Trop tôt pour les étiquettes carbone

Même si entreprises et consommateurs semblent prêts pour des étiquettes carbone (qui permettraient de savoir quelle quantité de gaz à effet de serre génèrent les produits tout au long de leur cycle de vie), la science, elle, n’en est clairement pas encore là, explique Valérie Borde…

Il est encore trop tôt pour inscrire l’empreinte carbone des produits sur leurs étiquettes, selon une étude pilote réalisée par le ministère de l’Économie et des Finances du Québec en collaboration avec le Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) , le Bureau de normalisation du Québec (BNQ) et 16 entreprises.

Les étiquettes carbone permettraient de savoir quelle quantité de gaz à effet de serre génèrent les produits tout au long de leur cycle de vie.

En théorie, ce système présente beaucoup d’avantages.

D’une part, il aiderait les consommateurs à faire des choix éclairés, et les sensibiliserait à l’impact environnemental de leurs achats.

D’autre part, il inciterait les entreprises à porter attention à leur empreinte carbone et à celle de leurs fournisseurs, et récompenserait celles qui font des efforts en leur permettant de les faire valoir auprès de leurs clients.

Pour les entreprises manufacturières québécoises, ce pourrait aussi être une manière de vanter sur la scène internationale la faible empreinte carbone de produits fabriqués à l’aide d’énergie hydroélectrique plutôt que fossile.

Le gouvernement français, qui a conduit une expérimentation similaire en 2011 et 2012, détaille tous les avantages de ces éco-étiquettes dans un bilan complet publié à l’automne 2013.

L’Europe réfléchit aussi à une nouvelle réglementation pour encadrer cet exercice.

Mais le diable est dans les détails, comme le montre l’expérimentation québécoise, qui s’est particulièrement penchée sur la méthodologie utilisée pour réaliser les bilans.

Pour l’instant, il n’existe pas de norme internationale encadrant la vérification de l’empreinte carbone des produits.

Or même quand les compagnies sont pleines de bonne volonté, elles peuvent faire des erreurs dans l’estimation de l’empreinte carbone de leurs produits, d’autant qu’elles dépendent aussi des données recueillies auprès de leurs fournisseurs.

Établir l’empreinte carbone d’un produit aussi courant qu’un yogourt aux fruits représente un travail colossal, qui demande de compiler d’innombrables données sur chacun des ingrédients, qui viennent parfois de très loin, et sur toutes les parties de l’emballage.

Or, en demandant à un expert externe de vérifier les calculs des entreprises, les chercheurs québécois ont observé que le résultat obtenu peut varier du simple au double !

Tant que les entreprises ne pourront pas compter sur des outils simples pour les guider dans cet exercice, et qu’elles n’auront pas acquis l’expertise pour aller chercher les données pertinentes, leurs analyses ne seront pas fiables.

Pire, pour l’instant, même les experts en calcul de bilan carbone n’arrivent pas toujours aux mêmes conclusions quand ils partent des mêmes données et s’appuient sur la même méthodologie, a démontré le projet pilote.

L’aspect humain, c’est-à-dire l’interprétation, le jugement et l’expérience de l’expert, est un facteur déterminant dans la quantification de l’empreinte carbone des produits.

Autrement dit, tout est dans l’expert !

Signe qu’il y a encore un énorme pas à franchir avant que ce calcul au jugé devienne une méthode de comptabilité environnementale vraiment fiable.

Tout cela fait dire aux chercheurs du ministère de l’Économie et des Finances qu’il est prématuré, pour le gouvernement, de soutenir financièrement les initiatives d’étiquetage carbone des produits.

Québec compte plutôt encourager les entreprises à acquérir de l’expertise dans l’établissement des bilans carbone, soutenir la recherche, et participer aux discussions à l’échelle internationale pour l’élaboration de normes.

Cela semble une approche prudente au vu des résultats de l’étude pilote. Encourager des étiquettes qui ne reflèteraient pas la réalité des impacts environnementaux serait parfaitement contre-productif.

Même si entreprises et consommateurs semblent prêts pour des étiquettes carbone, la science, elle, n’en est clairement pas encore là. Patience…

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Même s’il est un peu tôt pour des étiquettes carbones sur tous les produits, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain!
Malgré les défis de comparabilité, l’évaluation de l’empreinte carbone de leurs produits offre aux entreprises un excellent outil d’aide à la décision. Elle permet d’acquérir une meilleure connaissance d’un produit et de sa chaîne de valeur, de même que de ses points chauds environnementaux. Les entreprises peuvent ainsi identifier des opportunités de réduction de coûts et d’émission de gaz à effet de serre, mieux gérer leurs risques, stimuler l’innovation et l’écoconception de produits, en plus d’augmenter, auprès de leurs parties prenantes, la visibilité et la crédibilité de leurs efforts en environnement et en développement durable.
Grâce à ces bénéfices et malgré les défis méthodologiques existants, l’évaluation de l’empreinte carbone des produits demeure un outil intéressant à court terme pour promouvoir des entreprises plus compétitives, plus innovantes et plus durables!

Et le ciment produit par la nouvelle et très subventionnée cimenterie de Gaspésie (cause; élections gagnantes), quelle sera son étiquette carbone? Les fours sont de très grands contributeurs de GES, beaucoup plus que les puits d’exploration ou d’exploitation des gaz de schiste. Cherchez l’erreur. Oui, nous ne sommes pas prêts.