Tornade à Moore : les dangers de l’amnésie collective

La tornade qui a frappé la petite ville de Moore en Oklahoma a beau afficher une intensité record, elle aurait pu faire beaucoup moins de victimes si la préparation à ce genre d’événement climatiques extrême était un peu mieux prise en compte.

Mais comme l’expliquaient deux auteurs américains dans le très bon livre Learning from catastrophes (que j’ai déjà commenté dans ce blogue), on persiste à répéter les mêmes erreurs en négligeant systématiquement le risque d’événements extrêmes, alors même que la population dans les zones à risque ne cesse d’augmenter.

Ce fut le cas avec l’ouragan Katrina, comme avec la tornade dévastatrice d’hier.

Ce n’est pas une question d’argent, mais simplement de politique de gestion des risques à courte vue et d’amnésie collective.

Les États-Unis auraient les moyens d’agir préventivement, et les coûts de la prévention seraient sans aucun doute inférieurs aux énormes coûts des catastrophes répétées.

Sans compter les décès évités.

En 1970, Moore, située en plein sur le trajet des tornades qui se produisent tous les ans à cette période, comptait 18 000 habitants. Ils sont aujourd’hui plus de 55 000.

C’est pourtant dans cette même ville que la plus violente tornade enregistrée jusqu’à présent avait détruit plus de 1000 édifices en 1999.

Plus nombreux, les habitants ne sont pourtant pas beaucoup mieux protégés.

Selon l’excellent blogue DotEarth du New York Times, le code de construction de l’État de l’Oklahoma n’inclut toujours pas l’obligation de construire un abri anti-tornade, un équipement dont les chercheurs ont prouvé depuis belle lurette qu’il est très efficace pour se protéger.

Il suffirait pourtant de quelques milliers de dollars par édifice pour rendre celui-ci complètement sécuritaire, même quand des vents de plus de 250 miles à l’heure frappent la batisse.

À tout le moins, on pourrait sans problème en équiper certains batiments clés comme les écoles.

Depuis l’an dernier, l’Oklahoma offre 2000 dollars aux propriétaires dérirant s’équiper, mais les fonds sont attribués par un système de loterie et ne suffisent donc certainement pas à la demande.

Aujourd’hui, il pleure ses morts… jusqu’à la prochaine fois.

Faisons-nous mieux, au Québec, pour nous prémunir contre les catastrophes ?

On peut en douter.

En juin 2011, des inondations ravageaient la Montérégie dans la vallée du Richelieu. Environ 3000 maisons ont été touchées.

Contre l’avis de ses fonctionnaires, de plusieurs experts, et en faisant fi de la version de 2005 de la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables, le conseil des ministres du gouvernement du Québec a permis la reconstruction dans les zones sinistrées.

Un plan d’étude visant à diminuer les risques est en cours d’élaboration par la Commission mixte internationale. Ses premiers résultats arriveront, au plus tôt, dans trois ans.

Mais combien de temps faudra-t-il avant que des mesures concrètes soient implantées ?

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3 commentaires
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« … le conseil des ministres du gouvernement du Québec a permis la reconstruction dans les zones sinistrées »

C’est vrai. Mais c’était sur la pression très intense des résidents eux-mêmes. J’imagine que c’était cela, ou les exproprier à grands frais. Toutefois, si je me rappelle bien, les normes de constructions ont été relevées. Par exemple, les fondations doivent maintenant être suffisamment haute et étanche pour encourir moins de dommages à la propriété, lors d’une éventuelle prochaine inondation.

L’idéal aurait été qu’effectivement toute construction aurait été prohibé sur ces terrains. Malheureusement, cela n’a pas été fait. À partir de là, on doit gérer une situation où l’on a des terrains qui sont effectivement bâtis. Il faut bien s’ajuster à la réalité.

« … lors d’une éventuelle prochaine inondation »

Vous vouliez dire certainement « … lors de la prochaine inondation ».

Un des rôles le plus important des gouvernements est justement de prévenir, quitte à interdire la volonté des citoyens. Les gouvernements actuels ne gèrent que par sondages et n’ont aucune colonne vertébrale. Le PQ le tente très timidement présentement, tel que la fermeture de Gentilly, et regardez le résultat médiatique et populaire délirant. La faiblesse du PQ est l’absence d’une communication intelligente et planifiée mais il est mieux d’agir que de ne rien faire. Le développement du Québec sur les rives-plaines-marécages du St-Laurent, de certaines rivières et de certains lacs annonce seulement que nous aurons nos catastrophes à un moment donné. Alors, je ne plaindrai personne. Si les gens sont assez insensés de se construire à un endroit à risque sans en mesurer les conséquences possibles, eh bien, qu’ils assument les conséquences. La plupart du temps, le risque est visible à l’oeil ou à la mémoire récente. Ou posez-vous la question, pourquoi nos ancêtres n’ont jamais construit de villes à cet endroit merveilleux? Ils savaient écouter la nature.