Transport de déchets nucléaires: les démagogues montent au front

Après analyse du dossier, les experts de la Commission canadienne de sureté nucléaire (CCSN) jugent que le transport par bateau jusqu’en Suède des 16 générateurs de vapeur de la compagnie Bruce Power représente un risque négligeable.

Le Parti Québécois, le Bloc Québécois, des municipalités et groupes écologiques s’opposent au projet. Leurs arguments? Un joyeux mélange de méfiance, d’ignorance et de démagogie.

Une partie des opposants ne croit tout simplement pas les spécialistes de la CCSN. Pourquoi ? C’est un peu l’histoire du loup. Depuis des mois, des experts du gouvernement fédéral sont régulièrement muselés par le Premier ministre Stephen Harper, qui agit en outre parfois à l’encontre de leurs recommandations. Disons que ce climat n’est guère propice à la confiance.

La dernière fois que la Commission canadienne de sureté nucléaire a fait les manchettes, c’est en 2008, quand son ancienne présidente Linda Keen a été limogée par le gouvernement après qu’elle a déconseillé le redémarrage du réacteur nucléaire de Chalk River, jugé trop risqué. Son expertise avait alors dû céder le pas devant des considérations politiques, la gestion désastreuse de la production des isotopes médicaux par le Canada ayant placé le gouvernement Harper en très mauvaise posture sur la scène internationale.

Faut-il s’étonner maintenant qu’une partie de la population ne croit plus les experts de la CCSN, jugés à la solde du politique?

Pourtant, dans le dossier du transport des générateurs de vapeur, la CCSN a mis les bouchées doubles pour expliquer et justifier publiquement sa décision. Au vu des documents (notamment celui-ci, en pdf) qu’elle publie sur son site, il est très clair que le transport de ces équipements, si imposants soient-ils, n’a rien d’une catastrophe écologique en puissance et ne représente pas un danger significatif pour les riverains du fleuve.

D’ailleurs, depuis les débuts de l’industrie nucléaire, on n’a jamais recensé d’accident lors du transport de matières radioactives. Les normes de transport sont extrêmement strictes et établies à l’échelle internationale par l’Agence internationale de l’énergie atomique. Ce sont les mêmes normes qui s’appliquent au Canada qu’en Suède ou aux États-Unis 

Chacun générateur de vapeur fait la taille d’un autobus scolaire. Mais la quantité de radioactivité qu’il contient est très faible: la dose émise à proximité, que les experts estiment à 0,08 millisieverts par heure, est 6 fois moindre que ce qu’émet un colis contenant des isotopes médicaux, comme il en circule 50 000 par an dans les rues de Montréal. 

La radioactivité naturelle, à laquelle nous sommes exposés à l’année longue, est en gros de 2,5 millisieverts.

Certes, il n’existe pas de dose minimale à partir de laquelle on peut affirmer que la radioactivité ne cause pas de problème de santé. Sauf qu’en deça d’une certaine dose, on peut raisonnablement penser que le risque est absolument négligeable par rapport aux innombrables autres dangers qui nous guettent. Avoir peur de la quantité de radiation émise par les générateurs de vapeur, c’est un peu comme redouter un cancer du poumon parce que vous auriez fumé une seule cigarette au cours de toute votre vie!

Les isotopes médicaux ou les déchets nucléaires que l’on transporte sont habituellement confinés dans des emballages blindés, conçus pour résister aux chocs les plus violents. Dans le cas des générateurs de vapeur, un tel emballage n’est pas nécessaire, puisque que ces équipements sont déjà blindés.

C’est justement pour  recycler cet énorme blindage d’acier que Bruce Power envoie ses générateurs en Suède : 90% va pouvoir être réutilisé dans d’autres usages, ce qui contribue à diminuer le volume de déchets à confiner. La partie radioactive va ensuite revenir au pays, convenablement emballée, pour rejoindre un site de stockage.

Même si elle n’a rien de particulièrement dangereux, cette opération représente une occasion en or pour des démagogues, qu’ils soient opposants à l’énergie nucléaire ou indépendantistes. Pensez donc! Des énormes déchets nucléaires de l’Ontario qui nous passent sous le nez ! Quelle belle occasion de surfer sur la peur pour faire valoir son point de vue!

Pourtant, le risque réel que représente le transport de ces déchets, qui semble effectivement négligeable au vu de l’analyse de la CCSN,  ne doit pas être confondu avec les risques globaux que représente l’exploitation de l’énergie nucléaire.

L’équation «nucléaire = danger» est un peu simpliste. Tout est question de dose, de durée d’exposition, de radioprotection, de mesures de sécurité et de risque relatif.

On peut parfaitement être opposé à l’énergie nucléaire, pour des raisons tout à fait valables, sans pour autant craindre le transport de ces générateurs de vapeur.  

C’est un dangereux précédent, entend-on aussi un peu partout. Faux! La CCSN n’a pas eu à faire de dérogation pour Bruce Power.  Les règles habituelles pour le transport de matières dangereuses ont été respectées. Ce n’est pas la taille des équipements à transporter qui compte, mais le risque que représente leur transport, tenant compte des manipulations nécessaires.

Le fédéral s’immisce dans les affaires du Québec en autorisant ce transport, critique-t-on. Vrai! La sureté nucléaire est de juridiction fédérale, tout comme la voie maritime et les ports. On pourrait certes remettre tout cela en question.

Mais qui s’offusque que les raffineries de l’Ontario nous fassent passer leurs pétroliers sous le nez depuis des décennies? Et qui s’inquiète du blindage des isotopes médicaux qui circulent quotidiennement sur nos routes pleines de nids de poules et de gens ivres? Il est tellement facile de pointer du doigt le gouvernement fédéral avec ces gros générateurs de vapeur qui frappent l’imagination. Quitte à faire peur pour rien.

La CCSN doit croire Bruce Power sur parole, entend-on encore. Vrai! Mais pas extraordinaire. Dans bien des domaines, des fonctionnaires fédéraux ou provinciaux approuvent des produits ou des procédés industriels sur la foi de documents produits par l’industrie, après d’éventuelles inspections. C’est comme ça qu’on autorise de nouveaux médicaments, des aliments, des mines ou des usines.

Dans le cas du nucléaire, les experts connaissent particulièrement bien leurs dossiers, puisque la CCSN compte en permanence du personnel dans chacune des centrales nucléaires du pays. Leur compétence est reconnue. La décision au sujet de ces générateurs de vapeur a été rendue clairement et ouvertement. Que leur demander de plus?

À moins que tous les opposants au transport de ces déchets ne nous montrent des expertises scientifiques qui feraient la preuve que les experts ont erré, je ne vois pour l’instant pas de raison de leur faire plus confiance qu’aux spécialistes de la CCSN.

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Le recycleur qui veut recupérer l’acier des générateurs devrait prendre soin d’assurer le transport de sa marchandise contre les dégâts potentiels (contamination des sources d’eau potables de 40 millions de personnes).

Peut-être qu’il en viendrait à la conclusion que les frais (coût de l’assurance) ne valent pas les profits potentiels.

Il est vraiment temps que le Québec reprennent possession de son Fleuve incluant l’île d,Anticostie et le Golfe richissime en pétrole et ait le contrôle absolue sur ce qui rentre et sort et que le Québec puisse enfin développer son industrie de construction maritime et profiter des bâteaux de passage vers le Canada et les USA
Et le Québec ne doit jamais accepter de devenir une poubelle pour les déchets de l’Ontario et des USA
Il y a aussi la pollution venant des USA et de l’Ontario dans les nuages de pluies acides qui nous tombent dessus mais là nous n’avons pas encore inventés les frontières célestes ni les capteurs de pollutions

Merci beaucoup, madame Borde, pour cet éclairage fort apprécié. Trop de gens parlent à travers leur chapeau. Il est bon que d’autres, comme vous, puissent remettre les pendules à l’heure avec des arguments probants.

Les opposant profitent toujours des ignares.

Mme borde, il serait très intéressant que vous puissiez faire la relation entre la radiation des aiguilles d’une montre bracelet et autres sources.

N’empêche. Le processus fédéral n’a absolument rien de transparent. Les documents proposés au public sont des petits résumés produits par le service des communications ou des verbatims. Aucun document technique avec des références et une bibliographie. La CSNC n’a rien du BAPE et même de la Régie de l’énergie, endroits où on peut tout lire (ou presque) et se faire une idée.

D’ailleurs, c’est plutôt curieux d’utiliser du personnel d’un tribunal administratif pour faire la promotion d’une décision dans le cadre d’une présentation à la presse. L’autre affaire curieuse, c’est l’absence de Bruce Power, demandeur dans cette affaire et supposé disposer des compétences et de l’expérience nécessaire pour réaliser ce transport.

Que faut-il en comprendre? Qu’Ottawa ne fait pas confiance à Bruce?

Pour ma part je suis un peu fatigué des écologistes qui montent aux barricades pour tout et pour rien. L’étude sur le site web de l’agence est clair et a moins qu’un de ces regroupement écologiste ne fasse une étude sérieuse qui viendrait invalidé celle de l’agence et bien je dors sur mes deux oreilles.

Je ne dis pas par contre que je suis contre ces groupes. Ils ont parfois raisons de prendre position mais je dois avouer qu’ils ne sont pas les meilleurs pour faire circuler les bonnes informations.

Un bel exemple d’instrumentalisation d’un événement. On peut être pour ou contre le nucléaire (ou toute autre activité) mais soyons-le pour les bonnes raisons. À trop crier au loup…

Le ministre ASrcand s’étant fermement opposé au projet de transport de ces déchets radio-actifs, devobs-nous conclure qu’il est viré péquiste?

Pour le reste vous avez-raison, trop de monde a peur d’avoir peur.

Les déchets sur le fleuve et la radioactivité… tel une simple cigarette ;)J’ai l’impression d’entendre la ministre Normandeau comparant les gaz de schistes à des pets de vaches 😉

Vous parliez de l’ancienne présidente de la CCSN Linda Keen qui a été limogée par le gouvernement. Après son renvoie, m. Binder, le nouveau président, a immédiatement réouvert Charlk River et quelques semaines après, suite au bris dénoncé par Mme Keen, des milliers de litre d’eau lourde contaminés au tritium furent déversées dans la rivière Outaouais. Lorsque l’on parle à la CCSN, des risques d’accident, on dit aux citoyens que « traverser une rue peut aussi être dangereux » (Dr. Thompson) ou encore on compare la radioactivité des centrale aux potassium contenu dans une banane. Ils rejettent du revers de la main de nombreuses études et méta-analyses sur la radioactivité des centrales associée aux taux de cancer, leucémie et de malformations congénitales. En même temps, ils refusent de financer une étude indépendante sur le sujet!

Heureusement vous soulignez qu’ « il n’existe pas de dose minimale à partir de laquelle on peut affirmer que la radioactivité ne cause pas de problème de santé. » Ce que la dr.Thompson de la Commission canadienne de sureté nucléaire réfutait il y a deux ans à Bécancour. Si m.Binder rattaché au ministère des ressources naturelles (responsable de la Promotion du nucléaire) n’est pas un « loup », le parti Conservateur ne l’aurait pas engagé.

Il y a des risques dans la vie et si certains peuvent et doivent être éviter… Pourquoi ne pas le faire? Bien que des gens instrumentalisent le débats à des fins partisanes, je me demande néanmoins si vous ne vous êtes pas trompé de cible en étiquettant l’ensemble des opposants de « démagogues ».

Tiens, un article de bon sens dans notre Québec écolo-facho-gaucho bon teint, ou on peut faire avaler n’importe quoi, pourvu qu’on se barde de quelque conspiration dirigée par des forces occultes et multinationales.

Aucun rapport bien sur, mais j’ai appris ce matin qu’il y aurait peut-être du pétrole sur l’ile d’Antiscoti. Pas un puits n’a encore été foré, mais les cassandres habituels sont déjà à l’oeuvre pour y dénoncer les puissances de l’argent. Pas étonnant que l’Alberta soit riche, et que nous soyons des éternels mendiants. On se demande pourquoi ce ne sont pas eux qui veulent se séparer.

Mme Borde,
Je vous remercie de préciser le peu de risque concernant le transport des déchets nucléaires sur le fleuve Saint-Laurent. J’aimerais qu’il y ait plus de journalistes comme vous qui ne sont pas des courroies de transmission pour des idéologies séparatistes et qui essaient d’utiliser les peurs des gens peu informés pour faire la promotion du Québec.
J,ai tellement hâte que nous devenions des adultes affranchis des dogmatiques: après l’église, les séparatistes avec leur ‘crois ou meurs’.
Merci

Les écologistes forment une secte avec ses croyances, ses dogmes. Ils ont des papes infaillibles dont les vérités sont objets de foi. Osez les critiquer et vous être excommuniés au nom de l’encyclique de Tokyo… Bref tout un clergé qui sait faire peur avec tout et n’importe quoi comme autrefois on prêchait les feux de l’enfer pour imposer sa vérité.Et leurs fidèles endoctrinés dès l’école suivent sans poser de question. Quand connaîtra-t-on les dessous des intérêts qui les commanditent afin d’imposer un credo en dehors duquel il n’y a point de salut?

Vous-même, vous vous retenez mal de charrier, Mme Borde: 50,000 expéditions d’isotopes médicaux de quelques grammes ne se comparent pas à une unique expédition de 1600 tonnes de matériel douteux, dont 10% (160 tonnes), ou même 16 tonnes, sont (légèrement) radioactifs…
Bref, les faibles taux de risques sont exacerbés par les énormes quantités.
Rebref, si les «démagogues montent au front», ce n’est ni par plaisir ni par démagogie, mais par manque d’information fiable d’une CCSN à la crédibilité largement minée.

à N Lemyre

Il faut n’avoir aucune, mais alors là aucune notion de ce dont on parle pour proférer des âneries pareilles. La radioactivité ne se mesure en aucune façon à la masse ou au volume de matière concernée. C’est une radiation, bloquée seulement par un petit nombre de matériaux dont on se sert comme par hasard pour en constituer un blindage, et dont on mesure ensuite ce qui se rend à l’extérieur. Dans ce cas-ci, c’est négligeable.

Vous seriez en contact d’un d’un tout petit milligramme d’uranium enrichi, vous auriez réellement à craindre, alors que vous pouvez regarder passer le convoi des générateurs de la rive sans vous poser de question. Soit dit en passant aussi que la radioactivité est mesurée juste hors du blindage, et que en s’éloignant, ca diminue exponentiellement.

Alors, franchement, j’ai hâte de voir des gens monter au front pour des vraies raisons, pas pour des niaiseries. Dieu sais qu’il y en a des vraies raisons de militer et de protester autour de nous.

Puisque l’Ontario n’a aucune intention de cesser d’utiliser le nucléaire, en tant que source d’énergie, il faudrait se demander pourquoi aucun effort n’est fait pour construire des installations de décontamination, en Ontario, directement?

Qui plus est, ces installations n’auraient aucune difficulté à trouver du financement vu le grand nombre de clients potentiels, aux États-Unis.

Ce serait plus intelligent de traiter localement nos déchets radioactifs —tant qu’à les avoir— que de les faire voyager à l’autre bout du monde, avec tous les dangers que cela suppose.

Comme dans de nombreux autres dossiers de cette nature, le manque de vision rattrape les court-termistes.

Produit par le Regroupement pour la surveillance du nucléaire, http://www.ccnr.org, le 14 février 2011
Générateurs de vapeur radioactifs
15 faits que les citoyen(ne)s devraient connaître
1. Les déchets radioactifs s’accumulent dans les centrales nucléaires partout dans le monde.
Les déchets hautement radioactifs de combustible nucléaire, dont la quantité est estimée en 2010 à
340 000 tonnes mondialement, augmentent de 12 000 tonnes chaque année. Par ailleurs, d’autres types
de déchets radioactifs s’accumulent aussi. Ceci inclut les générateurs de vapeur radioactifs, qui
sont des mastodontes cylindriques en métal, chacun de la taille d’un autobus scolaire et pesant entre 100
et 800 tonnes. Chacun d’eux contient des milliers de tuyaux contaminés ayant une longueur totale
pouvant dépasser 1000 kilomètres lorsque placés bout à bout.
2. Les générateurs de vapeur (GV) font intégralement partie des réacteurs de type CANDU et
autres. L’eau hautement radioactive du circuit primaire de refroidissement, en contact direct avec les
grappes de combustible, circule à l’intérieur des tuyaux dans les GV. En vieillissant, ces tuyaux
deviennent de plus en plus radioactifs, corrodés et cassants; il devient donc nécessaire de remplacer les
GV. Le Département de l’Énergie des États-Unis a décrété : « Afin de disposer adéquatement des GV
mis hors d’usage, des mausolées ou voûtes de stockage sont conçus pour minimiser les fuites de
rayonnement et l’exposition à celles-ci du personnel et du public. »
3. Bruce Power détient 16 GV radioactifs remisés sur place à sa centrale, près du Lac Huron.
La société ontarienne Bruce Power (BP) gère la plus importante centrale électronucléaire en Amérique
du Nord. Elle y fait présentement la réfection de 2 de ses 8 réacteurs, ce qui nécessite le remplacement
de 16 GV. En 2006, lors de l’évaluation environnementale du projet de réfection, ces 16 GV furent
classés « déchets radioactifs ». Pour cette raison, il fut déclaré que les GV ne pourraient être recyclés et
seraient gérés à perpétuité sur un site contigu de gestion surveillée des déchets nucléaires appartenant à
l’Ontario Power Generation (OPG), qui en assure aussi la gestion. Ce site est destiné et conçu pour
recevoir tous les GV désuets provenant de la réfection prévue des autres réacteurs de la même centrale.
4. Les GV désuets sont contaminés en plutonium et autres matériaux radioactifs. Le plutonium,
sous cinq formes différentes, compte pour 90% de la masse radioactive de chacun de ces GV désuets. À
lui seul, le plutonium 239 contenu dans les 16 GV est, en principe, suffisant pour donner la charge
corporelle maximale admissible de contamination radioactive à 52 millions de travailleurs du nucléaire.
Le plutonium 239 est un élément radioactif extrêmement toxique qui demeure dangereux pour des
dizaines de milliers d’années. Les GV contiennent aussi d’autres éléments radioactifs à période longue.
5. En 2010, Bruce Power a demandé un permis pour transporter 16 GV jusqu’en Suède pour
« recyclage ». Faisant fi des engagements qu’elle avait pris en 2006, BP a conclu en 2009 un contrat
avec une société suédoise, la Studsvik, pour mettre en pièces chaque GV, en fondre l’enveloppe externe
moins radioactive ainsi que pour couper et comprimer les tuyaux situés à l’intérieur; Studsvik décrit ces
derniers comme étant « un faisceau de tuyaux hautement radioactifs ».Le métal moins radioactif serait
alors mis sur le marché de la ferraille pour utilisation non restreinte; la partie la plus radioactive, soit
environ 450 tonnes, seraient renvoyée jusqu’à Halifax, d’où elle serait acheminée par camion à BP.
6. Les GV seraient transportés par les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent. L’entente entre
BP et Studsvik requiert que les GV soient d’abord camionnés de Kincardine (Ontario) à Owen Sound, puis
transportés par bateau sur les Grands Lacs et le Saint-Laurent, avant de traverser l’Atlantique jusqu’à
l’usine de Studsvik en Suède. Chaque GV contient suffisamment de radionucléides toxiques à longue
période pour gravement contaminer l’eau potable d’une masse d’eau locale dans le cas d’un accident.
Rappelons qu’une barge s’est retournée en octobre 2008 dans le port de St-Jean (N.-B.), envoyant par le
fond du port les rotors de deux turbines à vapeur neuves pesant 107 tonnes chacune.
7. La demande de permis de transport par BP a soulevé une vague de protestations. Des
douzaines d’ONG, de municipalités, de communautés des Premières nations et autres communautés
autochtones ont exprimé leur opposition à ce transport. Quelque deux cents municipalités bordant les
Grands Lacs et le Saint-Laurent ont adopté des résolutions s’opposant au transport projeté. Plusieurs
communautés des Premières nations et autres communautés autochtones ont exprimé leur
mécontentement de n’avoir pas été consultées ni même informées à propos de ce projet de transport.
La Commission canadienne de sécurité nucléaire (CCSN), l’instance émettant de tels permis, a été
forcée de tenir des audiences publiques en septembre 2010 pour recevoir les points de vue de 80
intervenants du Canada, des États-Unis et d’outre-mer. La CCSN a allongé la période de consultation,
puis a remis à plus tard sa décision, mais a finalement émis le permis de transport le 4 février 2011.
Produit par le Regroupement pour la surveillance du nucléaire, http://www.ccnr.org, le 14 février 2011
8. La radioactivité contenue dans ces GV excède le montant maximal prescrit pour un seul
navire. C’est la réglementation de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) qui détermine
la quantité de radioactivité autorisée pour un chargement unique. La CCSN admet que la radioactivité des
16 GV de Bruce Power excède par plus de 6 fois la norme établie par l’AIEA. Des opposants au projet
maintiennent que ce transport des GV excède plutôt par 60 fois les normes de l’AIEA, considérant les
limitations plus contraignantes établies par cette agence pour les voix navigables intérieures.
9. Cette restriction réglementaire a été contournée par un « Arrangement spécial ». Dans des
circonstances exceptionnelles ou urgentes, les règlements de l’AIEA prévoient que les cargaisons
contenant un excédent de rayonnement peuvent être autorisées suite à un « Arrangement spécial ». Les
opposants au projet contestent cet « Arrangement spécial » en s’appuyant sur le fait que le promoteur
n’a pas démontré la nécessité de ce transport. Ontario Power Generation (OPG), la corporation
provinciale propriétaire des réacteurs de BP, a prévu remiser sur son site tous ces générateurs à vapeur.
10. Le traitement des GV en Suède contaminerait le marché de la ferraille avec des déchets
radioactifs. Il n’y pas de marché pour le métal radioactif. Personne n’en veut. Studsvik se propose
de mélanger le métal radioactif des GV avec du métal non contaminé à raison d’une part pour dix. Le
matériau résultant sera vendu en tant que ferraille sans avertissement quant à sa teneur en plutonium et
autres polluants radioactifs fabriqués de main d’homme. Au cours des dernières années, l’ONU, la Steel
Manufacturers Association et le Bureau International de la Récupération et du Recycling, ont condamné
cette pratique inquiétante qui consiste à contaminer le marché mondial de la ferraille avec des déchets
radioactifs.
11. Il existe déjà une alternative acceptable et approuvée par la CCSN pour ces GV. En octobre
2009, à la demande de BP, OPG a transféré à celle-ci les titres de propriétés des GV. Avant cette
transaction, un plan concerté de remisage sur place et à perpétuité des GV avait été établi. Lors d’une
évaluation environnementale en 2006, BP prévoyait remiser les GV en surface jusqu’en 2043, pour les
enfouir ensuite sous terre. Entre-temps, une usine pour réduire le volume des GV devait être construite
par le propriétaire, OPG. Cette proposition fut acceptée par la CCSN en 2006. En 2006-2007, BP et la
CCSN ont affirmé que les GV étaient des déchets radioactifs et donc, ne pouvaient être recyclés.
12. Ce transport des GV désuets occasionne des risques pour la santé et l’environnement.
Des intervenants tel que l’Alliance des Villes des Grands Lacs et du Saint-Laurent ont démontré que le
pire scénario d’accident impliquant les GV pourrait contaminer l’eau potable d’une ville entière à un
niveau tel qu’il faudrait trouver de nouvelles sources d’approvisionnement. Rappelons que 90% de
l’inventaire radioactif des GV est attribuable au plutonium, bien connu pour être l’un des matériaux
radioactifs les plus toxiques fabriqués de main d’homme et qui persiste pendant des dizaines de milliers
d’années. Par conséquent, tout accident majeur rejetant un tel élément aurait des conséquences s’étalant
sur plusieurs générations.
13. Procéder à ce transport maritime de GV établirait de dangereux précédents. Ce serait la
première fois que des débris radioactifs provenant de vieux réacteurs nucléaires transitent par les Grands
Lacs et le Saint-Laurent. Si on permet ce premier passage, beaucoup d’autres risquent de suivre. Ce serait
aussi la première fois que le Canada procède à l’exportation de déchets radioactifs vers un autre pays. Ce
serait la première fois que le Canada procède à la dissémination de ses déchets radioactifs sur le marché
commercial international. De plus, ce serait la première fois que le Canada consent à l’importation de
déchets radioactifs en provenance d’un autre pays. Ce sont tous de dangereux precedents.
14. La CCSN n’est pas l’instance appropriée pour déterminer les politiques gouvernementales.
La CCSN est une agence octroyant des permis et, à moins qu’une directive ou une politique ne le lui
interdise, elle émet habituellement les permis sollicités par l’industrie. Mais dans le cas qui nous concerne
ici, il y a un vide politique. Ni le gouvernement fédéral, ni les gouvernements provinciaux n’ont établi
de politique portant sur la gestion des déchets radioactifs provenant de la réfection ou du
démantèlement des réacteurs nucléaires désuets. Le leadership en cette matière doit venir de nos élus
par le biais de nos institutions démocratiques, suite à une vaste consultation publique, afin de déterminer
ce qui est dans le meilleur intérêt de tous les Canadiens.
15. Le Canada a besoin d’une politique claire sur les déchets radioactifs dits « de faible
intensité ». Dans le but d’établir une procédure responsable pour le futur, le Canada a besoin de
directives claires sur l’exportation, l’importation, le transport et la classification des déchets radioactifs
dits « de faible intensité ». Pour distinguer les différentes sortes de déchets radioactifs, une meilleure
classification fondée sur toxicité et longévité est nécessaire. Et, plus important, nous avons besoin de
règles claires sur la façon d’isoler à perpétuité les déchets nucléaires de l’ensemble des êtres vivants.
Pour plus d’information, visiter http://ccnr.org – le site web du Regroupement pour la surveillance du
nucléaire – où les citoyen(ne)s peuvent trouver des résolutions visant à arrêter ce transport.

Excellent article qui représente bien la situation et qui rapporte les faits scientifiques de manière exacte. Malheureusement, les anti-nucléaires se comportent comme une secte, leur idéologie leur interdit tout raisonnement et la seule vérité qui compte est le fruit de leur propre chimère. Le bloc québecois s’abreuve des mêmes chimères et cela n’est pas de bon augure pour le public lorsque nos élus colportent des informations éronées pour le seul bien de leur idéologie. Ironiquement, la médedine nucléaire représente un risque bien réel pour la population mais personne ne semble s’en préoccuper. Toute la trivialité de la perception du risque nucléaire est ainsi révélée.

Merci, Mme Borde, pour cet excellent article, qui confirme ce que je pensais sur le sujet. Tous les séparatistes ne sont pas toujours d’accord avec le PQ !

Remettre les pendules à l’heure sur le transport des GV radioactifs:

Durant les dernières semaines, le débat sur le transport des GV a viré à la confusion. Tout le monde a voulu y mettre son grain de sel non radioactif!
La banalisation du dossier, orchestrée en sous-mains par le lobby nucléaire, nous paraît inquiétante.

C’est la première fois que la CCSN se doit de faire des mains et des pieds pour faire accepter sa décision très contestable d’octroyer un permis sous « arrangement spécial » à la compagnie privée Bruce Power. Le 11 février, les représentants de ce « tribunal » administratif sont montés aux barricades dans une séance d’informations biaisées adressée exclusivement aux médias pour expliquer leur décision. 4 jours plus tard, ils en remettaient en offrant un cours 101 aux députés fédéraux pour faire tomber la vapeur radioactive. De plus, Ils veulent s’inviter à l’UMQ pour vendre leur salade. On a aussi appris que le comité permanent des ressources naturelles à la Chambre des Communes allait tenir une séance spéciale les 8 et 10 mars sur les implications politiques du projet.

Bref, les médias ont semblé suivre leur crédo dans plusieurs articles qui titrent : Danger à relativiser, Québec impuissant, l’A.N. se divise, Activité de routine, Tempête dans un verre d’eau, Calmer le jeu, Risques minimes, Pas de chicane avec Ottawa, …
Le PQ , le Bloc , les municipalités et les écolos se sont même faits traiter d’ignorants, démagogues et malhonnêtes par une journaliste supposément scientifique…

On est loin d’avoir eu une présentation complète et objective de ce dossier qui comporte de graves conséquences pour l’avenir.

Heureusement, le Regroupement pour la Surveillance du Nucléaire a veillé aux grains : sur son site ( http://ccnr.org ) , on trouve de l’information pertinente sur ce dossier. Entre autres, le document : » 15 faits que les citoyens devraient connaître » permet de rectifier certaines données trouvées dans les récents articles des journaux

Madame Borde,

Simplement pour rectifier les faits: la Fondation David Suzuki s’oppose au transport de déchets nucléaires sur le Saint-Laurent en raison du précédent qu’il crée. Nous n’avons jamais usé d’arguments alarmistes. Nous reconnaissons que le risque d’accident est techniquement faible mais cela ne veut pas dire qu’il soit acceptable pour les Québécois. Nous considérons que les Québécois ont le droit d’être consultés sur le sujet. La CCSN n’a pas la crédibilité requise pour ce faire. Il est par ailleurs inconcevable que cette industrie ne sache pas comment traiter ses déchets après plus d’un demi-siècle.

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