Tout ce que vous devez savoir sur le nouveau coronavirus

Alors que l’épidémie causée par le nouveau coronavirus prend de l’ampleur, la réponse internationale pour contrer son expansion permet pour l’instant de limiter les dégâts. Où en sommes-nous ?

Les travailleurs de la santé Bai Hui, Li Chunfang, Zhao Zhigang and Guo Qin ont guéri d'une infection de coronavirus qu'ils avaient contracté en travaillant dans un hôpital de Wuhan, en Chine. Photo : Xin Huashe/Xinhua via ZUMA Wire

Clarifions d’abord LE point qui vous inquiète : au Canada, le risque de contracter le nouveau coronavirus est quasi nul. Le virus ne circule pas, les sept cas déclarés positifs ont été isolés, les mesures de sécurité sont en place, les patients à risque sont dépistés. On retrouve en réalité plus de Canadiens infectés sur des bateaux de croisière qu’à l’intérieur du pays.

À partir du premier cas rapporté en Chine le 31 décembre 2019 jusqu’à aujourd’hui, en passant par le dépistage du premier cas canadien le 25 janvier dernier, on peut dire que le système fonctionne. Personne ne devrait avoir peur d’attraper le virus ici. Mais comme un peu partout dans le monde, peut-être doit-on craindre davantage les dérives racistes qui découlent d’appréhensions non fondées.

Au fait, ce « nouveau coronavirus », l’ennemi (médical) public numéro un ces jours-ci, on peut maintenant l’appeler par son nom de baptême : SARS-CoV-2,  causant une nouvelle maladie, qu’on a baptisée le COVID-19. Et on sait même à quoi ressemble le virus causal, comme le montrent les premières images obtenues par microscopie électronique.

Source autorisée : NIAID-RML. Coloration ajoutée pour rendre l’image plus lisible.

C’est la priorité de santé publique numéro un en Chine, qui atteint les 60 000 cas déclarés, soit plus de 99 % des cas diagnostiqués. Mais cela en est une aussi partout dans le monde, où on retrouve actuellement près de 500 cas, mais seulement 2 décès, répartis dans 24 pays. L’OMS en a fait une « urgence internationale » le 30 janvier. Au total, on dépasse 1500 morts dans le monde.

Confiner le COVID-19

On connaît bien l’enjeu principal : il faut confiner les cas de COVID-19. Et jusqu’ici, ça fonctionne assez bien. Le défi est d’abord pour la Chine, compte tenu de son immense population, mais aussi partout où le virus s’est répandu. La lutte contre le COVID-19, c’est donc avant tout une des plus grandes opérations de quarantaines de l’histoire de l’humanité.

Des dizaines de millions de personnes (essentiellement en Chine) ne peuvent donc quitter Wuhan. Des milliers d’autres sont confinés sur des bateaux de croisière — notamment sur le Diamond Princess, sur lequel 218 passagers ont jusqu’ici été testés positivement — et des centaines de personnes confinées dans les pays où des cas sont suspectés ou confirmés.

On craint davantage la propagation dans des régions du monde comme l’Afrique, où les systèmes de santé sont moins développés et la détection et le confinement des cas sont potentiellement problématiques.

Source : OMS

On ne mise pas sur des prières, plutôt sur des méthodes éprouvées, appliquées partout où c’est nécessaire : identifier les cas potentiels avec un questionnaire, les isoler ensuite (en les soignant au besoin s’ils sont très symptomatiques), confirmer le diagnostic à l’aide de tests de dépistage, puis attendre que l’infection disparaisse d’elle-même. Malgré quelques tentatives, il n’existe pour l’instant aucun traitement spécifique.

« Spécifique » ? C’est à dire qui permettrait de combattre directement le virus. Comme pour bien des infections virales, le seul traitement est un support aux fonctions vitales du patient, jusqu’à ce que son système immunitaire réussisse à terrasser l’infection, permettant au corps de retourner à son état d’équilibre antérieur.

Le plus souvent, il s’agit d’un support respiratoire, pouvant aller jusqu’à l’intubation et la mise sur respirateur, puisque le virus s’attaque surtout aux poumons, comme son cousin SRAS au début des années 2000.

Aucun vaccin n’est bien sûr encore disponible. Il faudra d’ailleurs plusieurs années aux meilleures équipes, certaines canadiennes, pour aboutir (peut-être) à un vaccin efficace, pourvu que le virus ne se défile pas, comme l’ont fait avant lui l’hépatite C ou le VIH. À moins que le virus, confiné, ne disparaisse de la circulation, comme le SRAS, et que la nécessité du vaccin ne s’évanouisse en même temps.

COVID-19, la maladie

Il faut rappeler que le COVID-19 est causée en fait par le « septième né » d’une famille de virus qui compte deux cousins méchants (SRAS et MERS) et quatre autres plutôt inoffensifs qui se contentent de donner des rhumes et des infections banales.

On connaissait SRAS et MERS, apparus dans l’actualité respectivement en 2002 (d’abord en Chine aussi) et en 2012 (surtout en Arabie saoudite). Ils avaient causé des alertes de santé publique similaires à celles du COVID-19, qui ont été menées assez efficacement. C’est ce qu’on souhaite.

Le SRAS a tout de même tué environ 800 personnes (dont 43 au Canada, dans la région de Toronto surtout), pour 8000 cas documentés dans le monde, ce qui donne une mortalité de près de 10 %, pas banale. En comparaison, la grippe tue environ 1 personne sur 1000 seulement, mais comme elle est très répandue, quelques centaines de milliers de personnes y succombent chaque année.

Pour ce qui est du MERS, l’infection a été confinée à moins de 2500 cas. Heureusement, puisqu’elle a causé 845 décès, pour un taux de mortalité estimé à 34 %, bien plus élevé que le SRAS.

De manière générale, le taux de mortalité de ce genre de virus peut être à la fois difficile à préciser et aisément surestimé, puisque tous les cas ne sont pas détectés, les infections mineures passant souvent sous le « radar ». Quand le taux de mortalité est plus élevé (comme pour le MERS), la propagation peut être limitée, les patients affectés étant (malheureusement) trop malades pour transmettre le virus à un grand nombre de personnes.

La mortalité liée au COVID-19, encore sujette à débats, est évaluée quelque part entre 0,2 % (ce qui serait près de celle de la grippe) et 2,8 % (30 fois plus élevée que la grippe). Elle apparaît donc pour l’instant bien moindre que celle du SRAS et du MERS. Chez les 1700 travailleurs de la santé affectés par le virus en Chine, la mortalité serait plutôt limitée, autour de 0,3 %.

Notons que la définition des « cas » a changé cette semaine. Désormais, des personnes ayant les symptômes et une infection pulmonaire visible à la radiographie seront considérées comme porteur. Cela poussera le nombre à la hausse et le pourcentage de mortalité à la baisse.

Mais ce n’est pas tout de tuer les gens. Pour qu’un virus se répande, il lui faut aussi pouvoir contaminer beaucoup de gens autour de chaque malade, ce qui est plus difficile lorsque la maladie est grave et rapidement mortelle.

En janvier, on a pensé que le virus pouvait se transmettre avant même l’apparition des symptômes. Il semble que cette hypothèse n’ait pas été confirmée et que le COVID-19 n’est pas si facile à transmettre, demandant un contact prolongé avec un cas présentant des symptômes actifs.

Au fait, quels symptômes ? Ils sont avant tout respiratoires (toux, respiration difficile, fièvre, anomalies à la radiographie pulmonaire). Le virus se transmet surtout par les voies aériennes ou par un contact direct avec des sécrétions respiratoires.

Certains patients se présentaient également avec des symptômes de diarrhées. On a ainsi documenté au moins une série de cas de transmission intrahospitalière à partir d’un patient d’abord admis pour des symptômes digestifs.

Comme avec tous les virus, bien des patients présentent des symptômes légers, apparentés à un simple rhume, souvent sans fièvre notable, ce qui rend plus ardue la détection. Seulement 43 % des cas se sont présentés avec de la fièvre, bien que 88 % en ont développé plus tard.

Tant mieux si, dans certains cas, les personnes touchées ne sont pas trop affectées. Elles peuvent alors être confinées à domicile en attendant la guérison. Il faut toutefois se méfier, puisque l’infection peut s’aggraver en cours de route et requérir une hospitalisation.

Quels sont les impacts actuels ?

C’est aussi par la pression énorme sur les ressources de santé que le virus peut nous causer du tort. Ainsi, à Wuhan, où les premiers cas ont été observés, on comptabilise près de 3000 patients dans les hôpitaux municipaux, en plus des milliers d’autres qui séjournent présentement dans les hôpitaux qu’on a construits en quelques semaines.

Il ne s’agit toutefois pas d’hôpitaux permanents, mais bien d’une solution temporaire permettant d’affronter la vague des patients qui n’aurait pas manqué de paralyser — voire de submerger — le système de santé de telles villes où se concentrent la plupart des cas.

Un risque majeur et systémique qu’il ne faut pas négliger, et qui pourrait avoir le même effet en cas de diffusion de l’infection chez nous, est l’engorgement d’hôpitaux déjà saturés.

Pour le personnel soignant, il s’agit d’éviter les contaminations, qui avaient entrainé plusieurs décès au Canada à l’époque du SRAS. Les plus récentes informations indiquent que 1700 travailleurs de la santé auraient déjà été contaminés en Chine, une bien mauvaise nouvelle. Mais seulement six décès ont été constatés dans ce groupe.

La réponse

Comme avec le SRAS, les mesures strictes entourant l’identification et la prise en charge des cas suspects et infectés chez nous sont déjà en place, de sorte qu’on risque assez peu de voir une propagation importante du virus au Canada. Surtout que nous avons appris des erreurs du SRAS.

Les directives ont été adaptées au fur et à mesure que l’on comprenait mieux la nature des cas. Ainsi, dans toutes les urgences, des questions sont posées aux personnes dès leur arrivée, durant le triage initial.

Si la personne présente les symptômes mentionnés et répond aux critères, elle est considérée comme potentiellement atteinte de COVID-19. Une approche particulière est alors immédiatement mise en place : isolation dans une chambre à pression négative (permettant de diriger tout l’air de la salle vers des filtres qui bloquent la diffusion du virus), mesures de protection (masques spéciaux, visière faciale, blouse et masques) et évaluation approfondie identifiant les cas positifs.

La probabilité d’échapper à ces filtres est très faible, de sorte que le risque de contracter la maladie chez nous est nul ou presque. Au Québec, trois cas sont en observation (en date du 13 février). Actuellement, quatre hôpitaux sont déjà désignés sur le territoire québécois pour recevoir les patients dont le diagnostic serait confirmé.

Et la suite ?

Que va-t-il arriver ensuite ? Personne ne peut vraiment répondre à cette question actuellement. On sait au moins que les mesures de confinement fonctionnent et que la propagation hors de la Chine est limitée, alors que le nombre de nouveaux cas diminue chaque jour (sans toutefois tenir compte du changement dans la méthode de décompte de cette semaine).

Tout le monde espère que les mesures de confinement seront suffisantes pour limiter le « terrain de jeu » du virus, ce qui pourrait mener à la fin de cette épidémie, comme pour le SRAS.

Mais qu’arriverait-il si le confinement pratiqué échouait et que le virus se répandait de manière endémique dans la population, un scénario qui apparaît plausible pour plusieurs experts ? Il causerait d’abord son lot de mortalité et une pression sans doute intense sur les systèmes de soins. On s’y prépare d’ailleurs tant bien que mal, puisque la pression sur les systèmes serait énorme.

Le virus s’intégrerait alors aux virus en circulation, causant des poussées d’infection suivies de régressions dont l’ampleur et l’impact sont impossibles à prévoir. L’immunité de la population augmenterait sans doute, de sorte que de moins en moins de personnes seraient susceptibles de subir des infections mettant leur vie en jeu.

Un tel scénario ne tient toutefois pas compte de mutations possibles (qui peuvent renforcer la contagiosité et la gravité de l’infection ou l’atténuer). La bonne nouvelle, c’est que les virus comme celui causant le COVID-19 paraissent muter bien plus difficilement que celui de la grippe, par exemple.

Quoi qu’il en soit, nous n’en sommes pas là. Malgré l’ampleur de l’infection actuelle, il y a de fortes chances que les mesures de quarantaine et d’isolation permettront de contenir l’infection et de limiter les dégâts. On se le souhaite.

En attendant, il faut travailler à contenir le virus, tout en appuyant les scientifiques qui en sont à établir les priorités de recherche internationale touchant la maladie, les traitements et les vaccins. C’est une histoire à suivre.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

Commentaires
Laisser un commentaire