Un espoir pour venir à bout du tennis elbow

Cette maladie musculosquelettique très courante, causée par des mouvements répétés, devient souvent chronique parce que les traitements existants laissent à désirer. Grâce au travail de médecins québécois, cela pourrait maintenant changer.

Crédits : Viktoriya Kuzmenkova / Getty Images

Malgré la remarquable capacité d’adaptation du corps humain, certaines tâches ou certains mouvements nous « usent » plus que d’autres. Répétés pendant des heures, des jours ou des semaines, même les gestes les plus banals — comme taper sur un clavier, pétrir de la pâte à pain ou donner des coups de marteau — peuvent entraîner de l’inflammation et des dommages dont il est difficile de se remettre.

Le tennis elbow, ou épicondylose latérale du coude dans le jargon médical, en est l’exemple le plus courant. Même si son nom évoque une blessure de sportif, cette inflammation chronique des tendons au niveau du coude peut survenir chez n’importe quelle personne dont les tâches exigent des mouvements répétés du poignet et de l’avant-bras.

Les travailleurs de la santé, de la construction, ou même ceux assis à un bureau devant un ordinateur peuvent se retrouver avec une inflammation, voire une déchirure, des tendons. La douleur au coude et à l’avant-bras peut alors être tellement forte qu’il devient impossible de continuer à accomplir ses tâches quotidiennes. Si la blessure n’est pas traitée, ou si le traitement échoue, la douleur peut durer des mois et parfois même des années !

« Selon la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, entre 2015 et 2018, l’épicondylose arrivait au troisième rang des demandes d’indemnisation acceptées pour les problèmes musculosquelettiques au Québec, après la lombalgie et les troubles de l’épaule », explique la Dre Nathalie Bureau, radiologiste au CHUM et professeure titulaire au Département de radiologie, radio-oncologie et médecine nucléaire de l’Université de Montréal. Jusqu’à 20 % des travailleurs en vivront au moins un épisode au cours de leur vie. Au Québec, c’est même une des pathologies musculosquelettiques les plus importantes sur le plan des coûts indirects, tels que les pertes de temps de travail dues aux arrêts de maladie.

Or, il n’existe pas encore de ligne directrice claire pour le traitement du tennis elbow. « Vous seriez surpris de voir à quel point il n’y a pas tant d’études bien menées dans la sphère musculosquelettique, confie la médecin. Malgré la bonne volonté des chercheurs, le financement et surtout le temps ne sont pas toujours au rendez-vous pour permettre des évaluations rigoureuses des traitements actuels. »

Du repos… et après ?

Pour se remettre d’une épicondylose, il faut d’abord éviter les mouvements responsables de l’inflammation. Les tendons sont des structures du corps difficiles à réparer. Formés de fibres de collagène, ils ne sont pratiquement pas alimentés par la circulation sanguine, ce qui restreint leur accès aux molécules essentielles à la guérison.

« Après l’arrêt des situations aggravantes, un patient peut être traité grâce à des exercices de physiothérapie pour améliorer la flexibilité et réduire les tensions sur le tendon, résume la Dre Bureau. Douze mois après le début des exercices, 80 % des patients réussissent à se remettre de l’épicondylose latérale. » 

Outre la physiothérapie, d’autres traitements peuvent être offerts pendant cette période. Par exemple, pour aider à la guérison, certains patients se feront recommander le port d’une orthèse. Mais selon la médecin, hormis ces options, les autres traitements qui pourraient être proposés n’ont pas fait leurs preuves lors d’études contrôlées. Certains peuvent même empirer la situation ! « Plusieurs médecins tentent de soulager la douleur par l’injection de cortisone, explique la Dre Bureau. Bien que cela réduise temporairement l’inconfort, il faut souligner que la cortisone n’a aucun effet sur la guérison du tendon. Pire, en ayant momentanément moins mal, la personne a tendance à recommencer à utiliser son bras, et risque ainsi d’aggraver sa blessure. »

Pour les 20 % chez qui la douleur est toujours présente malgré ces interventions, l’inflammation est alors considérée comme chronique, et la douleur est susceptible de s’installer pour de nombreuses années. 

C’est là que la situation se complique. L’intervention chirurgicale, qui consiste à retirer quelques millimètres du tendon malade avant de refermer le tout avec des points de suture, a un taux de succès variant entre 70 % et 80 %, mais elle est pratiquée en dernier recours, car elle s’avère effractive et nécessite une convalescence de plusieurs mois.

Une autre méthode de traitement, celle du plasma riche en plaquettes sanguines (PRP), a récemment gagné en popularité. Les plaquettes sanguines du patient sont isolées et enrichies, puis réinjectées près du tendon blessé. Cette technique, employée en clinique privée, est basée sur l’idée que les molécules facilitant la régénération contenues dans les plaquettes accélèrent la guérison du tendon. Mais selon la Dre Bureau, très peu d’études ont été faites pour confirmer l’efficacité de cette procédure.

Peut-on faire mieux que l’intervention chirurgicale ?

C’est pour tenter d’y voir plus clair qu’un groupe de médecins du CHUM, dont la Dre Bureau, a lancé un essai clinique randomisé, suivant 64 travailleurs entre 2016 et 2020, afin de comparer directement une étape de la méthode PRP avec le traitement chirurgical. 

« Ce qui nous intéressait, c’était de comparer l’injection de plasma avec une méthode standardisée, explique la Dre Bureau. Or, la PRP nécessite une étape préalable, appelée fenestration échoguidée, où l’on pratique de nombreuses microperforations dans le tendon lésé, le tout sous anesthésie locale et guidé par échographie. L’objectif est de débrider le tissu pathologique tout en provoquant un léger saignement. Ce saignement apporte déjà son lot de plaquettes à proximité du tendon, qui produiront alors des molécules favorisant la guérison. »

Puisque les effets de la fenestration échoguidée elle-même ont été peu étudiés, c’est avec elle que les chercheurs ont commencé leur évaluation. Une stratégie qui a porté des fruits, car au terme des six mois de l’étude, les patients traités avec cette méthode seule se sont sentis aussi bien que ceux qui avaient subi l’intervention chirurgicale.

De plus, bien que les deux traitements semblent également efficaces, les durées de convalescence, elles, étaient bien différentes : entre six semaines et quatre mois de repos pour les patients ayant eu une intervention chirurgicale, contre deux semaines pour les personnes traitées par fenestration. 

Bien que ces travaux révèlent déjà une nouvelle piste thérapeutique moins lourde que l’opération pour aider les personnes atteintes d’épicondylose latérale du coude, les travaux de l’équipe du CHUM ne s’arrêteront pas là. « Cela va nous servir de base pour une prochaine évaluation, celle de la fameuse thérapie PRP, conclut la Dre Bureau. Maintenant que l’on connaît l’efficacité de la fenestration, il est temps de voir si l’ajout de plaquettes améliore le traitement ! »

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Merci pour cette bonne suggestion. Moi, je souffre actuellement du contraire de tennis elbow, le golfers elbow qui est devenue plus irritée avec la physiothérapie.