Un méga-essai clinique se met en branle

L’OMS prend des moyens non orthodoxes pour tester quatre médicaments potentiels. La méthode, colliger l’information en temps réel auprès de médecins, va-t-elle fournir rapidement des résultats fiables ?

Photo : iStockPhoto

C’est du jamais-vu : vendredi, l’Organisation mondiale de la santé a lancé un nouveau genre de méga-essai clinique, déployé dans le monde entier (y compris au Canada), qui va permettre de tester simultanément l’efficacité de quatre thérapies prometteuses auprès d’un très grand nombre de personnes ayant contracté la COVID-19. Une initiative qui est loin, très loin des façons de procéder habituelles.

L’OMS a fait ce choix pour obtenir le plus vite possible une réponse le plus claire possible quant aux traitements qui semblent a priori les plus indiqués pour sauver des vies. Combien de milliers de « cobayes » pourront être recrutés, et en combien de temps ? Ce sont les questions clés. Une dizaine de pays ont déjà décidé de participer à cet essai baptisé Solidarity.

Un groupe d’experts réunis par l’OMS a examiné la littérature scientifique publiée depuis janvier et choisi les quatre traitements à l’essai sur la base de nombreux critères. Ils ont tenu compte de l’efficacité possible au vu des résultats des essais déjà menés en laboratoire ou auprès de petits groupes de malades, ou de ceux des tests déjà réalisés avec les deux autres coronavirus potentiellement mortels, qui ont donné le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (SRMO), connu sous l’abréviation anglaise MERS.

Les risques d’effets indésirables des traitements ainsi que la possibilité de produire rapidement de multiples doses ont été aussi pris en compte. De nombreuses autres substances sont également à l’essai à plus petite échelle dans le monde, comme dans le cadre de l’essai Colcorona, piloté par l’Institut de cardiologie de Montréal, ou de l’essai Discovery, mené en Europe, tous deux lancés en fin de semaine.

La manière de procéder pour Solidarity a été décidée en moins de deux semaines, selon les détails publiés dans le magazine Science. En gros, tous les médecins des pays participants qui doivent prendre en charge une personne hospitalisée pour la COVID-19 pourront lui proposer de collaborer à cet essai, en lui faisant signer un formulaire de consentement qui sera directement acheminé à l’OMS. Tout devrait être mis en place au cours de cette semaine.

Normalement, dans un essai clinique, les chercheurs analysent une foule de paramètres pour tenter de mieux comprendre pourquoi et comment les patients réagissent aux traitements, ce qui permet d’avoir des preuves plus solides. Mais pas cette fois.

Le médecin entrera des données de base sur son patient, vérifiera auprès de son hôpital auxquels des quatre traitements potentiels il peut avoir accès, et le système lui en attribuera un aléatoirement parmi ceux-ci. Le médecin n’aura plus ensuite qu’à entrer dans le système le jour de la sortie de l’hôpital ou du décès de la personne traitée, et à préciser si sa prise en charge a nécessité qu’elle reçoive de l’oxygène ou soit ventilée. On ne regardera même pas, par exemple, à quel point les médicaments diminuent la quantité de virus en circulation dans le corps des patients, ce qu’on appelle la charge virale. Seule l’issue du traitement sera considérée.

Cette manière de procéder a été choisie pour que même les hôpitaux débordés puissent s’impliquer, car les médecins n’auront pas à effectuer de tests supplémentaires grâce à cet essai, ce qui va permettre d’inclure rapidement le plus grand nombre de participants possible. Elle évite aussi une partie des erreurs d’interprétation dues au fait que le virus est encore mal connu — puisqu’on ne sait pas, par exemple, si le fait que la charge virale diminue signifie que le patient est tiré d’affaire.

Selon comment les choses tourneront, d’autres thérapies pourront être ajoutées à ces quatre premières, parmi lesquelles les approches les moins prometteuses pourront être exclues dès que suffisamment de données auront été récoltées pour que les résultats deviennent significatifs, auprès de quelques milliers de patients, d’après l’OMS.

Normalement, les essais cliniques qui servent à valider un médicament font appel à une procédure randomisée et en double aveugle, ce qui signifie que les substances à l’essai ou des placebos sont attribués à des patients au hasard, mais aussi que ni les patients ni les médecins ne savent qui prend quoi. Ce qui ne sera pas le cas avec Solidarity. L’OMS estime que l’urgence justifie ce choix, qui n’est bien sûr pas idéal.

Les quatre thérapies de Solidarity, pour l’instant

Le remdesivir : un médicament antiviral conçu par le géant pharmaceutique américain Gilead pour combattre le virus Ebola. Le remdesivir ne s’est pas montré efficace contre l’Ebola, mais une étude sur des animaux a montré qu’il pouvait inhiber les coronavirus causant le SRAS et le SRMO. Une personne atteinte de la COVID-19 a été traitée avec succès avec ce médicament — ce qui ne prouve absolument rien.

La chloroquine et l’hydroxychloroquine : des médicaments utilisés pour la prévention et le traitement de la malaria, présentés par le président Trump comme d’excellents traitements potentiels. En réalité, les preuves de leur efficacité sont actuellement extrêmement minces (en d’autres circonstances, les deux études qui ont rapporté des bénéfices seraient considérées comme au mieux anecdotiques), mais compte tenu du tapage médiatique autour de cette approche, l’OMS a quand même jugé bon de l’inclure dans Solidarity.

Le Kaletra : un médicament combinant deux molécules antivirales (le ritonavir et le lopinavir) approuvé pour le traitement du VIH depuis 2001. Les premiers essais ont donné des résultats mitigés et ce médicament peut aussi avoir de sérieux effets nocifs.

Une combinaison de ritonavir/lopinavir et d’interféron bêta : actuellement à l’essai contre le SRMO.

Cette liste des substances à l’essai dans Solidarity est susceptible d’évoluer rapidement et, pour l’instant, rien ne garantit que l’un de ces quatre traitements va vraiment sauver des vies. On ne sait pas non plus si cette manière de colliger l’information en temps réel au niveau mondial auprès des médecins va fonctionner, ni à quel point elle va fournir rapidement des résultats fiables. Mais l’expérience vaut indéniablement la peine d’être tentée. Elle permettra aussi de voir si, au-delà des guerres commerciales et des enjeux de pouvoir et d’organisation, les pays sont capables d’unir leurs forces dans un seul grand essai clinique.

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Quel bel exemple de coopération et de solidarité à l’échelle planétaire!
De quoi espérer en un avenir meilleur pour l’humanité entière.

Septième paragraphe, « Le médecin vérifiera auxquels des 4 traitements », il serait plus correct de dire « à quel », logiquement, puisqu’on n’en administrera qu’un.
Une réviseure qui s’ennuie !

Bonjour,
Pourquoi mettre entre parenthèses Y COMPRIS AU CANADA? Si c’est le monde entier, ça inclus le Canada, non? La Corée du Nord pourrait être un pays entre parenthèses.

Au regard de la Chloroquine c’est une organisation systématique mensongère qui assure le plancher, des jaloux qui n’ont rien à proposer d’efficace
L’utilisation de la quinine plus 80 ans dans le monde. Les critiqueux qui ne connaissent pas les maladies tropicales devraient s’abstenir
La première grippe Asiatique en 1957 a été soignée par de la CéquinYl (Quinimax avec dose massive de vitamine C ) AVEC SUCCÈS. Louis XIV ordonne la publication de De la guérison des fièvres par le quinquina (1681) afin de faire connaître cette médication. (Source : Wikipédia que j’invite les CRITIQUEUX à visiter au plus vite.
Avec tout le respect que je vous dois,(journalistes) je ne suis pas un médecin mais depuis mon enfance j’ai reçu des piqûres de Quinine contre le paludisme (Malaria) et en 1957 j’ai été aussi sous Céquinyl (Quinimax) pendant 14 jours contre la grippe Asiatique. Chaque grippe subséquente j’étais traité à La Céquinyl. (Dite;Quinine activée plus vitamine C à dose massive, un anti-grippe). J’ai maintenant 74 ans et n’ai jamais expérimenté d’effets secondaires sévères pas plus que tous ceux qui en ont pris dans mon île natale de la Guadeloupe.
Autre point que je voudrais vous soulever les gens peuvent utiliser des apéritifs (vins cuits Français) et des Tonic water qui contiennent actuellement jusqu’à 83mg de quinine par litre d’eau, (utilisation aussi depuis des décennies qui était alors d’à peu près 130mg /p.litre) Le comprimé de Plaquenil est de 200 mg.

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