Tout savoir sur le don de tissus humains

En cette Semaine nationale du don d’organes et de tissus, le Dr Alain Vadeboncœur démystifie le don de tissus humains — tout aussi important (mais moins connu) que la transplantation d’un foie, par exemple.

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Photo : Héma-Québec

Comme c’est la semaine du don d’organes, on en parle beaucoup… mais assez peu de son petit frère, le don de tissus.

Pourtant, c’est tout aussi important pour les patients. N’oublions pas que le vrai nom de la semaine, c’est bien «Semaine du don d’organes et de tissus», après tout.
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D’abord, quelle est la différence entre un tissu et un organe ? Un tissu, c’est l’ensemble des cellules de l’organisme qui ont les mêmes structure et fonction. On peut ainsi parler du tissu nerveux, du tissu osseux ou du tissu musculaire. De plus, si ces fonctions ne sont pas nécessairement uniques, elles demeurent moins complexes que celles d’un organe.

On pourrait plutôt définir l’organe comme l’organisation d’une partie du corps composée de plusieurs tissus et remplissant un ensemble de fonctions. Ainsi, l’oreille est l’organe de l’audition (mais l’oreille interne s’occupe aussi de l’équilibre).

Autres exemples : le foie est un organe formidablement complexe, qui remplit une foule de rôles liés notamment à la digestion et la décontamination. Les organes génitaux servent essentiellement à la reproduction… et au plaisir, bien entendu. Etc.

Le tissu est donc souvent un sous-ensemble (ou un constituant) de l’organe. Par exemple, dans le foie, on trouve des cellules formant le tissu hépatique — mais aussi des vaisseaux sanguins pour le nourrir, et du tissu conjonctif pour qu’il tienne ensemble.

Si on entend moins parler du don de tissus, c’est peut-être parce qu’il est moins spectaculaire et qu’il ne sauve pas immédiatement des vies, comme un organe transplanté (cœur, foie, poumons, etc.).

Pourtant, un donneur de tissus peut aider jusqu’à 40 patients de bien des manières, alors qu’on ne peut greffer que huit personnes avec les organes d’un donneur.

On peut aussi voir que le don de tissus est plus simple, à la fois pour le donneur et pour le receveur. Par exemple, si un receveur d’organe doit prendre des médicaments «antirejets» toute sa vie, ce n’est pas le cas d’un receveur de tissus.

Dans le catalogue

Au fait, quels sont les tissus disponibles ? Pour le savoir, il suffit de consulter le catalogue d’Héma-Québec (pdf), l’organisme qui s’occupe des dons de tissus, tandis que Québec-Transplant gère le don d’organe. C’est comme le catalogue Sears, mais en plus médical.

catalogue

On y trouve de tout, dans plusieurs catégories de tissus. Par exemple :

– Des tissus musculosquelettiques (tendons, os morcelés, têtes fémorales).
– Des tissus cutanés (peau).
– Des valves cardiaques avec ou sans conduit.
– Des cornées (en partenariat avec la Banque d’Yeux du Québec) et des sclères, la partie blanche de l’œil.

Le don le plus connu est certainement le don de cornée, qui permet de la remplacer et de redonner la vue au patient. On trouve aussi les préparations d’os (pour certaines chirurgies osseuses), des valves cardiaques (qui ne nécessitent pas la prise de médicaments anticoagulants pour la vie, contrairement aux appareils mécaniques), des tendons (pour les sportifs blessés) et de la peau (pour les grands brûlés, par exemple).

Lire le catalogue donne un peu l’impression d’être au supermarché : juste pour le fémur (os de la cuisse), on trouve un fémur proximal sans tête, un fémur proximal avec tête, un quart de diaphyse fémorale, un fémur entier, un fémur distal, une tête fémorale et une hémidiaphye fémorale, le tout de «longueurs variées». Et un chausson, avec ça ?

Pour les tendons, c’est un peu la même chose, avec une grande variété de longueurs, largeurs, origines, préparations, etc., comme le montre le tableau suivant, extrait du catalogue d’Héma-Québec :

tableau-tendon

Éviter les risques infectieux

Comme pour le don d’organes, le grand risque pour le receveur, c’est la transmission de maladies infectieuses : virus et bactéries, qui pourraient ainsi le contaminer — ce qui aurait des conséquences graves.

Il faut s’assurer qu’on évite la contamination des receveurs de tissus. Les trois étapes suivantes, appliquées par Héma-Québec, le permettent :

1. Qualification des donneurs. Héma-Québec suit les normes les plus élevées afin d’offrir aux malades des greffons sécuritaires et de réduire les risques associés aux maladies transmissibles. Des questionnaires poussés et diverses évaluations, parfois complexes, sont réalisés avant de déclarer un donneur potentiel.

2. Prévention de la contamination bactérienne. Des mesures strictes sont appliquées en tout temps pour diminuer les risques de contamination bactérienne : le prélèvement s’effectue en situation d’asepsie, dans une salle dédiée ou une salle d’opération d’un hôpital.

3. Approvisionnement et transformation. Tous les tissus sont soumis à une décontamination complète. Les tissus musculosquelettiques sont irradiés par rayon gamma, tuant les bactéries et les virus potentiellement présents. Pour les valves et les tissus cutanés, ils sont notamment trempés dans une solution qui contient des antibiotiques.

Quel âge pour donner des tissus ?

Une question qu’on pose souvent est celle de l’âge potentiel des donneurs. En fait, l’âge varie en fonction des tissus, étant donné que certains d’entre eux vieillissent mieux que d’autres.

Par exemple, pour les valves, on accepte les donneurs de la naissance à 60 ans. Pour les tissus cutanés, les os et les tendons, on parle plutôt de 15 à 70 ans. Enfin, pour les cornées («don des yeux»), on accepte les donneurs âgés de 2 à 85 ans.

Avoir de larges limites d’âge est important, parce qu’il manque toujours de donneurs — aussi bien pour les organes que les tissus. Ainsi, les cornées sont toujours en forte demande.

À cet égard, le don de tissus a certains avantages, comparé à celui des organes. D’abord, les tissus humains peuvent être prélevés jusqu’à plusieurs heures après l’arrêt de la circulation sanguine, alors que pour les organes, sauf exception, il faut maintenir le donneur artificiellement en vie jusqu’au prélèvement chirurgical. Les possibilités de dons de tissus sont donc beaucoup plus grandes, notamment à la suite d’un décès rapide.

Par ailleurs, les tissus prélevés sont conservés (congélation ou cryoconservation, selon le type) jusqu’à ce qu’ils soient transplantés. On effectue aussi des tests bactériologiques sur les tissus prélevés afin d’assurer un greffon de qualité optimale pour le receveur éventuel.

Pour donner ses tissus (au moment de son décès, n’est-ce pas), les démarches sont les mêmes que pour les organes. D’abord, tout comme pour le don d’organes, la famille a toujours le dernier mot, peu importe les volontés exprimées antérieurement par le défunt.

Les démarches pour permettre un don

Il reste que manifester son souhait de donner ses organes et ses tissus est important, puisque cela permet de faciliter grandement les démarches du personnel soignant. Il faut donc :

1. Signer sa carte d’assurance-maladie (sur l’autocollant prévu à cette fin).
2. Signer si possible le registre du don d’organes, qu’on trouve dans le site interne de la Chambre des notaires.
3. Surtout, aviser sa famille de sa volonté, afin de la préparer mentalement à prendre une décision très généreuse… mais pas toujours facile dans les moments qui précèdent ou suivent le décès.

Il faut tout de même rassurer les familles. D’abord, le corps du donneur peut être récupéré par ses proches dans les 24 heures qui suivent l’obtention du consentement — ce qui, bien entendu, oblige Héma-Québec à agir promptement. Par ailleurs, les prélèvements de tissus gardent intacte l’apparence du donneur et n’empêcheront pas l’exposition du corps au salon funéraire.

Sachant tout ce qu’apporteront vos organes après votre décès, pourquoi ne pas en faire profiter les autres ? Il va sans dire qu’ils seront plus utiles à ces vivants — qui sont souvent malades et qui continuent de lutter pour leur vie — qu’à vous-mêmes, une fois que vous aurez passé l’arme à gauche, comme on dit.

Merci pour eux de poser ce petit geste.

* * *

À propos d’Alain Vadeboncœur

Le docteur Alain Vadeboncœur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal, où il enseigne, il participe aussi à des recherches sur le système de santé. Auteur, il a publié Privé de soins en 2012 et Les acteurs ne savent pas mourir en 2014. On peut le suivre sur Facebook et sur Twitter (@Vadeboncoeur_Al), et il a aussi son propre site Web : alainvadeboncoeur.com.

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Je suis inquiète de la possibilité que le prélèvement d’organe soit fait sans anesthésie au cas où je ne sois pas vraiment morte, malgré les apparences et même les signes cliniques. Même en étant considéré « légume » qu’en est-il du niveau de sensibilité à la douleur pour le donneur ? Je comprends bien que la douleur ne peut durer bien longtemps avec un retrait du cœur ou des poumons, j’aurais tendance à mettre cette condition d’une certaine forme d’anesthésie avant tout don d’organe ou de tissus.

Il est impossible que les organes de quelqu’un soient prélevés si la personne n’est pas morte. Le don d’organes est encadré par des règles très strictes et des protocoles rigoureux.

Une personne en état neuro-végétatif (« légume ») n’est pas morte et ne pourra donner d’organes qu’une fois morte.

Au Québec, il existe deux types de don d’organes, le don après décès neurologique et le don après décès cardio-circulatoire. Dans les deux cas, la mort doit être confirmée selon des critères très stricts avant que le don ne soit autorisé. Le détails de chaque procédure pourrait faire l’objet d’un billet entier de la part du Dr Vadeboncoeur, mais en attendant, vous pouvez vous renseigner sur le site de l’organisme chargé de la gestion et de l’encadrement du don d’organes au Québec : http://www.transplantquebec.ca/

Cher docteur, vous écrivez : «tout comme pour le don d’organes, la famille a toujours le dernier mot, peu importe les volontés exprimées antérieurement par le défunt». En lisant cela, j’ai fait un saut ! Notre droit de disposer librement de nos organes et tissus n’est-il pas protégé par la loi ? Si je refuse de les donner à ma mort et qu’on me les prélève quand même, il ne s’agit plus d’un don d’organes mais bien d’un vol d’organes !

J’ai donc fait une recherche pour en avoir le cœur net. Sur le site du Barreau du Québec, il est précisé «EN CE QUI A TRAIT À L’ABSENCE DE VOLONTÉ MANIFESTÉE PAR LE DONNEUR avant sa mort ou, par la suite, au refus de consentement de la famille, je souligne qu’au Canada, la famille a le dernier mot dans tous les cas de dons après la mort». http://www.barreau.qc.ca/pdf/journal/vol36/no15/DonOrganes.html

La chambre des notaires précise de son côté : «Votre famille, vos proches et les professionnels de la santé DOIVENT RESPECTER VOTRE VOLONTÉ. Mais si votre volonté n’est pas connue, les médecins tenteront d’obtenir rapidement le consentement d’un proche». Puis : «Les médecins peuvent prélever des organes et des tissus sans avoir obtenu de consentement. Cependant, deux médecins doivent garantir qu’il était impossible d’obtenir un consentement à temps, qu’il y avait urgence d’agir et que le prélèvement pourra véritablement sauver ou améliorer la qualité de vie d’une autre personne». http://www.protegez-vous.ca/chambre-des-notaires-du-quebec/un-don-dorganes-notarie.html

Bref, votre affirmation «peu importe les volontés exprimées antérieurement par le défunt» est erronée. Désolée de vous contredire mais ouf, me voilà rassurée !

En réalité, si la volonté du défunt est inconnu, un consentement substitué peut avoir lieu (un représentant légal prend la décision). Si les médecins savent que le défunt avait refusé le don d’organes, le processus s’arrête là. Toutefois, dans les cas où le défunt avait signifié sa volonté, les médecins tentent de respecter celle-ci. Néanmoins, la famille est respectée dans son processus de deuil ce qui signifie que si la famille refuse catégoriquement le don, le médecin tentera de faire valoir la volonté du patient, mais n’insistera pas indûment et le don n’aura pas lieu.

Bien que j’ai fait toute les démarches pour le don de mes organes/tissus, j’ai un point d’interrogation sur la validité de cet exercice. Je suis survivant d’un cancer ayant été traité par chimiothérapie. Mes tissus sont-ils bons pour un don?

Le don d’organe est une noble idée mais il y aussi la possibilité de laisser notre corps a la science…. Pour avoir moi-même fait de la dissection de cadavres quand j’étais étudiante en médecine (dans une autre vie), j’ai trouve parfois que la conduite de certains étudiants de mon equipe de dissection manquait de sérieux et de respect pour le cadavre. je me rappelle d,ailleurs d’un camarade jongleur qui dans un bref moment de folie pour nous montrer ses talents, avait jongle avec certains organes….heureusement cela n’est pas venu a l’oreille d’aucun comite d’éthique biomédicale mais j’ai alors moi-même commence a douter qu’un tel sort arrive a mon cadavre…..

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