants, voire de la violence. Dans le livre, vous évoquez le cas de Caroline, qui a déjà versé de l’eau bouillante dans l’oreille de sa colocataire…

En 10 ans de bénévolat, je ne me suis jamais sentie menacée. Et je côtoie une vingtaine de personnes atteintes avec qui je fais des activités toutes les semaines. Cela dit, je tremblais lors de ma première rencontre. J’avais les mêmes préjugés que tout le monde. Mais il faut voir l’être humain au-delà des symptômes de sa maladie. L’an dernier, j’étais dans le métro de New York et un homme faisait des push-ups sur le quai en grommelant. Tout le monde se tenait à l’écart. Je me suis approchée pour lui dire que l’exercice devait lui faire du bien. Il s’est tourné vers moi et m’a répondu : « Merci de m’avoir parlé. »

Vous posez un regard critique sur l’usage des médicaments pour traiter la schizophrénie.

Les antipsychotiques n’ont aucun effet dans 30 % des cas, et génèrent des effets secondaires terribles. Les origines de la maladie étant encore un mystère, les psychiatres n’ont d’autre choix que d’y aller par essais et erreurs lorsqu’ils prescrivent des médicaments. Je ne dis pas qu’il faille y renoncer, mais une approche basée sur la bonté, l’écoute et le toucher est aussi essentielle.

Quels résultats positifs observez-vous ?

Quand je rencontre Aleks pour un café, il délire au début, mais à force de se faire tenir les mains et regarder dans les yeux, il reprend une conversation tout à fait normale. Une autre personne que je côtoie, Camilla, était complètement coupée de ses émotions. Je l’ai aidée à retrouver son fils, dont elle avait perdu la garde à la naissance. Cette reprise de contact a créé en elle un espace pour donner et recevoir de l’amour.

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