Trump n’a pas eu peur de la COVID

Le bref parcours médical de Donald Trump avec la COVID-19 donne l’occasion au Dr Alain Vadeboncoeur de nous raconter cette étonnante aventure et de faire le tour du jardin des traitements disponibles. 

Crédit : L'actualité

Le tweet du 5 octobre, à 14 h 37, était lumineux : « Je me sens vraiment bien ! N’ayez pas peur de la COVID. Ne la laissez pas dominer votre vie. Nous avons développé, sous l’administration Trump, de formidables médicaments et savoirs. Je me sens mieux qu’il y a 20 ans ! »

En ce frisquet lundi, après trois jours d’inquiétude, c’était particulièrement inspirant de voir ainsi renaître le président Trump. 

Un esprit chagrin fera peut-être remarquer que, si on est président des États-Unis, job assez peu courant, on a peut-être un peu plus de courage face à la COVID que, disons, Jean-Claude, journalier retraité de Rosemont, les moyens mis en branle n’étant pas tout à fait similaires.

Peut-être que l’équipe médicale est plus étoffée que pour la moyenne des ours, qu’on ne passe pas trop de temps dans le corridor de l’urgence et qu’on accède à des médicaments qu’un assureur tatillon pourrait refuser à Jean-Claude.

Mais avoir la COVID demeure un problème de santé réel, et dès vendredi, avant que Biden n’ait tweeté trois fois, il a fallu correctement l’annoncer, ce qui a été ainsi accompli :

Les observateurs attentifs ont noté la discordance entre la forme apparemment bénigne de la maladie et les traitements canons (et non QAnon) ensuite reçus par le président. Ainsi, on l’a vu s’approcher d’un pas assuré de l’hélicoptère qui allait le transporter d’urgence à l’hôpital militaire. Trump n’y a pas l’air bien malade, ne semble pas trop manquer d’oxygène, ne paraît pas trop épuisé. 

Plus tard, on apprendra qu’il avait tout de même subi une baisse d’oxygène. Quel en était le taux à ce moment-là ? Peut-être 93 %, d’après les déclarations de ses médecins, la normale étant de 95 à 100 %. Un peu bas, mais à peine assez pour donner des symptômes. 

Le président a pourtant reçu dès son arrivée à l’hôpital des traitements costauds. Sur la liste publiée, on en trouve plusieurs habituellement réservés aux formes graves de la maladie. À commencer par le remdésivir, un antiviral destiné aux patients sous oxygène, qui semble diminuer la durée des séjours à l’hôpital et aux soins intensifs

Dans un monde normal, le second traitement reçu est lui aussi réservé aux cas graves : il s’agit de la dexaméthasone, une forme de cortisone qui peut sauver la vie. Encore faut-il l’administrer au bon patient (et au bon moment) pour attaquer avec efficacité la réponse inflammatoire excessive (parfois mortelle) propre à la COVID, la cortisone pouvant être néfaste à ceux qui souffrent de formes légères de la maladie. 

Il se pourrait d’ailleurs que le sentiment d’avoir 20 ans de moins ait été induit par cette forme de cortisone, semblable à l’hormone du stress, un stimulant puissant qui entraîne (temporairement) un regain d’énergie tout en causant souvent des effets secondaires : insomnie, troubles de l’humeur, activité excessive (on ne reconnaît vraiment personne ici), hausse de la pression, risque d’infection accru…

Plus étonnant, le président a aussi été soigné à l’aide des anticorps monoclonaux de l’entreprise Regeneron, qui porte bien son nom d’après Trump : « C’était une bénédiction déguisée […] J’ai entendu parler de ce médicament, j’ai dit laissez-moi le prendre et c’était incroyable. » Basé sur la production d’anticorps spécifiques, le traitement cible le virus pour le neutraliser. L’entreprise en a profité pour demander une procédure urgente d’approbation.

Plus platement, Trump a aussi reçu du zinc, auquel on reconnaît certaines actions antivirales, sans preuve d’efficacité contre la COVID. Et de la vitamine D. Pourquoi ? On a noté une corrélation inverse entre les taux sanguins et les complications plus graves de la COVID, sans avoir toutefois démontré que des suppléments réduisaient l’intensité de la maladie. Mais pourquoi chipoter sur ce genre de détails ?

Quant à la mélatonine, il s’agit d’une hormone favorisant le sommeil, surtout utilisée pour corriger le jet lag. Certains l’emploient aussi comme somnifère léger, bien que cet effet ne soit pas assuré. Peut-être a-t-on voulu ainsi diminuer l’activité nocturne de Trump sur Twitter ?

Avec succès : le président n’a pas tweeté pendant quelques heures. Puis, peut-être en raison d’un effet rebond, on a compris que ça lui avait démangé vraiment quand il a repris son clavier. Il faut dire que la cortisone ne favorise pas la zénitude.

Quant à l’aspirine, elle est souvent administrée quand on veut éviter certaines complications vasculaires (AVC ou infarctus) chez les patients qui sont à risque ou qui souffrent de tels problèmes. Peut-être en prenait-il déjà. 

Ah oui, j’oubliais : le président américain a aussi reçu, cela va de soi, où avais-je la tête, la fameuse hydroxychloroquine, dont il a longtemps été un ardent défenseur et qui… Pardon ? Que dites-vous ? Il n’a pas reçu d’hydroxychloroquine ? Pas le moindre petit comprimé de ce médicament miracle ? Eh ben. Voilà qui a dû faire de la peine au professeur Raoult. Et aux conspirationnistes.

Parlant d’eux, c’est moi ou bien ils souffrent en silence de cafard depuis l’annonce de la maladie de Trump ? C’est vrai que ça fait beaucoup de faits avérés qui leur tombent subitement sur le crâne : la COVID existe, peut se transmettre si on ne fait pas attention, abaisse vraiment le taux d’oxygène, requiert parfois un transfert à l’hôpital, pousse à recevoir certains traitements. Et infecte même celui qui se pense au-dessus de tout ça. 

Mais revenons au président, qui, lui, ne semble pas avoir souffert longtemps, grand bien lui fasse : grâce aux effets favorables de cette vaste médecine, on l’a revu rapidement en pas de cravate. 

Dès le lendemain, il nous annonçait avec tout juste un peu d’essoufflement sa sortie-surprise dans une voiture avec ses agents (on aura compris qu’éviter la contamination par la COVID-19 ne fait pas partie de leur convention collective). 

 

Enfin, le lundi, au troisième jour, comme il l’avait annoncé plus tôt, on a pu assister à son ascension en hélicoptère jusqu’à la Maison-Blanche, arborant un beau hâle orangé. Contrairement aux mortels que nous sommes, Trump a su transformer cette pénible expérience en une cure salvatrice, et même en une expérience spirituelle, comme il l’affirme lui-même.

Il a aussi beaucoup appris sur la COVID en allant à une « école de la vie » (je le cite) sans doute plus instructive que tous ces briefings ennuyants qu’on lui a fait subir ces derniers mois sur le sujet.

On espère qu’il a également des bases en épidémiologie, parce que jusqu’à maintenant, une dizaine de ses proches collaborateurs à la Maison-Blanche ont été affectés par le virus, la distanciation n’étant pas exactement une priorité du président.

Si cette « surprise d’octobre » a chamboulé l’ordre du jour présidentiel, la campagne électorale, les États-Unis au grand complet et même la mouvance conspirationniste, ne soyons pas sceptiques quant à la capacité de renouvellement de l’incroyable Trump.

 

* * *

Ajout du 16 octobre.

Jai eu quelques commentaires à propos de ce texte, où lon sétonnait de mon « appui » apparent à Trump.

Jaimerais souligner que ces quelques éléments sont de nature ironique. Je nai jamais appuyé Trump daucune manière, et jécris régulièrement sur les réseaux sociaux pour dénoncer tout ce quil y a à dénoncer, ce qui veut dire beaucoup. Penser que je pourrais être un fan de cet homme mapparaît assez étonnant comme point de vue.

Il est vrai quau moment d’écrire ce texte, Trump venait tout juste de sortir de lhôpital, et quon ne pouvait encore savoir comment sa condition évoluerait. Dans ce contexte, sans doute que, comme médecin durgence, jai mis la pédale un peu douce sur lironie ou la chronique dhumeur, un peu comme jétais avec nimporte quel malade à lurgence, même le plus désagréable qui soit, par humanisme.

Par ailleurs, mon texte ajoute plusieurs éléments factuels, mon principal objectif étant de parler de lécart entre la condition apparemment légère de Trump et lintensité des traitements administrés, que je voulais décrire. Peut-être que les faits se mélangent moins bien avec dautres passages plus légers, basés sur une trame biblique, le président étant entré à lhôpital vendredi pour nous revenir lundi, pour ceux et celles qui nauraient pas compris non plus…

Enfin, le titre devait être écrit en majuscule, comme écrit souvent Trump, ce qui aurait été certes plus clair, mais na pas été retenu par les collègues de Lactualité. Il devait se lire ainsi : TRUMP NA PAS EU PEUR DE LA COVID.

Quoi quil en soit, je suis désolé pour la méprise, surtout si certains dentre vous ont pu prendre ce texte au premier degré, ce qui me donne froid dans le dos.

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Titre peu pertinent, article qui joue beaucoup dans les mensonges et ne fait pas grand chose pour les éclaircir.

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Commentaire vague auquel j’aurais bien aimé répondre mais, j’en suis bien désolé, en l’absence de toute affirmation précise, je ne peux savoir à quoi vous faites référence. Bonne journée à vous aussi.

Il n’y a pas beaucoup de neuf dans tout cela. Malheureusement je m’attendais à plus de substances .
De tout façon docteur vous pouvez quand même pas nous dire ce que la Maison Blanche elle même
refuse de faire.
J’ose espérer que le spectacle triste et ennuyant tire à sa fin….mais même après il y aura un après
avec un homme comme Trump le silence ne viendra jamais.

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C’était un bon article jusqu’à ce qu’on arrive au passage où votre idiot professionnel de service se permet et s’amuse, ENCORE, à tapocher et ainsi dénigrer les fameux complotistes que les médias s’acharnent dont a ridiculiser et nous faire détester.. Bravo pour votre non professionnalisme et pour le respect envers vos lecteurs qui en a probablement une partie qui sont selon vous des complotistes….

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