Traiter et prévenir la maladie de Lyme (2/2)

Dans son second texte, le Dr Alain Vadeboncœur explique les règles de base du traitement, et explore la controverse sur la « maladie de Lyme invisible ».

(Photo: iStockphoto)

Quand on parle de la maladie de Lyme, on doit commencer par deux bonnes nouvelles, malgré l’augmentation des cas constatée ces dernières années. La première, c’est que le diagnostic est simple, comme je l’ai mentionné ici… quand on y pense ! La seconde, c’est que la bactérie en cause, Borrelia burgdorferi, répond facilement aux antibiotiques courants.

Bref, ce n’est généralement ni une maladie difficile à diagnostiquer ni un défi thérapeutique. Il me reste à vous expliquer comment et dans quelles situations on traitera la maladie, puis comment la prévenir.

Des rougeurs sous forme d’érythème migrant (voir texte précédent) et une exposition potentielle à une morsure de tique suffisent pour débuter d’emblée un traitement antibiotique. On ne suggère alors aucun test diagnostique supplémentaire, puisqu’il s’agit d’une approche très efficace. C’est un peu comme pour une pneumonie : on traite la majorité du temps sans avoir idée de la bactérie en cause. Peu importe, cela fonctionne et c’est ça qui est important.

Trois antibiotiques tout à fait courants sont recommandés, prescrits généralement pendant 14 jours, soit la doxycycline, l’amoxicilline ou le céfuroxime. En cas d’arthrite, le traitement est prolongé durant 28 jours.

En cas d’atteinte cardiaque ou des méninges (qui enveloppent le cerveau), les antibiotiques sont donnés sous forme intraveineuse à l’hôpital, tout en poursuivant un traitement oral par la suite. Par contre, pour une atteinte du nerf facial (paralysie de Bell), un traitement oral par antibiotique (avec de la doxycycline durant 14 jours) est suffisant. Ces patients ayant une forme plus complexe de la maladie seront généralement vus par des médecins microbiologistes.

Prévention de la maladie de Lyme

L’essentiel de la prévention consiste à éviter les morsures de la tique. Trois approches fonctionnent :

  • Des antimoustiques appliqués sur la peau.
  • Des vêtements à manches longues et des pantalons longs, afin d’éviter d’exposer la peau aux herbes hautes et aux branchages lors d’une balade.
  • Inspecter la peau des jambes, notamment celle des enfants et des animaux, afin de s’assurer qu’il n’y a pas de tique accrochée à la suite de la marche.

Si une tique est décelée, la recommandation est de la retirer avec une pince à épiler en tirant doucement et avec un mouvement continu vers le haut, en prenant bien son temps et en n’écrasant pas le corps, puis de nettoyer la zone affectée avec du savon et de l’eau.

(Source: https://sante.lefigaro.fr/sante/maladie/maladie-lyme/comment-retirer-tique)

En général, il n’est pas recommandé de traiter par antibiotiques en l’absence d’une infection active à la suite d’une telle exposition, ni de faire des prises de sang. Par contre, une dose unique d’antibiotique peut être envisagée en prévention dans les zones où la maladie de Lyme est très présente, quand la tique peut être identifiée et si on peut démontrer qu’elle est restée en place depuis au moins 24 heures.

Pour que cela vaille la peine, la personne doit aussi avoir consulté dans les 72 heures de la morsure. Les autorités de santé publique ont conçu un algorithme de décisions à cet égard :

(Source: https://www.msss.gouv.qc.ca/professionnels/documents/maladie-lyme/Aide-a-la-decision-PPE-Lyme.pdf)

 

(Source: https://www.msss.gouv.qc.ca/professionnels/documents/maladie-lyme/Aide-a-la-decision-PPE-Lyme.pdf)

Enfin, dans certaines régions où on ne trouve pas encore la maladie de Lyme, il peut être intéressant de faire analyser la tique, mais cela est peu utile dans la majorité des cas. Un simple appel au 8-1-1 pourra vous renseigner à cet égard.

Voilà pour les traitements évidents, qui concernent la vaste majorité des patients exposés à une morsure de tique ou ayant présenté certains symptômes.

Le cas de la maladie de Lyme « invisible »

Mais il existe aussi une controverse concernant l’existence d’un syndrome beaucoup plus difficile à caractériser, celui d’une maladie chronique liée à la bactérie, qui se manifeste par des symptômes variés.

Il s’agirait d’une forme chronique d’infection à la bactérie, qui serait passée inaperçue ou qui aurait même résisté aux antibiotiques. On parle aussi souvent de maladie de Lyme « invisible », parce qu’elle serait difficile à détecter.

Or, même si on ne peut nier les souffrances de ces gens, les spécialistes en santé publique qui se sont penchés sur la question ne reconnaissent pas l’existence d’un tel syndrome, selon nos connaissances actuelles. Le Dr Marc Girard résumait très bien la situation lors d’une entrevue à La Presse, à la suite de son article récemment publié.

Pourtant, des groupes de patients qui militent pour faire reconnaître ce syndrome jugent que les tests effectués au Canada sont inadéquats, et proposent aux patients d’aller aux États-Unis pour passer des tests sanguins qui seraient, selon eux, plus efficaces. De manière générale, ils réclament de meilleurs diagnostics et souhaitent sensibiliser les médecins.

Les tests de sérologie pour la maladie de Lyme ne sont pourtant pas indiqués pour les personnes souffrant de symptômes non spécifiques, comme une fatigue chronique, en l’absence d’une exposition aux tiques ou de signes plus précis de la maladie de Lyme (par exemple une arthrite inexpliquée). C’est d’autant plus vrai que la probabilité de faux positifs est élevée, ce qui veut dire qu’on pourrait trouver des tests anormaux, mais sans lien avec la maladie de Lyme.

Tel que le mentionne d’ailleurs le Dr Girard dans son article : « De fait, les tests américains préconisés par […] des laboratoires indépendants qui sont réputés non pas pour faire des tests plus sensibles, mais plutôt pour avoir un taux élevé de faux-positifs pouvant aller jusqu’à 57 %. Les Centers for Disease Control ne reconnaissent pas la valeur de ces tests pour poser le diagnostic de maladie de Lyme et se proposent même dans les prochaines années de vérifier la qualité des laboratoires qui les offrent. »

Ces tests, offerts par des laboratoires privés, ne sont reconnus ni par les instances américaines ni par les autorités canadiennes en santé publique, et selon les meilleurs spécialistes de la question, ils sont inutiles.

Or, les patients sont parfois ensuite traités durant des mois par antibiotiques, afin de lutter contre une supposée forme de maladie de Lyme chronique. Mais l’efficacité de ce traitement n’a pas été démontrée et expose clairement les gens à des complications.

Il faut surtout s’assurer qu’un autre diagnostic n’explique les symptômes évoqués, puisqu’ils peuvent cacher une foule de problèmes bien plus courants. Par ailleurs, pour ceux et celles chez qui il semble impossible de trouver la cause des problèmes, des problèmes inflammatoires chroniques, dont l’origine est parfois incertaine, révéleront peut-être leur nature à force de recherche.

Soyons vigilants… raisonnablement

Pour revenir à la maladie de Lyme telle qu’elle est maintenant bien connue, et qui prend de plus en plus de place au Québec, on ne peut que recommander une certaine prudence lors des balades en forêt, afin d’éviter l’exposition aux morsures de tiques. Et pensons-y si, à la suite de telles balades, nous voyons apparaître des rougeurs sur la peau.

S’il est vrai que la maladie de Lyme peut conduire à de graves conséquences, la bonne nouvelle, c’est que le diagnostic est habituellement simple et que le traitement par antibiotique oral réglera le problème et préviendra les complications de manière très efficace.

Et ne soyons donc pas trop inquiets, parce que la maladie demeure rare (une personne sur 45 000 au Québec !) même quand la morsure de tique survient. Elle ne devrait donc pas vous empêcher de profiter du beau temps qui ne manquera pas d’arriver, puisque j’ai terminé mes vacances.

Les commentaires sont fermés.

Bonjour !
D’abord merci pour c’est deux articles fort pertinents en cette saison estivale. J’aimerais savoir si les outils nouvellement sorti, un style de mini pied de biche pour tique qu’il faut faire tourner pour retirer, sont efficaces et recommandables ou les risques de « briser » la tique sont trop élevés ?

il ne faut utiliser qu ‘un tire tique jamais autre chose et ne jamais toucher le corps de la tique sinon elle régurgite

D’accord pour la seconde partie, mais avez-vous une source pour appuyer votre première affirmation?

Les outils vendus en pharmacie sont destinés spécifiquement aux tiques. Cependant la recommandation avec ce toque d’outil est de tourner l’outil pour retirer la tique sur un mouvement circulaire donc je voulais savoir s’il était sécuritaire d’utiliser ce type d’outil ou non.

oh Seigneur ! lire de telles âneries
il faut aller vous former de toute urgence
la tique infecte en moins de 5 minutes d attachement ( Professeur Perronne )
tout ce que vous racontez est faux .
qui voulez vous leurrer ?

Qu’elle sont vos source, autre que le Professeur Perrone?
Quelle sont ces source? Sur quoi vous basez-vous pour affirmer aussi catégoriquement que « tout ce que est faux . »?
A voir le ton de vos affirmations et de votre réponse concernant le « tire-tique », vous semblez être biens sûr de vous.

De mon point de vue, le Professeur Perronne me semble du genre à prendre position à contre courant pour faire du sensationnalisme afin de mousser les ventes de ses livres. Mais il ne s’agit que d’une première impression très personnel et très limité.

« transmission occurs through injection of nymphal tick saliva during feeding(5)
I. scapularis and I. pacificus typically must feed for 36-72 hours to transmit enough spirochetes to cause infection
transmission of B. afzelii from I. ricinus may be more rapid »

Article source: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21903253?dopt=Abstract

Cité par Dynamed, une source de données fiables.

Avez-vous une source fiable pour ce que vous affirmez? Bonne journée à vous aussi.

Je me demande d’ailleurs pourquoi je voudrais « leurrer » qui que ce soit. Dans ce texte comme dans tous ceux que je fais, je consulte des sources fiables, j’en tire des informations pertinentes et je les présente en synthèse. Ce qui me surprend toujours, c’est que cette méthode qui fonctionne fort bien pour une foule de sujet… ne fonctionnerait pas sauf certains. Il y a des gens qui s’imaginent que les autorités de santé publique, habituellement fiables, auraient tout faux sur certains sujets. Ce qui serait tout de même étonnant, n’est-ce pas? Bonne journée.

Voila un article qui devrait réconforter quant à la presque psychose qui circule au sujet de la maladie de Lyme ( je demeure en Montérégie!) Mais n’empêche, j’en reste sur ma faim quant au difficile diagnostic de la maladie chronique ou qu’il le devient.. Ayant lu des articles non moins » sérieuses » au fait que la bactérie pourrait se loger dans quelques replis du système de façon indétectable par les anticorps et être ainsi en » dormance » voire des années avant de se mettre active et se développer. De la Aussi la complexicite du diagnostic. La question ne valait-elle pourtant pas être soulevée?

Je ne l’ai as vue abordée dans les sources que j’ai révisées et je ne peux pas non plus tout aborder. J’essaie de transmettre l’information la plus juste et susceptibles d’intéresser les gens. Mais peut-être avez-vous des informations à me soumettre? Bonne journée.

Suite à mon commentaire sur l’indéfectibilité de la borrelia burgdorferi par les anticorps, bien que mon affirmation reposait sur un autre lien que ceux ici-joints (-faute de le retrouver) en voici quelques uns qui en parle on ne peut plus clairement, et ils étaient nombreux…. À la lumière de ces informations, je peux très bien comprendre alors le désarroi et la controverse entourant la maladie de Lyme, car je déduis qu’on s’en sort qu’à condition d’être le patient « idéal » en ce qu’on présente que les symptômes les plus évidents pour les médecins… et dans les premières heures!
http://www.futura-sciences.com/sante/actualites/medecine-ruse-etonnante-bacterie-maladie-lyme-45407/http://www.promed-lab.ch/ViewDocument.aspx?id=27&lang=frhttps://www.science-et-vie.com/article/maladie-de-lyme-il-est-difficile-d-etablir-un-diagnostic-fiable-7652

C’est curieux mais les cas soit-disant « invisibles » ont tous des symptômes semblables et on tous en commun une morsure de tique… Les CDC ne veulent certainement pas alarmer le public car le nombre de cas est relativement faible mais pour ceux qui sont affectés, c’est l’enfer. On va certainement se rendre compte avec les années et avec l’expansion de la tique vectrice de la maladie, que la science d’aujourd’hui n’avait qu’un portait incomplet de la réalité de la maladie de Lyme.

Je me demande bien pourquoi le CDC ne voudrait pas « alarmer le public », alors que son rôle est justement de diffuser de l’information claire à propos des risques infectieux, informations qui sont souvent « alarmantes ». Pourquoi, dans le cas de la maladie de Lyme, choisirait-elle de ne pas diffuser la bonne information? Par ailleurs, les symptômes décrits sur la plupart des sites où on aborde la maladie de Lyme « invisible » ou chronique, sont justement peu spécifiques et peuvent être communs à une foule de problèmes de santé. Quant à la science, il s’agit évidemment de la science d’aujourd’hui, et on ne peut présumer de ce que la science de demain dira à ce sujet. Bonne journée.

Une pétition circule au Canada anglais pour sensibiliser le gouvernement à la progression de la maladie de Lyme au pays. Le site (en anglais) se trouve à: https://www.change.org/p/minister-philpott-ticking-lyme-bomb-in-canada-fix-canada-s-lyme-action-plan-now/u/20998969?
Le groupe a un rendez-vous avec la ministre de la Santé, Mme Philpott le 22 août et sur le site il y a quelques liens pour plus d’information sur la situation. Malheureusement ces sites ne sont qu’en anglais.

Merci pour l’information. Ça demeure tout de même une maladie plutôt rare. Bonne journée.

Je ne comprends pas l’arbre de décision. Qu’est ce qui se passe si la tique est restée plus de 24h et que le patient consulte après 3 jours ? On ne peut rien faire et ? Le patient va guérir tout seul ou être malade sans guérison possible ?

Merci!

OK, je viens de relire avec plus d’attention. Dans ce cas on surveille pendant 30 jours, si des symptômes apparaissent le médecin devrait prescrire l’amoxicilline. Sinon bien on s’en est sauvé.

Ce que je retiens c’est qu’il ne suffit pas d’être piqué pour être malade, la tique aussi doit rester de 24 à 72 h.

Merci pour votre article.

Bonjour docteur, j’ai été piquer le 27 mai 2017 à deux endroits sur mon corps. C’était gros comme un gros citron mais pas en forme de cible comme on voit sur internet et ça ne piquait pas . Alors je n’ai pas cru bon de consulté à ce moment . Mais j’ai commencé à avoir des engourdissements dans le bras et les jambes avec des palpitations et étourdissements le 14 juillet 2017 . Alors j’ai été consulté 3 médecins pour enfin obtenir de la Doxycin 100mg 2 fois par jours pour 21 jours. Les engourdissements ont diminué mais pas complètement disparus . Je termine dans 2 jours le 13 août les antibiotiques . J’ai lu dans votre article que si ça ne fonctionne pas complètement avec 21 jours d’antibiotiques , il est recommandé d’avoir une antibiotique par intraveineuse . Ou doit-je aller pour l’obtenir ?

Dans mon texte, je mentionne plutôt que l’antibiotique est efficace. Le traitement intraveineux est réservé pour les formes plus complexes et graves de la maladie. Bonne chance avec tout ça!

J’aimerais en savoir plus sur la biologie de l’insecte. Est-ce que les risques d’attraper les tiques vont du mois de mai au mois de novembre? Quelle proportion des tiques sont porteuses de la maladie?

Ce sont deux bonnes questions. Mais je ne suis tout de même pas entomologiste :-). Bonne journée!