Tous aux p’tits oiseaux

Est-ce vrai qu’il y a plus de cardinaux ? Comment s’appelle cet oiseau bicolore qui fréquente votre arrière-cour ? Plus de 6 000 ornithologues professionnels et amateurs commencent ce printemps le recensement des oiseaux du Québec, qui répondra à toutes nos questions.

Tous aux p'tits oiseaux
Photo : Rachel Jacklyn Bilodeau

L’hélicoptère survole la taïga à bonne vitesse, quand Michel Robert fait signe au pilote qu’il aimerait se faire déposer près d’un lac de la Baie-James. L’œil avisé de l’ornithologue du Service canadien de la faune, spécialiste des oiseaux en danger, a repéré une minuscule forme inhabituelle sur le lac. Il ne sera pas déçu.

« J’avais devant moi un couple de plongeons du Pacifique qui nageait avec ses petits. Il s’agissait de la première confirmation de la nidification de cette espèce dans l’est du pays ! » C’était le 4 août 1992.

De telles « premières mentions » – sorte de trophées de chasse des ornithologues – ont permis à l’explorateur de 46 ans d’observer 360 espèces d’oiseaux… dans une province qui en abrite environ 300, selon la bible des ornithos, l’Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional (1995).

Même s’il observe les oiseaux depuis son adolescence, Michel Robert vivra un été particulier en 2010. Il orchestre, avec Benoit Laliberté, du Regroupement QuébecOiseaux, la plus vaste initiative ornithologique depuis 25 ans au Québec : la rédaction de la deuxième édition de l’Atlas.

Le Québec a été divisé en 5 500 zones de 100 km2, du lac Champlain au 55e parallèle. Les 6 000 membres des 31 clubs ornithologiques du Québec ont déjà été invités à se choisir une parcelle, où ils feront l’inventaire de la faune aviaire. Chaque observateur devra se rendre dans son secteur avec ses jumelles et son carnet de notes assez souvent pour pouvoir relever la plupart des espèces d’oiseaux qui y nichent (on parle, grosso modo, d’une vingtaine d’heures par parcelle échelonnées sur cinq saisons). La mobilisation concerne aussi les ornithologues du dimanche. « Nous avons besoin de toutes les per­sonnes capables d’identifier des espèces et de rapporter leurs observations. Cela comprend la petite famille d’amateurs qui observe les oiseaux dans la mangeoire du chalet », dit Michel Robert.

La première édition de l’Atlas, qui comptait 1 300 pages, a nécessité la collaboration d’un millier d’amateurs et de professionnels de 1985 à 1989… et 68 000 heures d’observation d’un bout à l’autre du Québec méridional ! L’élaboration de la deuxième édition, qui pourrait mobiliser 2 000 ornithologues du sud du Québec jusqu’au Nunavik, se poursuivra pendant cinq ans.

« Je suis certain qu’on aura des sur­prises », dit Michel Robert. Depuis 25 ans, l’activité humaine a beaucoup empiété sur les forêts et les cours d’eau entre Mont­réal et Québec. De nombreux pâturages ont été transformés en monocultures de maïs et les populations d’oiseaux qui les affectionnaient ont été décimées. « Le réchauffement climatique pourrait aussi avoir eu des effets, notamment sur la chronologie de la migration et de la nidification de bien des espèces ; certaines nichent maintenant plus tôt en saison. »

On ignore toujours pourquoi les gros-becs errants, ces chapardeurs jaune et noir qui arrivaient par groupes bruyants dans nos mangeoires dans les années 1980, ont presque disparu du Québec. Le pic à tête rouge, le goglu des prés, la maubèche des champs, la sturnelle des prés ont également connu une décroissance. La pie-grièche migratrice, pour sa part, est complètement disparue du Québec. Par contre, le nombre de cardinaux rouges n’a cessé d’augmenter, de sorte que l’oiseau écarlate au chant si mélodieux n’est plus une rareté en milieu urbain. La mésange bicolore, le bécasseau violet et la grue du Canada ont également connu des hausses de leur population.




Photos ( de gauche à droite) : pic à tête rouge, cardinal rouge (Michel Lamarche/FindNature.com), goglu des prés (Christian Chevalier), sturnelle des prés (Alain Hogue).

« L’Atlas est notre bible sur la biologie des oiseaux », dit le vétérinaire Guy Fitzgerald, fondateur de l’Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie, à Saint-Hyacinthe. Lui aussi s’attend à de nouvelles données sur des espèces comme le faucon pèlerin, l’urubu à tête rouge et le pygargue à tête blanche, nettement plus communes qu’il y a un quart de siècle.

« Ce genre de document est essentiel pour tous ceux qui s’intéressent au comportement des oiseaux », renchérit le Dr Jean Léveillé, médecin qui, avec sa femme, Denise Jodoin, a parcouru 108 pays à la recherche des plus étonnants volatiles. L’auteur des Oiseaux et l’amour et des Oiseaux gourmands (Éd. de l’Homme) avait acheté un exemplaire de la première édition de l’Atlas bien avant que l’ouvrage sorte de l’imprimerie. La prévente avait été une façon de financer l’opération. Cette fois, le budget de cinq millions de dollars (en excluant la publication du livre, qui ne paraîtra pas avant 2015) sera assuré principalement par le ministère de l’Environnement du Canada.

Pourquoi se limite-t-on aux « nicheurs » ? Parce qu’on veut savoir quel milieu naturel est privilégié durant la période stratégique de nidification. De toute façon, comme le dit Jean-Sébastien Guénette, directeur général du Regroupement QuébecOiseaux, la grande majorité des oiseaux viennent au Québec seulement pour se reproduire. « Un geai bleu qui transporte une brindille, un couple de canards avec sa couvée ou un nid de merles, ce sont des indices très précieux pour nous », explique l’ornithologue.

Chaque participant s’engagera à rendre compte de ses observations dans le site atlas-oiseaux.qc.ca. Les observateurs aguerris pourront identifier les espèces grâce à leur chant. Et on veut des rapports sur les oiseaux nocturnes ! Les données serviront à produire des cartes de répartition des espèces.

Le Québec n’est pas la seule province à mettre son atlas à jour. L’Ontario vient de terminer sa deuxième édition et les Maritimes s’apprêtent à faire de même. La Colombie-Britannique est rendue au milieu de son premier atlas et le Manitoba entamera le processus cet été.

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