TDAH : un nouveau médicament autorisé aux États-Unis

Un ancien antidépresseur pour adultes, le Qelbree, s’ajoute à l’arsenal des médecins américains pour traiter le TDAH chez les enfants et adolescents qui ne peuvent pas prendre de psychostimulants comme le Ritalin et l’Adderall.

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La Food and Drug Administration, organisme réglementaire des États-Unis, a autorisé la viloxazine, molécule commercialisée sous le nom de Qelbree, comme médicament non psychostimulant à action prolongée destiné aux jeunes de 6 à 17 ans. Cette annonce est la bienvenue, puisque aucune nouvelle molécule pour le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) n’avait été mise en marché depuis 10 ans. « C’est positif d’avoir un médicament additionnel, car il y a toujours des jeunes qui ne répondent pas bien aux autres traitements », dit Evangelia Lila Amirali, médecin spécialisée en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CHU Sainte-Justine.

Le fait que ce nouveau médicament soit, pour l’heure, uniquement autorisé aux États-Unis ne l’inquiète pas. « Beaucoup de médicaments, pas seulement pour le TDAH, sont approuvés aux États-Unis avant de l’être ici, étant donné que le processus d’approbation est différent », mentionne la Dre Amirali. 

Une nouvelle option de deuxième ligne

La psychiatre montréalaise explique qu’il existe deux catégories principales de traitements pharmacologiques pour le TDAH : les psychostimulants, comme le Ritalin et l’Adderall, ainsi que les non-psychostimulants, comme le Strattera, l’Intuniv XR et le nouveau Qelbree.

Ces deux catégories ciblent des neurotransmetteurs distincts, dans le cerveau. Comme chaque patient est unique, diverses formules médicamenteuses peuvent être essayées avant d’obtenir un résultat optimal. « On commence habituellement le traitement avec un psychostimulant, car cela donne en général de bons résultats », dit la Dre Amirali. Cette catégorie est notamment efficace pour favoriser une meilleure attention et diminuer l’hyperactivité et l’impulsivité.

« Si l’on voit qu’il n’y a pas d’effets avec les différents psychostimulants, on poursuit avec les non-psychostimulants », explique-t-elle. Dans certains cas, le médecin peut prescrire un non-psychostimulant dès le départ si le jeune patient présente des problèmes cardiaques. Vu que les psychostimulants peuvent entraîner une dépendance, le professionnel de la santé les évitera aussi s’il croit que le patient risque d’en abuser. « Des adolescents et de jeunes adultes nous demandent parfois des médicaments pour leur TDAH, mais ils en font un mauvais usage pour améliorer leur performance scolaire (diminution de l’anxiété, augmentation de la concentration) ou pour les écouler sur le marché noir. Dans ces cas-là, on privilégie la catégorie des non-psychostimulants », précise la Dre Amirali. 

L’arrivée de Qelbree vue d’un bon œil 

Autrefois utilisée en Europe pour contrer les épisodes de dépression chez les adultes, la molécule de viloxazine revient sur le marché grâce à une étude financée par la pharmaceutique américaine Supernus, qui fabrique le Qelbree. En 2020, des scientifiques américains ont réalisé un essai clinique de six semaines auprès de 477 petits patients, dont la moyenne d’âge était de huit ans et demi. Parmi eux, 157 ont reçu une dose de 100 mg, 161 ont reçu une dose de 200 mg et 159 ont pris un placébo.

Les résultats montrent que la viloxazine s’est révélée efficace pour réduire les symptômes de TDAH dès la première semaine chez les enfants des deux groupes à qui l’on avait administré le médicament. Leurs parents ont rapporté des « améliorations nettement plus importantes dans les domaines de l’inattention, de l’hyperactivité et des problèmes d’apprentissage » par rapport à ceux qui ayant eu le placébo, peut-on lire dans l’étude.

Le chercheur principal de l’essai clinique, le Dr Andrew Cutler, travaille depuis plus de 20 ans sur le TDAH. D’après lui, le Qelbree présente un jalon dans l’évolution des traitements. « Outre sa rapidité d’action, le fait qu’il soit efficace à la fois pour les symptômes d’inattention et d’hyperactivité et d’impulsivité est impressionnant », a-t-il déclaré dans un communiqué. « Ces résultats sont encourageants et indiquent que l’effet est maintenu pendant les six premières semaines », ajoute la psychiatre du CHU Sainte-Justine. 

Le test de la vie réelle

Malgré son enthousiasme, la Dre Amirali considère que les données actuelles demeurent insuffisantes, et que davantage d’études seront nécessaires avant de considérer le Qelbree comme une panacée.

Selon elle, le test suprême pour juger de l’efficacité de ce nouveau médicament viendra lorsqu’il sera utilisé dans la vie réelle. Elle remarque d’ailleurs que le Qelbree n’a pas été évalué en milieu scolaire par les enseignants, qui doivent jongler avec les cas de TDAH dans leurs classes. « L’évaluation des enseignants est importante, car cela nous donne des éléments sur l’attention et le comportement de l’enfant à l’école. » 

Il faut aussi tenir compte des effets secondaires possibles. Le fabricant mentionne entre autres la somnolence, la fatigue, la nausée, les vomissements, la perte d’appétit, l’irritabilité et les troubles du sommeil. On indique également que l’entourage doit être vigilant, car la molécule peut provoquer des idées suicidaires lors des premiers mois d’utilisation, comme la grande majorité des autres médicaments pour le TDAH.

La Dre Amirali espère qu’un jour, les avancées en pharmacologie individualisée permettront d’éviter les effets secondaires et de trouver plus rapidement le médicament adapté à chacun. Mais une chose est certaine : plus l’éventail de médicaments offerts sur le marché est grand, plus il y a de possibilités de traitements. 

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Quelle aberration! Nous semblons valoriser la performance reliée au travail beaucoup plus que le rôle primordial d’être parent. Dans une société ou les parents n’ont même plus le temps d’élever leurs enfants, il n’est pas surprenant que nos jeunes soient inconsciemment préoccupés par ce manque de plénitude affective. Les pressions de la vie moderne et notre rythme effréné engendre un manque de temps qui nous affecte tous, tout spécialement nos familles. Ce manque de disponibilité des parents envers leurs enfants est la source du déficit d’attention. Sans recevoir l’attention et l’amour inconditionnel requis au processus naturel de maturation, il n’est pas étonnant que nos enfants aient de la difficulté à se concentrer en classe.

La solution actuelle n’est malheureusement pas de remettre en question les valeurs et l’organisation de notre société, mais plutôt de médicamenter nos enfants, telle une chemise de force chimique, pour qu’il/elles puissent fonctionner dans ce système basé sur la production industrielle.

En tant que société, il serait bénéfique pour nous tous de revoir nos priorités est de nous assurer du bien être de nos enfants.

Votre commentaire reflète une croyance populaire malheureusement largement répandue, soit que le TDAH est le résultat d’une mauvaise éducation ou de mauvais parents. Le TDAH est une maladie mentale bien décrite dans le monde médical et est même une des plus commune parmi la population générale. Elle est principalement transmise génétiquement. Il serait intéressant que l’actualité fasse un article qui décrit cette maladie et qui détruit les mythes largement dépendus qui contribuent à stigmatiser, étiqueter, et nuire grandement aux personnes atteintes.
https://www.cdc.gov/ncbddd/adhd/facts.html