Un baromètre nommé «papillon»

Par leur présence et leur lien étroit avec les plantes, les papillons sont un indicateur important de l’état de santé d’un environnement. Malheureusement, de nombreuses espèces sont aujourd’hui menacées par la pollution et la déforestation. Mais des solutions s’offrent aux groupes désireux de préserver la vie et l’habitat de ces précieux insectes.

Un baromètre nommé «  papillon »
Photo : Laila Maalouf
papillon, climat, photoreportage

 

Le monde des insectes illustre à merveille l’extraordinaire biodiversité de la planète : en effet, il compte environ 175 000 papillons et 1 million d’autres espèces. Près de 12 500 types de papillons ont été répertoriés en Amérique du Nord, dont 3 051 au Québec seulement. De ce nombre, 90 % sont nocturnes, ce qui explique qu’on n’en aperçoive pas autant qu’on le souhaiterait !

 

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Emblème de l’Insectarium, le monarque est un papillon surprenant. Ce lépidoptère parcourt plus de 4 000 kilomètres pour aller passer l’hiver au Mexique, et bat des records de longévité, laquelle peut atteindre neuf mois!

Il n’est pas protégé au Québec, mais sa situation est jugée préoccupante : les herbicides utilisés dans l’industrie agricole éliminent les asclépiades, des plantes souvent considérées comme des mauvaises herbes, dont les chenilles se nourrissent. De plus, la survie des forêts mexicaines où il hiberne et se reproduit est menacée par le déboisement.

À lire :
Long-Distance Migration Shapes Butterfly Wings
(en anglais)

 

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Ce Troïdes rhadamantus provient d’une ferme d’élevage de papillons des Philippines, où son habitat naturel – les forêts tropicales – était condamné par la déforestation. Il est protégé par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), qui régit les droits d’importation des spécimens exotiques. Le Troïdes étant très prisé par les collectionneurs à cause de sa coloration, des permis spéciaux ont été émis pour contrôler sa vente.

Grâce à un élevage intensif, on ne considère plus cette espèce comme étant rare, précise Stéphane Le Tirant, responsable des collections à l’Insectarium de Montréal. Les spécimens supplémentaires, qui ne peuvent être relâchés dans la nature afin de ne pas troubler l’écosystème, sont vendus à des volières partout dans le monde, et on les retrouvera par exemple à des événements spéciaux comme Papillons en liberté.

 

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Chaque type de papillon est associé à des plantes particulières. Si elles disparaissent, le lépidoptère s’éteint à son tour puisqu’il perd une source de nourriture et un lieu de ponte.

La plus grande menace qui pèse sur les papillons et leurs chenilles est la dégradation de leur habitat par la pollution ou les pesticides, explique Marika D’Eschambeault, spécialiste à l’Insectarium de Montréal. Toutes les espèces provenant de pays où la déforestation sévit risquent elles aussi de se retrouver en danger d’extinction.

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) estime que jusqu’à 27 % des insectes sont menacés.

À lire :
La biodiversité en crise
(UICN)

 

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Les piérides sont de petits papillons jaunes ou blancs qui imitent les feuilles pour se fondre dans leur environnement. Il en existe plusieurs variétés au Canada. On peut les attirer dans nos jardins en bannissant les pesticides et en cultivant des plantes indigènes. La présence de papillons, beaucoup plus visibles que les chenilles, sont la preuve d’un habitat en bonne santé.

 

 

Indispensables l’un à l’autre, les papillons et les plantes ont évolué en parallèle depuis des millénaires. Les végétaux ont développé des odeurs et des couleurs pour attirer les insectes pollinisateurs. Certains possèdent des guides de coloration ultraviolets, uniquement visibles par les insectes, qui conduisent ceux-ci au nectar.

La forme des ailes des papillons s’est modifiée avec le temps pour permettre à ces derniers de mieux contrôler leur vol, et leur trompe, le proboscis, peut se dérouler pour leur faciliter la récolte du nectar au cœur de la fleur.

Sur la photo : le morpho bleu, reconnaissable par le bleu iridescent de l’intérieur de ses ailes, dont le revers est doté d’ocelles imitant des yeux pour éloigner les prédateurs.

 

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Le plus vieux fossile de papillon date de 190 millions d’années et est celui d’une espèce nocturne. Les papillons de jour ne sont apparus que bien plus tard (il y a 70 millions d’années).

Près de 90 % des espèces (soit 157 500) répertoriées dans le monde sont nocturnes. La couleur sombre des papillons de nuit leur permet de passer inaperçus aux yeux des prédateurs diurnes, et leur pilosité régularise leur température interne. Le papillon-chouette utilise en plus un motif d’œil de hibou pour tromper l’ennemi.

 

 

Le papillon cobra est l’une des plus grandes espèces nocturnes au monde. Il peut mesurer entre 15 et 25 centimètres ! De l’œuf au papillon, le cycle de vie de ces insectes est identique pour toutes les variétés, celles de jour comprises, à un détail près : tandis que les chenilles de espèces diurnes ne tissent pas de cocon, celles des papillons de nuit se transforment en chrysalides dans une enveloppe de soie qui assure leur protection.

 

 

Les papillons de jour se servent de leurs ailes colorées pour attirer un partenaire du sexe opposé. La plupart ne survivent pas au-delà d’un mois, et certains ne disposent que 5 à 10 jours, le temps de se reproduire.

Ce machaon émeraude, nom qu’il doit à l’éclatante couleur de ses ailes, vit surtout en Indonésie, mais est également élevé dans des fermes des Philippines.

 

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La coloration peut aussi servir à avertir les prédateurs que le papillon est toxique, comme c’est le cas du leuconé. Au moment de la reproduction, chaque espèce privilégie une plante hôte, où les œufs seront déposés. Les feuilles de plusieurs plantes sont naturellement toxiques, ce qui protège ces végétaux des vertébrés herbivores.

Les chenilles des papillons qui s’en nourrissent ont acquis la capacité de détoxiquer leur source de ravitaillement. Résultat : elles deviennent à leur tour non comestibles pour leurs prédateurs.

 

 

Ce Papilio thoas, communément appelé porte-queue thoas, provient d’une ferme d’élevage du Costa Rica. C’est dans ce pays d’Amérique centrale que les premières fermes de papillons sont nées, au début des années 1980.

Depuis l’inauguration de Papillons en liberté, il y 13 ans, l’Insectarium de Montréal a acheté une grande quantité de chrysalides auprès de fermes costaricaines. Les profits générés par ces ventes ont permis à ces entreprises d’acquérir et de préserver plus de 50 hectares de forêts, soit l’équivalent de 100 terrains de soccer.

Des fermes, comme El Bosque Nuevo, localisée dans la province du Guanacaste, fournissent par ailleurs de nombreux emplois aux communautés vivant aux abords des étendues boisées. Plusieurs volières d’Europe, d’Amérique, de Chine et du Japon, qui attirent des milliers de passionnés de papillons, encouragent elles aussi ces projets de développement durable.

À voir :
El Bosque Nuevo (en français)

 

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Pour organiser Papillons en liberté à l’Insectarium de Montréal, Stéphane Le Tirant, instigateur de l’événement, commande des spécimens à des fermes d’élevage dans plus d’une dizaine de pays. Le Papilio lowi, sur la photo, vient des Philippines.

Les fermes d’élevage sont un moyen efficace de protéger des espèces et leur habitat tout en favorisant un commerce durable et équitable. Il en existe quelque 75 certifiées par la World Wildlife Fund (WWF) dans le monde, principalement en Amérique du Sud, en Asie et dans trois pays africains – le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie.

Stéphane Le Tirant pense que de nouvelles fermes africaines devraient naître dans les années à venir, car ce type de commerce est un modèle efficace pour les communautés touchées par la pauvreté. Parmi les projets actuellement en cours en Afrique, on note celui de Kipepeo, au Kenya, qui vise à protéger 40 000 hectares de forêts et plus de 250 espèces de papillons.

À voir :
Le projet Kipepeo au Kenya
Le projet Amani en Tanzanie
(en anglais)

 

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