Tuerie de Newtown : faut-il sévir… contre les médias ?

La tuerie atroce perpétrée vendredi dans une école primaire de Newtown, au Connecticut, remet une fois de plus sur le devant de la scène le nécessaire contrôle des armes à feu aux États-Unis, comme ailleurs dans le monde.

Mais elle devrait aussi inciter les médias à adopter au plus vite un code d’éthique encadrant étroitement la couverture de ces tueries qui, actuellement, ne fait qu’encourager leur multiplication.

Les psychiatres ont établi depuis des années que les auteurs de tels atrocités recherchent la reconnaissance publique de leurs crimes que leur donne une couverture médiatique abondante. Même s’ils s’enlèvent la vie au moment de commettre leurs crimes, ils cherchent à passer à l’histoire.

Comme c’est le cas avec les suicides, les médias doivent faire preuve de réserve pour ne pas encourager le passage à l’acte d’autres personnes.

Car c’est là l’une des principales motivations des tueurs, le fameux «pourquoi» dont les médias nous rebattent les oreilles depuis vendredi sans jamais l’évoquer:

«Ces sujets présentent fréquemment une fascination ancienne pour les armes à feu, ainsi qu’une identification préalable à un criminel de masse précédent et dont l’acte a été intensément médiatisé», peut-on lire par exemple dans cette étude en psychiatrie sur Le meurtrier de masse publiée en français en 2011.

De toute évidence, le code de détontologie du Conseil de presse du Québec n’est pas suffisant pour encadrer la couverture médiatique actuelle des drames comme celui-ci.

On peut certainement faire bien pire, mais pour des médias d’ici, publier sept articles sur son site web en quelques minutes sur le sujet, détaillant le profil du tueur, son modus operanti, le nombre de coups de feu tirés…, demander à ses lecteurs ce qu’ils pensent du drame, faire sa une avec le visage des enfants tués, déléguer sur place des envoyés spéciaux pour traquer les anecdotes les plus déchirantes, tout cela respecte-t-il vraiment ce code, dont vous trouverez les extraits pertinents au bas de ce billet ?

Pour le président Obama comme pour madame Marois et les autres dirigeants politiques, il est peut-être temps de passer à des mesures plus contraignantes comme des lois pour que la couverture médiatique de ces drames arrête d’inciter leur multiplication.

J’entends d’ici certains de mes collègues journalistes hurler à la censure. Mais si les médias sont incapables de se prendre en main, il faut trouver une autre solution. Au nom des victimes.

Comme vous le verrez dans cette vidéo très intructive de la BBC, le Dr Park Dietz, psychiatre légiste américain, disait en 2009 qu’il répète depuis plus de 20 ans, en vain, les mêmes conseils aux journalistes de CNN et d’autres médias, en vain :

– ne commencez pas les reportages sur des massacres dans des écoles par des bruits de sirène

– ne montrez pas de photos du tueur

– ne couvrez pas cette nouvelle en continu

– ne faites pas du décompte des victimes le principal sujet

– couvrez correctement le drame dans la communauté touchée, mais rendez-là aussi ennuyeuse que possible partout ailleurs.

À lire aussi sur le même sujet, cet article publié en juillet dans The Atlantic.

Extrait du code de déontologie du Conseil de presse du Québec :

Que ce soit lors de la collecte, du traitement ou de la diffusion de l’information, les médias et les journalistes doivent faire preuve de prudence, de discernement et de circonspection. Ils doivent se soucier d’informer réellement le public, et doivent faire les distinctions qui s’imposent entre ce qui est d’intérêt public et ce qui relève de la curiosité publique.

Ils doivent éviter tout sensationnalisme dans le traitement de ces événements et prendre garde de leur accorder un caractère démesuré, sinon amplifié, par rapport à leur degré d’intérêt public. Ils doivent éviter de mettre l’accent sur les aspects morbides, spectaculaires ou sensationnels de ces événements.

Les journalistes doivent manifester à l’endroit des victimes et de leurs proches tout le respect et la compassion qui leur sont dûs en écartant les détails qui ne sont pas d’intérêt public et qui, souvent, n’ont rien à voir avec l’incident rapporté. Ces détails, davantage destinés à piquer la curiosité et qui tiennent plutôt de la surenchère, peuvent être préjudiciables à la victime ou à ses proches en les exposant à des tracas ou à des peines inutiles. Les médias et les journalistes doivent donc prendre les plus grandes précautions pour ne pas exploiter le malheur d’autrui.

Dans ce contexte, la publication de photos ou d’images et d’informations permettant l’identification des victimes ou de leurs proches doit être l’objet d’une décision basée non pas sur un simple consentement souvent obtenu sous le coup d’une émotion vive, mais d’abord et avant tout sur leur caractère d’intérêt public.

La question de l’identification des personnes mises en cause, ou de leur proches (victimes d’agression, accident ou de suicide), est particulièrement délicate, voire épineuse pour les professionnels de l’information. Doit-on nommer ou ne pas nommer? La règle qui s’impose, eu égard à cette question, est identique à celle déjà énoncée pour le traitement de ces affaires : ne révéler l’identité des personnes que lorsque cette identification est d’un intérêt public certain, voire incontournable.

Que ce soit lors de la collecte, du traitement ou de la diffusion de l’information, les médias et les journalistes doivent faire preuve de prudence, de discernement et de circonspection. Ils doivent se soucier d’informer réellement le public, et doivent faire les distinctions qui s’imposent entre ce qui est d’intérêt public et ce qui relève de la curiosité publique.

Ils doivent éviter tout sensationnalisme dans le traitement de ces événements et prendre garde de leur accorder un caractère démesuré, sinon amplifié, par rapport à leur degré d’intérêt public. Ils doivent éviter de mettre l’accent sur les aspects morbides, spectaculaires ou sensationnels de ces événements.

Les journalistes doivent manifester à l’endroit des victimes et de leurs proches tout le respect et la compassion qui leur sont dûs en écartant les détails qui ne sont pas d’intérêt public et qui, souvent, n’ont rien à voir avec l’incident rapporté. Ces détails, davantage

destinés à piquer la curiosité et qui tiennent plutôt de la surenchère, peuvent être préjudiciables à la victime ou à ses proches en les exposant à des tracas ou à des peines inutiles. Les médias et les journalistes doivent donc prendre les plus grandes précautions pour ne pas exploiter le malheur d’autrui.

Dans ce contexte, la publication de photos ou d’images et d’informations permettant l’identification des victimes ou de leurs proches doit être l’objet d’une décision basée non pas sur un simple consentement souvent obtenu sous le coup d’une émotion vive, mais d’abord et avant tout sur leur caractère d’intérêt public.

La question de l’identification des personnes mises en cause, ou de leur proches (victimes d’agression, accident ou de suicide), est particulièrement délicate, voire épineuse pour les professionnels de l’information. Doit-on nommer ou ne pas nommer? La règle qui s’impose, eu égard à cette question, est identique à celle déjà énoncée pour le traitement de ces affaires : ne révéler l’identité des personnes que lorsque cette identification est d’un intérêt public certain, voire incontournable.

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Les 5 conseils du Dr Deitz sont excellents. Au moins les journalistes ont-ils systématiquement utilisé les mots « tuerie », « massacre » ou »carnage » pour décrire l’évènement, et l’ont donc décrit tel qu’il est.

Mais comment la plupart des journalistes québécois auraient-ils nommé cette tuerie si elle avait eu lieu en Israel? Réponse: un attentat-suicide! Un massacre (carnage, tuerie) devrait être appelé un massacre (carnage, tuerie), peu importe si celui qui le commet n’a pas l’intention d’y survivre, peu importe l’endroit où il a lieu, et peu importe les orientations politiques du journaliste qui en fait la description.

“je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné qu’un terroriste.” (Chateaubriand, dans Mémoires d’Outre-tombe, 1848)

Je suis entièrement d’accord. Je suis étonné que Radio Canada y consacre autant de temps. Il est certain que c’est un événement très important et très pénible mais je trouve qu’on est a la limite de la décence en y donnant autant de place. A quand un peu de place pour des bonnes nouvelles en continue. Je crains vraiment qu’une telle ouverture entretienne l’idée de passer a l’acte chez certaines personnes souffrant de maladie mentale quelconque.

Radio-Can qui a envoyé Céline Galipeau et Patrice Roy à Newtown pour le téléjournal, vraiment, c’était trop.

@Denise Doucet, « grâce » à eux, le meurtrier de Newtown aura atteint son but: une notoriété posthume qu’il n’aurait jamais pu atteindre autrement.

En effet, rampage shooters et terroristes commettant des attentats dits “suicides” partagent de nombreuses motivations, selon le professeur Lankford, dans le NY Times d’aujourd’hui:

” suicide terrorists are primarily motivated by the desire to kill and be killed — just like most rampage shooters. We should think of many rampage shooters as nonideological suicide terrorists. As with suicide terrorists, their actions usually stem from something deep and personal.

There appears to be a triad of factors that sets these killers apart from the rest of the public. The first is that they are generally struggling with mental health problems that have produced their desire to die. The second factor is a deep sense of victimization and belief that the killer’s life has been ruined by someone else, who has bullied, oppressed or persecuted him. The third factor is the desire to acquire fame and glory through killing. ”

http://www.nytimes.com/2012/12/18/opinion/what-drives-suicidal-mass-killers.html?hp

Oui c’est vraiment trop.
Qu’est ce qui pouvait bien motiver Radio Can à envoyer ROy et Gallipeau , deux chefs d’antenne vedette??????????????
Pas un mais deux

Lundi soir l’émission au complet de 24/7.

RDI en boucle

Trop c’est comme pas assez

Tout à fait d’accord avec le ton et le contenu du billet de Valérie. D’ailleurs ça m’a incité à écrire un commentaire sur la page facebook de Radio-Canada Nouvelles au sujet du téléjournal en direct devant le mémorial temporaire de la ville de Newtown. Indécent et irrespectueux.

@Michel Hains, réponse à votre question: un budget excessif et de la paresse journalistique. Si au moins il y avait des chances que les 2 journalistes en question dénichent des choses inédites non dénichées par la centaine de journalistes américains déjà sur les lieux. Mais non, et à la fois Galipeau et Roy le savaient en partant.

Voilà un sujet où il aurait été si simple de simplement repiquer des reportages de chaines américaines au lieu de faire essentiellement du copier-coller « made in Quebec »

Que faisaient Céline Galipeau et Patrice Roy hier à Newtown? Qu’est-ce qu’il y avait à ajouter après une fin de semaine full Newtown?

Et ils ont le culot de se plaindre des coupures à Radio-Canada

Ils ont finalement découvert, après 5 jours, que l’une des six adultes tués étaient une Québécoise!
Elle s’appelait ROUSSEAU mais c,était pas assez gros pour qu’ils le voient.

Jack2
Lorsque j’ai vu ces deux personnes (visage blême)a la TV j’ai immédiatement envoyé un e-mail a Radio Canada.Aucune nécessité de voir ces gens là à cet endroit. La couverture journalistique avait été très suffisant.

Pour comprendre ce qui motive les media et le public à se délecter de ce genre d’événement et de reportage, relire (ou lire) La Passion de détruire: anatomie de la destructivité humaine, par Erich Fromm, écrit en 1975!!!
Titre original : The anatomy of human destructiveness. Nos amis américains gagneraient aussi à lire leur compatriote Fromm pour répondre au « Pourquoi? »
Absolument aucune évolution de l’être humain sur ce plan depuis 1975 et même avant.

Je crois que le code de déontologie du Conseil de Presse est assez clair mais les journalistes répondent bien souvent à des commandes des grands patrons de la presse, écrite ou électronique, de faire vendre de la copie ou des temps d’antenne. Une fois le droit du public à l’information satisfait, les media devraient se garder une p’tite gêne comme on dit et éviter effectivement de donner trop d’importance à ces personnes en mal de visibilité. Mais où y’a de l’homme, y’a de l’hommerie! On veut des sensations, on veut du sang, on veut pouvoir dire Ah! mon Dieu! quelle horreur et avoir des frissons. Il n’y a qu’à voir la réaction des gens sur les routes en cas d’accident. C’est vraiment désolant.

Le problème ce n’est pas vraiment l’absence de normes déontologiques ou de principes éthiques. C’est l’incapacité des journalistes d’avoir une réelle autonomie professionnelle au sein des entreprises de presse dont la motivation première est d’obtenir un rendement maximal en termes d’économie, d’impact, de cotes d’écoute, de clics sur leurs sites Web, etc.. Leur statut de salarié en fait des exécutants qui ne peuvent pas vraiment dire «non» face à certaines demandes excessives. Malgré toute la rhétorique concernant le statut «professionnel» des journalistes, ces derniers sont des «demi-professionnels» en terme d’autonomie, de déontologie (pas d’autodiscipline réelle par exemple), etc. Ils sont coincés dans un corset organisationnel qui est plus ou moins étreignant d’un média à l’autre, d’une époque à l’autre aussi (crise économique concurrence, concentration de la propriété, convergence, mode de propriété, etc.). Inévitablement viendra le jour où la société va exiger plus de contrôle sur les médias et les journalistes, reste à savoir quelle forme cela va prendre, comment trouver l’équilibre entre liberté et responsabilité de la presse, comment servir le droit du public à une information de qualité. Mais ne comptons surtout pas sur les médias pour prendre cette initiative. Le pari de l’autorégulation a été perdu depuis longtemps, il n’en reste qu’un mythe tenace que les médias/journalistes évoquent pour retarder l’échéance. À suivre…
(www.CREJ.ca)

Je suis d’accord avec cet article et est agréablement surprise que toute cette prudence et cet appel au respect viennent d’une journaliste elle-même.Il faut bien l’admettre,il y a de l’abus avec cette facilité à capter les images.C’est bien de le mentionner et espérons qu’il y en aura qui commenceront à donner le ton pour respecter le code de déontologie de la presse du Québec.

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