Un cours d’éducation sexuelle pour le ministre James Moore

Le ministre de Patrimoine Canada James Moore a jugé que l’exposition Sexe : l’expo qui dit tout, présentée au Musée des sciences et de la technologie du Canada à Ottawa , était insultante pour les contribuables. Sa déclaration n’est malheureusement pas restée sans conséquence : l’expo n’a pas été annulée, mais le musée a fait passer l’âge minimal pour l’admission de 12 à 16 ans. Résultat : ce sont les jeunes qui ont le plus besoin d’éducation sexuelle qui vont en être privés par le puritanisme du ministre.

Monsieur le ministre, avez-vous une idée des pratiques des jeunes en matière de sexualité ?

Au Québec, l’âge moyen de la première relation sexuelle est de 16 ans, chez les garçons comme chez les filles.

Tous les spécialistes affirment que c’est AVANT qu’il faut insister sur l’éducation, pour que les jeunes puissent vivre leur sexualité sans danger, de manière épanouissante et dans le respect de l’autre.

L’exposition conçue par le Centre des sciences de Montréal aborde la sexualité sous toutes ses facettes, sans détour ni fausse pudeur. On y évoque, par exemple, les premières menstruations, comment parler de sexe avec ses parents, la masturbation, le sexe anal, l’avortement, l’effet des drogues et de l’alcool sur les comportements sexuels… et bien sûr l’amour. 

On peut trouver ça choquant de parler de ça à des gamins de 12 ans  et s’en offusquer.

Ou prendre le taureau par les cornes et apporter aux jeunes une information juste et claire sur des sujets dont ils discutent déjà entre eux depuis le début de l’école primaire.

L’éducation sexuelle des jeunes est d’ailleurs une priorité en matière de santé publique, affirmait l’an dernier le Dr Alain Poirier, directeur de la santé publique du Québec, alors que les cours d’éducation sexuelle devraient bientôt être de retour à l’école.

En 2009, 104 bébés au Canada sont nés de mères ayant 14 ans ou moins, et 15 534 de 15 àa 19 ans, selon Statistiques Canada. C’est beaucoup moins qu’il y a 20 ans, justement parce qu’on a accepté l’idée qu les ados puissent avoir des relations sexuelles et qu’on a encouragé l’usage de la contraception.

Les États-Unis nous montrent parfaitement l’exemple à ne pas suivre en la matière, particulièrement dans des États comme le Mississippi qui prône l’abstinence pour les jeunes.

Le taux de grossesses adolescentes aux États-Unis est de 39 pour 1000 naissances contre environ 14 au Canada. Il est 60% plus élevé au Mississippi que pour la moyenne des États américains.

Le taux de maladies sexuellement transmissibles, lui, est en augmentation en Canada.

Le nombre d’infections à Chlamydia, notamment, a cru de 31% entre 2006 et 2010 au Québec, selon le Portrait des infections transmissibles sexuellement et par le sang de l’Institut national de santé publique du Québec. Chez les filles, le taux d’infection est de 1,7 % chez les 15-19 ans. Mais il y a quelques cas répertoriés chez les 14 ans et moins.

Si vous avez des enfants de 12 à 16 ans, à défaut de les amener à Ottawa, vous pouvez toujours leur faire visiter l’expo en ligne à cette adresse: Sexe : l’expo qui dit tout. Pas encore censurée…

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Le conservatisme social, tel que prôné par le ministre Moore, est essentiel à l’épanouissement du néolibéralisme. La valorisation de l’asepsie sociale et le maintien des foules dans l’ignorance favorisent la stigmatisation de tout individu marginal. Ainsi les masses se soumettent elles-mêmes à un modèle unique, pouvant dès lors être mieux contrôlé à grands coups de publicité et de propagande médiatique. Ce modèle exerce une pression supplémentaire sur les pauvres et les exclus : la consommation viendra comme un remède à leur position fâcheuse. Alors que la vérité est exactement le contraire.

« En 2009, 104 bébés au Canada sont nés de mères ayant 14 ans ou moins, et 15 534 de 15 à 19 ans, selon Statistiques Canada. »

Ne lui parlez pas de Statistiques Canada. Il va régler le problème en le fermant. 😉

Voilà où nous en sommes : «Après s’être fait remarquer pour accueillir depuis 2009 un ministre créationniste chargé des sciences et des technologies (Gary Goodyear), le cabinet conservateur de Stephen Harper s’enlise dans les orientations idéologiques et heurte l’intelligence des Canadiens. On croirait revenir aux années 1950 quand la séparation de l’Église et de l’État n’était encore que le souhait d’une minorité.» dans http://www.ledevoir.com/politique/canada/350570/sexe-le-gouvernement-qui-nie-tout

Intéressant débat alors que nous assisterons prochainement au retour du cours d’éducation dans nos écoles. Les parents qui se questionnent sur la pertinence de certaines approches en la matière ne sont pas des « rétrogrades » qui abhorrent la culture scientifique. Ils se disent peut-être bien qu’au-delà de la simple mécanique, il y a une façon décomplexée et responsable d’enseigner la beauté de la sexualité.

Pour votre info, les 2 articles (en anglais) qui ont lancé la réflexion sur l’exposition. Un argumentaire fort défendable qui mérite d’être entendu: http://www.mercatornet.com/articles/view/ottawas_award_winning_way_of_killing_off_childhood
http://www.imfcanada.org/news/anything-goes-museum-sex-show

Rien de surprenant de la part de ce gouvernement rétrograde, et qui en plus se permet d’injecter de la religion dans la visite du couple royal, avec une cérémonie religieuse publique, avec prêtre en apparat, et tout et tout.

J’ai 69 ans et je suis incrédule de la décision d’un ministre, pas un ministre du culte, ni un Imam, mais le ministre du patrimoine du Canada. Comment peut-on être aussi obtus en 2012 ? le nouvel idiot du village.

Mme Borde, je suis heureuse de trouver un sujet sur lequel nos opinions concordent enfin!

Les cours de Formation Personnelle et Sociale (FPS) étaient grandement appréciés des jeunes de ma génération. Même si on s’en cachait bien, on lisait les fascicules concernant la sexualité bien avant que le sujet ne soit abordé en classe. Que les jeunes n’aient plus accès à ces cours est inquiétant. Cela signifie que plusieurs jeunes feront leur éducation sexuelle via Internet, source d’information sans limite. Est-ce qu’on veut vraiment que les sites de pornographie soient la première initiation de nos jeunes à la sexualité? Vivement le retour des cours sur la sexualité au début du secondaire!

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