Tout savoir sur la prévention et le traitement… du rhume

Le temps des rhumes est revenu, comme à chaque année. «Que peut-on y faire ? Voici quelques trucs — ceux qui marchent et ceux qui ne marchent pas. Et vous allez peut-être être déçus !» dit le docteur Alain Vadeboncœur.

Allergies : sortez vos mouchoirs
Photo : iStockphoto

Je n’aime pas les rhumes. Entre moi et ces nombreux rhinovirus, le courant ne passe pas. D’accord, je suis un peu virophobe. Pourtant, renifler et toussoter quelques jours n’a rien d’effrayant, mais si on peut l’éviter, pourquoi subir?

Or, le temps des rhumes est revenu, comme à chaque année.

Que peut-on faire ? Voici quelques trucs. Ceux qui marchent et ceux qui ne marchent pas. Vous allez peut-être être déçus. Un peu de courage, il faut affronter à la vérité.

Trouver un remède miracle permettant soit de prévenir l’infection virale, soit d’en atténuer l’intensité, ça serait chouette. Et des remèdes comme ça, il y en a plein les rayons des pharmacies. C’est formidable, il suffit d’en prendre, et hop ! Plus de rhume.

Est-ce que ça marche ? Ce n’est pas suffisant de dire : «J’en ai pris tout l’hiver et je n’ai pas eu le rhume». Ni : «J’ai commencé un rhume, j’en ai pris tout de suite, et après deux jours, c’était terminé». Une expérience personnelle, ou même deux ou trois, ça permet de poser des questions (en science on dit : générer des hypothèses), mais ça ne donne pas la réponse.

Pour savoir si la pilule ou le machin fonctionne vraiment, au-delà de l’effet placebo (par exemple) ou du hasard, il faut avoir de la méthode. Parce que l’effet placebo et le hasard, ça fonctionne quand même déjà pas mal.

Voyons donc ce qu’on sait à propos de ces médicaments, produits et autres colliers de noisetier pour prévenir le rhume.

Ce qui marche un peu

Commençons par ce qui marche. C’est ennuyeux comme le gros bon sens : se laver les mains souvent, éviter les «tousseux» dans les autobus et garder une saine distance entre vous et les matantes contaminées. Surtout durant le temps des fêtes, cette incroyable période de brassage et d’échange de microbes variés.

Éviter les becs enrhumés est un élément essentiel de la première ligne de défense. Un beau sourire à distance fera très bien l’affaire. Malheureusement, ce genre de prévention n’est pas assez répandue.

Et les produits, eux ? Pas de miracle, mais il y a certains effets, comme diminuer un peu la durée et l’intensité des symptômes. On parle de quelques heures de moins, là. Parfois une journée de moins. C’est tout.

D’abord, une demi-déception personnelle: le zinc. Je l’avais pourtant répété aux Docteurs : si un produit semble fonctionner pour prévenir et diminuer l’intensité des rhumes, c’est bien le zinc. L’analyse de Cochrane publiée en 2011 avait fait manchettes partout dans le monde. Malheureusement, ils ont tout récemment mis à jour leurs données et… la tendance est que ça ne prévient pas beaucoup. Par contre, ça peut encore atténuer les symptômes, si on en prend au moins 75 mg par jour quand on l’attrape — ce qui peut donner mal au cœur et ne goutte pas bon.

Il y a aussi l’échinacée, très utilisée, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Peut-être un peu de vrai là-dessous. Certaines préparations d’echinacea purpuera, pourraient diminuer un peu la durée et l’intensité des symptômes des adultes. Par contre, aucune étude n’a montré d’effet préventif chez les enfants.

Et la fameuse vitamine C ? Qui ne prend pas sa vitamine C l’hiver ? Il est vrai que nos ancêtres mourraient du scorbut par manque de légumes et de fruits frais durant les traversées ou l’hiver. Or, on a depuis longtemps remédié à cela, et le scorbut est disparu de nos arpents de neige. Mais pour le rhume, c’est moins clair : il n’y a pas non plus de données solides qui montrent que ça prévient, mais il semble que ça pourrait diminuer légèrement la durée et l’intensité des symptômes.

Ah oui, il y a aussi le miel. Excellent antiseptique : ce n’est pas pour rien qu’on embaumait les momies avec, la croissance bactérienne étant fortement inhibée. En plus, ça goûte bon : qui n’aime pas le miel ? La vertu reconnue au miel, c’est qu’il apaise la toux. Et que ça ne fait pas de tort. Il est même démontré plus efficace que la diphénhydramine (Benadryl).

Reste le ginseng. Pour l’extrait spécifique CVT-E002 de ginseng américain formulations, certaines données fragiles montrent une réduction légère de la fréquence et de la durée du rhume. Mais pour arriver à cet effet, il faudrait en prendre 200 mg deux fois par jour durant 3 à 4 mois ! Un gros investissement pour la possibilité de réduire le nombre d’épisodes de rhumes et leur intensité.

Quant aux symptômes, si vous tenez plutôt à un sirop pour la toux, prenez ceux qui contiennent seulement du dextrometorphan, équivalent au miel, en respectant la dose. Ça ne fait pas de miracle, mais ça peut aider. Mais évitez les sirops trop compliqués, avec plein de produits qui vous donneront plus d’effets secondaires qu’autre chose.

Quant à l’acétaminophène (Tylenol), ça fonctionne aussi, et moi, j’en prends, parce que je n’aime pas les symptômes. De l’ibuprophène (Motrin) peut aussi aider, si vous pouvez en prendre.

Pour ce qui marche, c’est à peu près tout, mais vous pouvez aussi demander à votre pharmacien d’autres trucs pour soulager des symptômes spécifiques: décongestionnants par exemple ou antihistaminiques, qui sont tous à prendre avec modération sinon un grain de sel.  Quant aux « casses-grippes », je ne m’y connais pas, mais il s’agit habituellement d’une combinaison de différents produits. Méfiez-vous.

Ce qui ne marche pas

Disons-le clairement: sauf pour les données vagues sur le ginseng américain, dont il faudrait prendre de grandes quantités durant des mois, aucun produit ne prévient efficacement le rhume.

Pour ce qui est de l’ail, il est difficile de prétendre à un effet préventif avec les données dont on dispose. À suivre, peut-être. Par contre, c’est peut-être bon pour éloigner les becs de matantes si on en bouffe une bonne quantité juste avant l’arrivée des invités à Noël.

L‘homéopathie, friande de produits antirhume variés aux noms étranges, bien sûr que ça marche… si on y croit. Sinon, ça ne vaut pas mieux que le placebo. Qui vaut déjà beaucoup, je le rappelle.

Apparemment, vendre des granules sans faire une évaluation holistique complète de la personne, ça serait contraire à l’idée même de l’homéopathie. Moi, pour ce que j’en dis. Des granules sur des tablettes, ça fait donc doublement curieux. En plus, ce n’est pas donné. Par contre, si vous voulez passer une heure avec un homéopathe pour réduire un peu les symptômes de votre rhume (et dépenser en conséquence), allez-y. Le principal avantage est qu’il n’y a aucun danger.

Il y a aussi les herbes chinoises, vendues dans les produits d’alimentation naturelle. Puisque ça fait 3 000 ans que c’est utilisé, ça doit bien marcher, non ? Cochrane s’est aussi penché là-dessus, a révisé toutes les études, et n’a rien trouvé de solide. Out !

Au fait, les humidificateurs, est-ce que ça aide ? Pas clair du tout. Il est toujours recommandé de maintenir l’humidité générale en hiver autour de 50 %, pour éviter l’inconfort lié à l’assèchement des muqueuses, mais au-delà de cela, il n’existe aucune preuve d’un effet bénéfique. Pas utile, donc.

J’oubliais les colliers de noisetier. Mais faut-il vraiment que je me prononce ?

Autres trucs du docteur virophobe

Je dois l’admettre, même mes bons amis se moquent parfois avec virulence de ma virophobie. «C’est juste un rhume !» Je sais bien, mais pourquoi le répandre avec autant de zèle ? Je ne comprends pas. Alors voici les trucs du parfait virophobe, en primeur, à utiliser surtout en période de rhume (sinon, ils vont vraiment vous trouver bizarre) :

– Localiser les «tousseux» à l’oreille et s’en tenir loin.
– Déceler les voix rauques et les garder à distance.
– Se passer les mains au gel alcoolisé après en avoir serré beaucoup.
– Retenir sa respiration quelques secondes si on vous tousse en pleine figure.
– Ne pas utiliser la poignée pour ouvrir les portes.
– Ne pas tenir la main courante des escaliers mécaniques.

Je sais, ça fait un peu maniaque. Ça me vient, je crois, de mon défunt père, dont les yeux devenaient ronds comme des billes quand un «tousseux» passait près de lui. Même si ma mère se moquait allègrement de ces petites manies, j’ai appris de lui les bases des principales stratégies de défense.

Pourquoi les virus nous aiment tant

Ce n’est pas parce que les virus ne peuvent se passer de nous qu’on ne doit pas se passer d’eux. Parce que les rhumes, comme tout le monde le sait, ça se transmet par des virus, de petites bêtes qui ont besoin de nous.

Je dis «bête», mais un virus, ça manque singulièrement de vie. C’est essentiellement une coquille de protéines avec un petit code génétique à l’intérieur. Et comme tout bon code génétique, celui-ci veut se reproduire, comme tout le monde et depuis la nuit des temps.

Mais les virus ne sont pas très autonomes côté reproduction : il leur manque à peu près tout ce qu’il faut pour activer la machine. D’où l’obligation, pour la plupart, de rentrer dans une cellule et d’utiliser les ressources cellulaires pour se reproduire. Sinon, leur vie est un peu plate.

Aucune reconnaissance ensuite : ils font souvent exploser nos cellules contaminées et en trouvent d’autres pour continuer de se multiplier. Jusqu’à ce qu’ils rencontrent plus costauds qu’eux, par exemple, nos leucocytes — des cellules blanches qui les reconnaissent, les bombardent d’anticorps et les font disparaître grâce à ces videurs professionnels à la mine patibulaire que sont nos macrophages.

Nous sommes alors généralement immunisés contre cette souche virale précise. Le problème, c’est que pour le rhume, il en existe des centaines d’autres, toutes différentes. Il faut reprendre à chaque fois le travail. C’est fastidieux.

La routine du docteur enrhumé

Alors je fais quoi, quand j’ai le rhume, à part me plaindre ? Rien… ou fort peu. Je bois davantage (de l’eau, bien entendu). Si je suis plutôt congestionné et que ça semble s’accompagner d’un peu de sinusite (habituellement virale, et donc ne demandant pas d’antibiotique, généralement), je m’irrigue les cavités nasales avec une solution saline. Pas cher et très sain.

Je prends aussi de l’acétaminophène. Un peu de zinc aussi. Je n’ai jamais essayé l’échinacée, peut-être une idée pour la prochaine fois. Que je ne me souhaite pas, mais bon. Et je croque quelques vitamines C, mais surtout parce que ça goûte bon. Ça doit me rappeler mon enfance. Mais je ne prends rien en prévention. Ou parfois un peu de zinc si j’ai traversé une armée de nez congestionnés. On ne sait jamais.

Mon problème, c’est surtout la nuit. Vous savez, quand ça vous bouche le nez, ces machins qui vous coulent dans la gorge et qui vous rendent inconfortable? Mon truc, c’est de mettre un tas de coussins et de dormir semi-assis. Il me semble que ça respire mieux. C’est donc ma position «rhume», que ma femme trouve d’ailleurs parfaitement ridicule. Aucune étude pour appuyer le concept.

Je fais aussi de la prévention pour les autres. Je ne suis quand même pas pour faire aux autres ce que je n’aime pas qu’ils me fassent. Alors je me lave les mains souvent et je les asperge généreusement de gel alcoolisé. Je porte un masque à l’urgence. J’évite de donner des becs aux matantes. Voilà.

Et même si votre mère vous l’a répété toute votre enfance, porter une tuque, s’habiller chaudement et ne pas se mouiller les pieds n’est aucunement lié au risque d’attraper le rhume. Comment ? Les pieds, c’était plutôt pour les infections urinaires ? Ah bon. J’imagine que ça dépend des sous-cultures locales. Mais c’est pareil : ça ne change rien à ça non plus.

Alors, ne vous en faites pas trop, surtout parce qu’il n’y a pas de miracle et que ce n’est pas si grave. Un rhume, ça reste un rhume et ça va guérir assez vite ; prenez votre mal en patience. Mais allez-y tout de même pour un peu de prévention et d’éducation. C’est si simple.

D’autant que plus nous serons nombreux dans cette lutte, moins ma femme se moquera de ma virophobie.

*

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Si c’est plutôt la grippe qui vous intéresse, lire ici.

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4 commentaires
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Dr Vadeboncoeur,

Je trouve que votre effort pour orienter les gens face au fléau du rhume et de la grippe est admirable. Le titre de votre article parle de prévention et de traitement du rhume, mais il me semble que vous ne parlez que de médicaments.

À mon sens, votre article parle plus de la maladie que de la santé.

Ce que je comprends c’est: quand on A DÉJÀ le rhume que peut-on faire? Votre réponse: pas grand’chose car la plupart des médicaments ne marchent pas réellement.

Mais qu’en est-il de la santé? Est-ce qu’une personne qui dort suffisamment a autant le rhume qu’une personne qui souffre d’insomnie? Qu’en est-il du stress et de l’anxiété? De saines habitudes alimentaires? De l’activité physique?

Toutes les personne attrapent le rhume en même proportion? Peu importe leur mode de vie?

Pourquoi, lorsqu’on parle de maladie on se met automatiquement à parler de médicament? MÊME si tout porte à croire que presque qu’aucun ne fonctionne vraiment à part pour l’effet placebo.

J’ai aujourd’hui 40 ans et à 20 ans j’étais toujours malade. En moyenne 6 infections bactérienne pas année. Je prenais des doses de cheval d’antibiotiques et de tous les médicaments en vente libre contre tous les symptômes que je subissais. Les médicamenents ne me guérissaient pas ils ne faisaient qu’interrompre une partie des symptômes pendant une durée de temps limitée.

J’avais aussi un trouble d’anxiété sévère. Les années de thérapie, gestion efficace de mon stress et l’amélioration spectaculaire de ma qualité de sommeil m’ont redonné une santé incroyable. Personne ne peut deviner mon âge, je pratique les arts martiaux depuis 10 ans, ma flexibilité musculaire ne cesse de s’améliorer. Quand j’ai vu mon pneumologue il y a 3 ans, ils a constaté que j’avais augmenté mon débit respiratoire de 15% entre 22 et 37 ans. Il en perdait son latin. Il m’a dit que c’était médicalement inexplicable.

En vieillissant, la santé de mes organes augmente, sauf pour les yeux qui voient de moins en moins bien de proche.

Un de mes trucs personnels pour prévenir le rhume c’est d’embrasser les gens malade en me disant que l’amour est plus fort que la maladie parce que pour moi, c’est ça qui a fonctionné. L’amour. De moi en premier et des autres ensuite.

Et quand je sens des symptômes de rhume, de grippe ou de laryngite, je m’arrête pour réfléchir à la façon dont je me traite, mais pas médicalement, comment je me traite tous les jours. Je tente d’identifier là où j’ai tourné les coins ronds dans les soins de ma santé mentale ou physique. La plupart du temps, je met le doigt dessus rapidement, puis je fais un « deal » avec la maladie. « Ok, ok, je vais prendre soin de moi tout de suite, je vais régler ce problème, tu n’as pas besoin de venir me visiter ». Si je respecte ma parole, la maladie me laisse tranquille.

Eosotérique? Effet placebo? Ou santé plutôt que maladie?

Et vous Dr Vadeboncoeur? Qu’est-ce qui fonctionne lorsque vous êtes aux prises avec la maladie?

Merci de me faire réfléchir.

Vous avez tout à fait raison. Nos défenses immunitaires varient, notamment en fonction de nos habitudes de vie. C’est plutôt difficile à démontrer pour ce qui est du rhume, mais de donnes habitudes favorisent de bonnes défenses immunitaires, donc en théorie moins de rhume et d’infections. Pour ce qui est de prévenir par l’amour, j’en suis moins certain, parce qu’il y aurait beaucoup de souches de rhumes pour lesquelles il faudrait développer des défenses, mais qui sait, peut-être que vous avez fait le tour. Je vous encourage dans vos excellentes habitudes. Bonne journée!

Voici ma recette:
– COLD-FX, extra-fort, 300 mg. pendant 3 jours, au début des symptômes. Suivre de COLD-FX, 200 mg. les jours qui suivent jusqu’à soulagement.
– Au moins 2 fois par jour, davantage si besoin, boire une tasse d’eau bouillante à laquelle on ajoute 1c.à thé de thym, 1c. à thé de sauge, 1c. à thé de romarin. Laisser infuser 5 minutes et ajouter 1 grosse c. soupe de miel. Pour débloquer le nez, c’est magique. Une vingtaine de minutes plus tard, les voies respiratoires sont dégagées et un bon sommeil est assuré.
Moi, cette recette me va à ravir. C’est vraiment ce que j’ai trouvé de mieux
Essayez, vous verrez!!!!
Hélène Dufour, Québec

Le Ginseng américain (Cold Fx) a peut-être une efficacité pour diminuer les symptômes, mais comme les autres suggestions, ça reste marginal. Tant mieux si ça vous fait du bien. Pour ce qui est du miel et d’une solution chaude, certainement. Je vous suggère aussi l’irrigation nasale, à laquelle je ne croyais pas beaucoup, jusqu’à ce que je lise là-dessus et en face l’essai; concluant. Bonne journée.