Troisième dose : en avez-vous vraiment besoin ?

Pfizer a causé bien de la confusion en annonçant que les personnes ayant reçu deux injections verraient leur immunité prolongée avec un « rappel » supplémentaire. Pas si vite, disent les autorités. Rien ne prouve que ce soit nécessaire.

Jose A. Bernat Bacete / Getty Images / Montage L’actualité

Ce qu’il faut retenir

La plupart des vaccins conçus pour combattre des virus ou des bactéries offrent une protection pendant la vie entière. Dans les cas de la diphtérie et du tétanos, par contre, un rappel tous les 10 ans est nécessaire, afin que les cellules mémoires soient toujours capables de se souvenir de la recette pour terrasser l’ennemi. Et contre la grippe, on donne un vaccin annuel, dont la recette change en fonction des souches que l’on s’attend à voir circuler. 

Il est donc normal que l’on se demande si, pour demeurer immunisé contre le SRAS-CoV-2 et ses variants, une troisième dose de vaccin sera indiquée. Pour l’instant, toutefois, on n’a aucune preuve que cela pourrait devenir nécessaire à un moment ou à un autre, ni pour la population générale ni pour les personnes âgées.

Des annonces inquiétantes

Si les rumeurs à ce sujet vont bon train, c’est parce que l’entreprise Pfizer a semé tout un émoi en déclarant, le 8 juillet, qu’une troisième dose serait bientôt nécessaire. Trois jours avant, le ministère de la Santé d’Israël avait pour sa part annoncé que l’efficacité du vaccin de Pfizer contre les cas symptomatiques et asymptomatiques de COVID-19 avait brusquement chuté de 94 % à 64 % de mai à juin, depuis que le variant Delta était devenu dominant au pays. Le vaccin était cependant resté efficace à 93 % contre les cas graves et les hospitalisations. 

Dès le départ, les chiffres du ministère de la Santé d’Israël ont été mis en doute. Plusieurs experts israéliens ont affirmé qu’une chute aussi rapide de 30 % semblait très peu probable. D’une part, l’efficacité a été évaluée à partir d’un très petit nombre de cas ; d’autre part, une modification aux règles de dépistage a fait que le nombre de personnes vaccinées devant passer des tests a nettement augmenté. C’est probablement pour cela que l’on a détecté beaucoup plus d’infections asymptomatiques en juin qu’en mai. 

Depuis janvier, Israël et Pfizer sont liés par une entente qui permet à l’entreprise d’accéder aux données médicales sur l’efficacité de son vaccin conçu avec BioNTech, en échange d’un accès privilégié à des doses. Cela a permis à Pfizer et BioNTech de signaler le 8 juillet, par voie de communiqué, une baisse d’efficacité probable chez les gens vaccinés au début de l’année. D’où l’idée qu’une dose de rappel pourrait être nécessaire de 6 à 12 mois après la deuxième dose. 

Les deux entreprises en ont profité pour parler d’un essai en cours sur une dose de rappel. Les données initiales de cet essai laissent penser qu’une injection supplémentaire permettrait de multiplier par 5 à 10 la quantité d’anticorps neutralisants générés en réponse à la deuxième dose. Pfizer et BioNTech anticipent que l’immunité conférée par les trois doses du vaccin actuel serait aussi nettement meilleure face aux variants Bêta et Delta. 

Elles prévoient d’ailleurs entreprendre en août une étude clinique avec une nouvelle version du vaccin comportant la séquence d’ARN qui correspond à celle du variant Delta, et demander rapidement son homologation pour qu’elle puisse aussi être utilisée comme dose de rappel.

Les fabricants de vaccins ont tout intérêt à pousser l’idée de rappels qui pourraient leur rapporter des milliards. 

Moderna, dont le vaccin est basé sur le même principe que celui de Pfizer et BioNTech, n’a pas publié de communiqué à ce sujet, mais en mai, son PDG, Stéphane Bancel, a mentionné qu’une dose de rappel pourrait être nécessaire « dès la fin de l’été » pour les personnes âgées et fragiles, puis pour toute la population.

Où sont les preuves ? 

Aux États-Unis, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et la Food and Drug Administration (FDA) ont réagi à l’annonce de Pfizer et BioNTech par un communiqué particulièrement véhément, les accusant à mots à peine couverts de vouloir décider à leur place quand donner une dose de rappel, et laquelle. Ils soutiennent que, pour l’instant, les deux doses du vaccin d’origine restent très efficaces contre les formes graves de la COVID, y compris celles provoquées par le variant Delta. « Presque toutes les personnes hospitalisées ou qui meurent de la COVID-19 aux États-Unis en ce moment n’ont pas été vaccinées », expliquent-ils, se disant prêts à examiner l’éventualité d’une dose de rappel seulement quand des données scientifiques le justifieront. D’autres analyses sont d’ailleurs nettement plus rassurantes. En Angleterre, par exemple, les autorités de santé publique ont estimé que les deux doses de Pfizer seraient efficaces à 88 % contre la COVID symptomatique due au variant Delta.

Les fabricants de vaccins ont tout intérêt à pousser l’idée de rappels qui pourraient leur rapporter des milliards. Mais un simple communiqué ne vaut absolument rien tant que la méthodologie des études et les données récoltées n’ont pas été publiées dans une revue savante, et jugées valides. Comme l’analyse du ministère de la Santé israélien n’a pas non plus été publiée, sa crédibilité est aussi limitée. On peut dormir tranquilles : au Canada comme dans la plupart des pays du monde, les gouvernements ne décideront rien sans preuves nettement plus solides.

Il n’y a que deux manières de faire la preuve que l’immunité diminue. D’abord, on peut suivre dans le temps la proportion de gens pleinement vaccinés qui contractent l’infection. Il faut cependant tenir compte de plusieurs paramètres qui peuvent biaiser les calculs. Par exemple, si on augmente au fil du temps le nombre de tests passés par la population, comme cela semble s’être produit en Israël, on risque de détecter des cas asymptomatiques qui seraient restés inaperçus auparavant et de faire croître artificiellement le nombre de gens vaccinés chez lesquels on repère le virus — il y en aura toujours, puisque les vaccins ne sont pas efficaces à 100 %. Il faut aussi voir sur qui portent les études : si elles regardent seulement les personnes vaccinées au tout début des campagnes d’immunisation, parmi lesquelles il y a une surreprésentation des vieillards, alors les résultats ne pourront pas être valides pour toutes les tranches d’âge de la population.

L’autre manière de procéder est de recourir à ce que les spécialistes appellent les « corrélats de protection », c’est-à-dire des données biologiques mesurables chez une personne qui peuvent indiquer à quel point un vaccin est efficace. Le problème, c’est que la réaction immunitaire repose sur de multiples anticorps différents et sur les cellules T, et qu’on ignore quelles quantités sont requises pour empêcher une infection.

« Quand on connaîtra les corrélats de protection de la COVID, on pourra suivre beaucoup plus facilement l’immunité », explique l’immunologiste Alain Lamarre, chercheur à l’INRS. Deux études publiées en mai et en juin dans les revues Nature et Vaccine semblent montrer qu’on approche du but. En comparant les données recueillies sur le taux d’anticorps neutralisants présents dans le sérum des cobayes des essais cliniques des différents vaccins et dans celui de personnes convalescentes suivies dans différentes études, les chercheurs ont conclu que cet élément semblait un bon indicateur de l’efficacité des vaccins. 

Il faudra toutefois le confirmer, car il reste bien des éléments confondants — notamment le fait que les anticorps ne sont pas toujours dosés de la même manière. Bien que cela puisse paraître surprenant, certains vaccins, comme celui contre la fièvre jaune, protègent toujours très bien même quand les anticorps neutralisants sont indécelables.

Quand Pfizer annonce, dans son communiqué, qu’une troisième dose permet de multiplier par 5 à 10 le taux d’anticorps neutralisants, cela ne signifie donc absolument pas qu’elle est nécessaire, puisqu’il se peut très bien que les quantités produites après les deux injections soient encore largement suffisantes. Lorsque les chercheurs auront trouvé les corrélats de protection contre les différentes formes de COVID, et que les entreprises auront publié des données sur leur évolution chez des personnes vaccinées, on verra.

Une protection à vie ?

Deux études parues dans Nature en mai et en juin, signées par une équipe de chercheurs américains, laissent croire que l’immunité pourrait être de très longue durée. Ces résultats sont encore très préliminaires, mais jugés valables. Ces études ont porté sur moins de 20 personnes, qui ont eu à subir des procédures invasives pour que les chercheurs puissent aller examiner les structures de la moelle osseuse et des ganglions où les cellules immunitaires prolifèrent et se spécialisent. Ils ont constaté que, quatre mois après les deux doses de vaccin, la production de ces cellules restait parfaitement stable, ce qui indique, selon eux, que l’immunité pourrait se maintenir beaucoup plus longtemps, tant que de nouveaux variants ne parviendront pas à contourner cette réponse immunitaire. Or, pour l’instant, les vaccins actuels demeurent très efficaces, après deux doses, contre tous les variants dominants.

Quoi faire pour les personnes fortement immunosupprimées ?

Plusieurs études ont confirmé en revanche que la plupart des personnes atteintes d’un cancer à un stade avancé, ayant reçu une greffe ou encore étant traitées par dialyse n’avaient à peu près pas de réponse immunitaire après une seule dose de vaccin. Après une deuxième injection rapprochée, certains produisent cependant des anticorps, mais moins que les gens en bonne santé. Dans son dernier avis à ce sujet, publié mi-juin, l’INSPQ n’a pas recommandé de donner une troisième dose à ces personnes, préférant miser sur l’immunité de leurs proches, la distanciation, le port du masque et le lavage des mains pour diminuer au maximum les risques qu’elles entrent en contact avec le virus.

Une distribution inéquitable des vaccins est non seulement profondément injuste, mais aussi susceptible de faire durer la pandémie beaucoup plus longtemps.

En France, où le nombre d’infections dans la population est largement supérieur à celui observé au Québec, et le taux de gens vaccinés moindre, le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale a recommandé au début avril de donner une troisième dose, quatre semaines après la deuxième, aux personnes dites « sévèrement immunosupprimées », telles que les personnes dialysées, les transplantés d’organes solides, ou les personnes suivant un puissant traitement immunosuppresseur en raison de maladies auto-immunes ou d’un lymphome. Plusieurs autres pays, dont Israël, adhèrent à cette stratégie. Mais aucun n’a déjà choisi de donner une troisième dose à la population générale. La France et Israël, entre autres, ont évoqué une possible troisième dose pour les plus âgés à l’automne, mais rien n’est encore fermement décidé et les comités d’immunisation n’ont pas rendu leurs avis à ce sujet.

Se tirer dans le pied

Pour l’instant, l’efficacité de deux doses de vaccin contre les formes graves de la COVID est excellente, y compris contre le variant Delta qui dominera bientôt presque partout. Mais dans les pays pauvres, seulement 1 % de la population a reçu au moins une injection. La situation est particulièrement critique sur le continent africain, où seulement 18 millions de personnes ont eu leurs deux doses, sur un milliard d’habitants ! Au fil des mois, l’écart ne cesse de se creuser entre pays riches et pauvres : en République démocratique du Congo, 0,08 % de la population a reçu une première injection… contre 68 % au Canada. 

En conférence de presse le 12 juillet, le patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a vertement dénoncé la cupidité et l’égoïsme des pays et des entreprises qui ont commencé à négocier des approvisionnements pour une future troisième dose de vaccin, alors que la majeure partie des personnes vulnérables et des soignants des pays pauvres n’en ont encore reçu aucune et que le système COVAX ne parvient pas à approvisionner ces régions.

On sait depuis des mois qu’une distribution inéquitable des vaccins est non seulement profondément injuste, mais aussi susceptible de faire durer la pandémie beaucoup plus longtemps, en offrant au virus des millions d’occasions de muter dans le corps de personnes non vaccinées et de se propager partout dans le monde. Aucun pays n’a réussi à éviter l’arrivée de nouveaux variants depuis le début de la crise sanitaire.

Un million de cas de COVID ont été enregistrés en Afrique seulement au cours du dernier mois, et le variant Delta s’y répand comme une traînée de poudre. Il est bien plus urgent d’y accroître les efforts de vaccination pour faire baisser le nombre de cas — à la fois pour sauver des vies et, égoïstement, pour diminuer les risques qu’un nouveau variant encore plus contagieux ou virulent y apparaisse — que de donner une troisième dose aux gens très âgés des pays riches, qui non seulement sont sans doute encore assez protégés contre les formes graves de la maladie, mais sont aussi d’autant moins exposés à un risque de contamination que leur entourage est largement vacciné.

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Bonjour,
Concernant l’article sur la 3e dose, tout au long, on ne fait que parler des vaccins ARN, et rien sur AstraZeneca. Est-ce que 2 doses seraient suffisantes également pour ceux ayant reçu 2 doses d’Astra? Merci.

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La proposition d’une 3e dose par Pfizer devrait à elle seule nous faire allumer collectivement qu’il s’agit bien là d’une vaste opération de marketing de la part des pharmaceutiques. De plus, l’Actualité ne parle jamais de tous les dégats que causent ces vaccins pour un trop grand nombre de personnes. Les pharmaceutiques et leurs valets de service mentent, se contredisent et continuent de nous faire croire que ces vaccins sont efficaces et sécuritaires. L’appel à une 3e dose est un constat d’échec évident. De plus, les risques de trombose s’accroissent à chaque vaccin. Sommes-nous à ce point conditionnés par leurs mensonges que nous ne sommes plus capables de réfléchir par nous-mêmes?

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immunoSUPPRIMEES ? Si elles sont déjà supprimées,pas besoin d’une troisième dose.
Des fautes pareilles,ça me DEPRIME ……………………

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