Un H5N1 «pire que l’anthrax» créé en labo !

Jusqu’où peut-on aller, au nom de la science, pour acquérir des connaissances fondamentales sur des virus potentiellement très dangereux?

Le débat est relancé depuis que Ron Fouchier et son équipe du Centre hospitalier Erasmus, à Rotterdam, ont annoncé avoir créé dans leur laboratoire un virus grippal H5N1 capable de se transmettre entre humains.

Dans la nature, le virus H5N1, qui tue en gros 60% des gens qu’il infecte, se transmet entre oiseaux, et en de très rares cas des oiseaux aux humains.

S’il devenait, suite à des mutations, transmissible entre humains, il serait certainement très très préoccupant.

Rien n’indique que le virus hollandais ait la moindre chance de sortir de son laboratoire (au demeurant fort réputé pour ses recherches sur la grippe). 

Mais il n’en a pas fallu plus pour relancer le fantasme d’une pandémie dévastatrice, du style de celle imaginée pour le film Contagion.

De la petite bière pour les tabloïds: «Pire que l’anthrax», a annoncé le Daily Mail!

Les chercheurs d’Erasmus ont, semble-t-il, voulu évaluer comment se comporterait un tel virus dans l’éventualité où il apparaîtrait spontanément dans la nature suite à des mutations.

Ils ont annoncé leurs premiers résultats en septembre lors d’un congrès de spécialistes à Malte, raconte Libération.

Mais un comité américain, le National Science Advisory Board for Biosecurity, a ensuite décidé de bloquer la publication de leur étude dans le magazine Science de crainte qu’elle ne puisse servir de recette à un groupe terrorisme à la recherche d’armes biologiques.

Du coup, Erasmus a décidé à son tour de cesser toute communication à ce sujet.

On n’en sait donc pas plus pour l’instant sur la finalité de ces recherches.

Impossible de juger si ce que les chercheurs ont voulu faire était vraiment pertinent et éthique, si cela a permis de faire progresser les connaissances sur la grippe aviaire et s’il y a urgence à détruire ce virus.

Le cas de ce  «supervirus» a été discuté la semaine dernière lors d’une rencontre à Paris de l’Initiative mondiale sur la sécurité sanitaire, qui réunit les ministres de la santé des principaux pays occidentaux (dont Leona Aglukkaq, ministre de la santé du Canada).

AJOUT à 8h32: la revue Science a publié ce matin une mise au point sur ce sujet et annoncé qu’elle allait prochainement publier une version partielle de l’étude hollandaise, dont certaines informations clés ne seront pas divulguées, conformément aux recommandations du comité de biosécurité américain. Les chercheurs du monde entier pourront cependant accéder aux détails de l’étude, via un «processus transparent» qui sera mis sur pied d’ici la publication.

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