Tchernobyl, une bonne référence?

On compare beaucoup ces jours-ci l’accident de Fukushima à celui de Tchernobyl, parfois à tort et à travers. Pire ou moins grave ? Encore faudrait-il savoir de quoi on parle.

Le seul point commun entre ces deux tragédies est qu’elles impliquent une centrale nucléaire et des éléments radioactifs susceptibles de se répandre dans l’environnement et d’affecter la santé.

Les différences, maintenant.

– l’accident de Tchernobyl s’est produit il y a 25 ans. Beaucoup de choses ont évolué depuis (en partie à cause de cet accident) dans la sûreté des centrales nucléaires, dans les technologies, la gestion du risque, les mesures de radioprotection des travailleurs….  Juste pour faire image, rappelez-vous qu’en 1986, l’ordinateur Macintosh de Apple avait deux ans et le PC cinq ans!

– l’accident soviétique a résulté d’une erreur humaine qui s’est produite dans une centrale mal gérée, mais intacte. On ne connait pas dans le détail l’état de dégradation de la centrale de Fukushima occasionné par le séisme et le tsunami.

– en 1986, l’Union soviétique était au bord de l’effondrement. De nombreuses erreurs ont été commises dans les premières heures suivant l’accident. On a tardé à évacuer la population, à lui donner de l’iode et à interdire la consommation d’aliments contaminés, notamment le lait.

–  l’accident de Fukushima survient alors que les autorités et la population sont aux prises avec une énorme catastrophe. Gérer de front l’accident de la centrale, l’aide aux sinistrés, les risques de répliques… tout cela représente un défi  sans précédent depuis la seconde guerre mondiale pour le Japon. Il est trop tôt pour dire que les autorités s’en sortent bien ou mal compte tenu des circonstances. Chose certaine, on est loin du chaos de Port-au-Prince au lendemain du séisme de l’an dernier.

– le Japon est bien préparé à ce genre d’accident. La population est très éduquée et sait quoi faire. Elle ne panique pas facilement et comprend certainement mieux les dangers et les consignes que celle des environs de Tchernobyl en 1986. C’est un élément majeur.

– la médecine, elle aussi, a évolué en 25 ans. Le taux de survie aux différents cancers susceptibles d’être occasionnés par les radiations a beaucoup augmenté. Aujourd’hui, danbs les pays industrialisés, 95 % des personnes atteintes de cancers de la thyroïde sont toujours en vie après cinq ans, même si cette maladie nécessite généralement une surveillance à vie. On sait aussi un peu mieux gérer le stress post-traumatique.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’imaginaire populaire se fait souvent une idée exagérée des impacts sur la santé publique de la catastrophe de Tchernobyl.

Encore aujourd’hui, les estimations les plus folles circulent sur le nombre de victimes. Certaines personnes évoquent des centaines de milliers de morts, voire des millions!

Certains chiffres officiels faisant état de seulement quelques dizaines de morts ont été largement contestés, et à raison.

Les études scientifiques réalisées depuis 1986 sont parvenues à retracer approximativement les impacts les plus probables de la catastrophe.

Le document de référence est celui produit en 2008 par le Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR) intitulé Health effects due to radiation from the Chernobyl accident (pdf).

En gros, et de manière très très simplifée (il faudrait des pages entières pour faire toutes les nuances nécessaires), la radioactivité a tué 28 travailleurs dans les premiers jours de la catastrophe, alors que 106 autres ont souffert de divers troubles graves, permanents ou non, causés par une irradiation aigue.

Pami les populations environnantes, ce sont surtout les enfants de moins de 10 ans au moment de la catastrophe qui ont été affectés. L’incidence du cancer de la thyroïde chez les enfants a été considérablement accrue entre 1991 et 2005. On estime que 6000 enfants ont été touchés.

Le plus grand impact sur la population est très difficile à cerner puisqu’il résulte du stress encouru, qui a fait grimper en flèche de nombreux problèmes de santé et certainemement causé indirectement bien des décès.

Au Japon aussi, il y a malheureusement de fortes chances que le stress énorme que représentent l’accident nucléaire, mais surtout le séisme et le tsunami, fasse bien plus de victimes que les radiations elles-mêmes.

Puisse la capacité de résilience des Japonais les aider à passer au travers.

Laisser un commentaire

Toujours le même blabla mensonger sur Tchernobyl. Pour une info + réaliste voir: Tchernobyl. Confessions d’un reporter / Igor Kostine. – Les Arènes, 2006
Marc

Bravo Madame, sous couvert de pseudo-journalisme vosu operez un magnifique deni de la gravite du nucleaire. La realite est toute autre : meme sans incident majeur, nosu voici avec des dechets dont on ne sait que faire poru plsu de 10 000ans..
Tchernobyl ou Fukushima, le nucleaire est un cauchemard.
Le seul fait a constater : en cas de crise ou non, nosu ne savosn que faire de cette energie, nosu ne savons pas la gerer.
Dans voter genre, vous etes une revisionniste au mieux, au pire, vous etes coupable de cautionner un crime contre l’humanite.
Je dois vous avouer que oui : je n’ai pas envie d’etre soigne d un cancer de la thyroide et vivre cinq ans de plsu qu avant.

Non, chère madame, on ne compare pas trop la catastrophe de Fukushima à la catastrophe de Tchernobyl. Mais voilà, on l’y ajoute.. Si vous voulez, on tient à jour l' »addition » du nucléaire sur le coin du comptoir, c’est normal.

Et celle-ci commence déjà à devenir salée, vous en conviendrez..

« Puisse la capacité de résilience des Japonais les aider à passer au travers »

De tout coeur avec vous Madame,

j’ajouterais que l’être humain n’apprend malheureusement de ses erreurs. La Tchernobyl de 1986 vs la Fukushima de 2011… et après?

Cela ne fait que nous démontrer que nous ne maîtrisons pas encore le nucléaire et que devant le pouvoir de la Nature, nous sommes bien petits.

Il faut quand même avoir une pensée pour ce peuple qui endure les pires calamités en si peu de temps. Jamais je n’aurais cru entendre qu’un niveau 6 sur Richter soit devenu banal.

Continuez à écrire Madame Borde, moi je vous lis.

« La médecine, elle aussi, a évolué en 25 ans. Le taux de survie aux différents cancers susceptibles d’être occasionnés par les radiations a beaucoup augmenté… »

Les accusés du procès du sang contaminé avançaient pour leur défense le même genre d’argument : « nous savions que le risque de transmission était réel mais la maladie mettait plusieurs années pour se déclarer. Nous pensions que d’ici la un vaccin aurait été trouvé »

Est-ce se tromper que d’ajouter que l’accident de Tchernobyl s’est produit sur une centrale en embalement pleine puissance ayant perdu tout système d’arrêt alors que l’accident de Fukushima se produit sur des centrales à l’arrêt ou on peine à extraire la chaleur en veille?

Bonne journée

Je trouve curieux que vous passer sous silence les milliers de « liquidateurs » qui ont travaillés à construire le « sarcophage »

J’ai l’impression que vous utilisez des chiffres produits par la Russie. Pour des raisons politiques (culture communiste), les autorités veulent minimiser les morts pour éviter d’apparaitre faible et de payer pensions et indemnités aux liquidateurs survivant.

Comparable ou pas les deux accidents, je dois vous dire qu’on n’a pas à craindre la radiation du Japon ici au Québec. Je viens de l’Ukraine, et meme si pendant l’accident de Chernobyl j’étais à Moscou, je suis retourné à Kiev une semaine plus tard et j’y ai vecu jusqu’à le mai 1993 et je n’ai aucune problème de santé. Comme la plupart des gens que je connais à Kiev d’ailleurs. Sur tous les gens que j’ai connu pendant mes 27 de vie à Kiev – il y’en a 3 qui ont eu le cancer. Et je communique régulièrement avec tout le monde que j’ai connu. Sans doute il y a des cas dont je ne suis pas au courant, mais, la situation n’est pas catastrophique du tout. Et Kiev est à 100 kilomètres du Chernobyl, alors que Québec du Japon, combien ?

Je ne partage pas votre point de vue,
il est vrai que la science a énormément évolué depuis 1986. Il n’empêche que l’on a aucun moyen de stopper les radiations à 100%, ce qui handicape grandement la tâche des personnes travaillant sur le site. L’impact de Tchernobyl sur la santé des européens en général est en effet sujet à controverse mais concernant la santé des personnes ayant participé au nettoyage du site, qui furent fort nombreuses (500 000 selon wikipédia), il en est tout autre. En espérant que les Japonnais ne doivent pas arriver à ces extrêmes.

Le manque de contrôle dans le cas de combustible nucléaire en fusion à l’air libre est très similaire à celui de 1986.

On entend souvent parlé de 33 000 décès causé par la catastrophe de Tchernobyl. Or d’où provient cette estimation souvant décriée par les Verts?

Le modèle qui prédit 33 000 décès, je dit bien prédit car on ne comptera jamais ces 33 000 morts hypothétiques, est le « linear no-threshold model » (LNT). Il s’agit d’un modèle pour préduire les effets à long terme des dommages biologiques causés par l’exposition à la radiation. Or le modèle LNT est un outil utilisé par les Autorités pour établir les seuils admissibles pour le public et les travailleurs du secteur nucléaire. Comme les effets de la radiation sont difficiles à mesurer ou vérifier en bas d’un certain seuil, le modèle permet d’extrapolé vers les faibles niveaux d’exposition.

Voici un exemple avec l’aspirine qui illustre les limites du modèle LNT: Une personne de 75kg qui absorbe 115 aspirines de 325mg aura 2% de chance de mourir d’un empoisonnement aiguë. Si on applique le modèle LNT à l’aspirine (dose 500mg/kg = 2% chance de décès), on déduira que de prendre une seule aspirine au cours d’une année représente un risque de décès de 0,0174%. Si tous les canadiens consomment une aspirine par an, le modèle LNT prédira que l’on observera environ 61000 décès par an au Canada. Or, à ce que je sache, prendre une aspirine est très sécuritaire tous comme de ne fumer qu’une seule cigarette.

On comprendra ainsi que les estimations des décès suivant la tragédie de Tchernobyl ont été grandement exagérées par une utilisation inapproprié du modèle LNT. Et oui, le faible nombre de décès répertorié suivant la tragédie est souvent dénoncé par les Verts et eux brandissent des estimés basés sur un modèle servant à établir les normes.

Je ne doute pas que les chiffres publiés par les Autorités sont assez fidèles à la réalité surtout que les études des pays ayant subit des dommages colatéraux ne montrent pas d’augmentation de cas de cancer ou de décès. C’est plate à dire pour les Verts, mais Tchernobyl a eu un effet biologique relativement mineur. Par contre, la gestion de la crise et les effets psychosomatiques des gens affectés sont déplorables.