Un monde en déclin

C’est une corrélation universelle : avec l’urbanisation vient un déclin rapide des taux de natalité. Ainsi, nous entrerons peut-être bientôt dans une ère où il ne sera plus possible de compter sur un renouvellement continu de la population pour financer la qualité de vie des prochaines générations.

Photo : Antoine Bordeleau pour L’actualité

Mon grand-père, décédé en 2018, aurait eu 100 ans en 2021. Et lorsque je compare l’univers dans lequel il a grandi avec le mien, j’ai le sentiment qu’on ne vient pas de la même planète. 

Il est né dans un village de la Beauce, au sein d’une famille de 21 enfants. Déjà là, je dois m’arrêter pour assimiler cette information : 21 enfants ? De la même mère ? Telle était la situation dans de nombreux foyers du Québec à l’époque. 

Adolescent, il a déménagé dans la région de Thetford Mines pour travailler dans les mines d’amiante et fonder une famille (après s’être caché pour éviter les inspecteurs de la conscription). Ma grand-mère et lui ont eu cinq enfants. Parmi ceux-ci se trouvait ma mère. À son tour, elle a eu deux enfants. Et moi ? Je n’en aurai pas.

Entre la première grossesse de mon arrière-grand-mère et le moment où j’écris ces lignes, il y a un peu plus d’un siècle d’écart. Quatre générations pour passer d’une famille rurale dont la mère vivait la majorité de sa vie féconde enceinte à une « famille » urbaine sans enfant (mais j’ai deux nièces que j’aime énormément). Évidemment, mon arbre généalogique demeure un cas anecdotique, mais il ressemble à celui de beaucoup de Québécois de mon âge. 

Le Québec a suivi la courbe des autres sociétés occidentales qui se sont urbanisées au cours du XXe siècle et où les femmes ont graduellement (et à la dure) gagné des droits et libertés qui auraient été impensables anciennement. En matière de natalité, considérez cette donnée ahurissante : selon l’Institut de la statistique du Québec, il y a eu environ le même nombre de naissances au Québec en 2019 qu’en 1916… même si la population de la province a plus que quadruplé pendant cette période (de 2 à 8,5 millions d’habitants).

L’urbanisation, l’accès à l’éducation pour les filles et les combats pour l’égalité des sexes font que les taux de natalité sont en chute presque partout dans le monde. Les projections démographiques diffèrent en fonction des paramètres utilisés, mais selon celles des experts aux Nations unies, le scénario médian actuel prévoit une population mondiale de 11 milliards d’humains en 2100. Toutefois, dans l’intervalle de confiance inférieur de cette proposition se trouve aussi la possibilité que la population mondiale plafonne sous les neuf milliards vers 2050, puis entame un déclin pour le reste du siècle. 

Ce déclin se réaliserait si les projections devaient surestimer les taux de fécondité de seulement 0,5 enfant par femme, en moyenne. Est-ce probable ? Oui. Alors que le Québec a mis plus de 100 ans pour passer d’une fécondité astronomique à seulement 1,5 enfant par femme en 2020, il est tout à fait envisageable que des pays émergents atteignent ce stade beaucoup plus rapidement. Pourquoi ? Notre monde est plus connecté et les économies sont plus intégrées que jamais auparavant. Plusieurs pays émergents d’Afrique où les taux de natalité demeurent élevés s’urbanisent à vitesse grand V (le Nigeria, l’Algérie et le Zimbabwe ont plus de téléphones portables par habitant que le Canada !). Or, c’est une corrélation universelle : avec l’urbanisation vient un déclin rapide des taux de natalité. Il est donc fort probable que ces pays n’auront pas besoin d’un siècle pour effectuer cette transition.

Certains affirmeront que ce déclin démographique est une bonne nouvelle, particulièrement sur le plan environnemental. Ils n’auront pas nécessairement tort, mais attention : cette dépopulation entraînera aussi son lot de défis pour l’humanité. Les pays qui verront leur population baisser rencontreront des écueils économiques majeurs : afin d’offrir à la population vieillissante des soins de santé de qualité, une pression énorme sera exercée sur les générations de travailleurs, qui devront acquitter des impôts élevés. 

Et qui paiera pour leurs soins lorsque, à leur tour, ils voudront prendre leur retraite et profiter de leurs vieux jours ? Ces inégalités pourraient être source de conflits intergénérationnels. Mon grand-père a arrêté de travailler à 65 ans et est décédé à 97 ans. Si ma santé tient le coup, aurai-je le luxe d’être retraité pendant le tiers de ma vie ? Et que dire de la génération de mes nièces ? 

Voici donc l’importance de la science des projections démographiques : nous entrerons peut-être bientôt dans une ère où les gouvernements de la planète ne pourront plus compter sur un renouvellement continu de la population pour financer la qualité de vie des prochaines générations. Il sera crucial de nous y préparer.

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La diminution de la fécondité au niveau mondial est nécessaire. La fécondité reste élevée en Afrique notamment et sa population augmente rapidement.

Le Québec est un des premiers États où la dénatalité s’est manifestée. Cela fait près de 50 ans déjà. Le vieillissement de la population est rapide et l’immigration n’est pas la solution. L’immigration cause des problèmes identitaires et d’intégration. Et puisque la population mondiale va éventuellement diminuer, il faut s’adapter à une diminution de l’immigration et à une décroissance de la population du Québec. Le Canada a tort d’augmenter ses quotas d’immigration qui sont déjà trop élevés. Cela ne peut pas durer encore longtemps.

Comment s’adapter à une population vieillissante ? Principalement en augmentant l’âge de la retraite. À 70 ans par exemple. Les jeunes générations ne pourront pas et ne voudront pas faire vivre des gens qui prennent leur retraite à 57 ans. Évidemment une minorité d’emplois est trop difficile pour des travailleurs d’un âge avancé, comme les métiers de la construction par exemple. Mais la retraite à 70 ans est possible pour la majorité des emplois.

Les gouvernements devront donc intervenir pour modifier les conditions économiques actuelles qui permettent une retraite hâtive. Sinon les jeunes vont se révolter et refuser de payer de lourds impôts. Et ils exigeront des salaires très élevés. De grands changements sont donc nécessaires pour s’adapter au vieillissement.

Cela dit, au niveau mondial, la lente diminution de la population sera accompagnée d’une croissance économique qui risque de compliquer les problèmes environnementaux.

La retraite a 70 ans n’est pas une solution. Vous avez pense au personnel hospitalier ? Ces gens tombent deja comke des mouches.
La retraite a 70 ans, peut-etre, avec des incitatifs, des ajustements d’horaire…
Pourquoi dire non a l’immigration ? L’integration est possible si chacun y met du sien. Si l’on craint de perdre son identite, mieux vaut eviter de faire le saut.
Mes grands-parents ont immigre au Canada au debut des annees 1900, ont appris l’anglais et ont travaille au Nouveau-Brunswick. Ils sont ensuite venus au Quebec, ont appris le francais a 40 ans et mon grand-pere a cree une entreprise de soudure. Il employait des Quebecois et travaillait en francais. Pas que des pates au menu non plus.
Nous avons toujours communique en francais a la maison et avec mes grands-parents. Une integration reussie.

Toujours cette approche exclusivement statistique nimbée d’économisme. Comme si, l’augmentation de cellulaires étaient corrélés significativement à la dénatalité! Dans plusieurs pays africains,, on remarque un babyboom et les jeunes sont majoritaires; ce serait donc des pays en croissance! C’est notre capacité redistributive qui est en jeu et tant pis si les gagnants
ne sont pas en amérique du nord ou en europe.

Comme vous l’ecrivez « cette dépopulation entraînera aussi son lot de défis pour l’humanité » mais ces défis sont de loin préférables.

Dans ce texte il manque l’éléphant dans la pièce: la catastrophe imminente des changements climatiques! En soi cela va diminuer le nombre d’humains sur terre à vitesse exponentielle quand ces changements vont prendre leur rythme. De plus, la planète a du mal à supporter la population actuelle et la destruction des habitats et de l’environnement contribue à l’accélération des changements climatiques. Alors, parler de dépopulation devient une espèce de lapalissade puisque cela va arriver nonobstant les taux de natalité.

Toutefois, vous mettez le doigt sur le grand coupable qui rend la dépopulation si risquée avec l’augmentation des taxes et impôts: l’économie. Actuellement, l’économie est liée au développement, donc à l’augmentation de la population. La décroissance signifie un ralentissement de l’économie, ce qui pourrait être catastrophique pour le capitalisme. Or, c’est justement ce «développement» qui est en grande partie la cause des changements climatiques, donc de la catastrophe annoncée.

On se retrouve devant le dilemme d’avoir à choisir entre le développement capitaliste où la survie de l’humanité… Plus de monde, plus de développement, plus de famines etc. Moins de monde, moins de développement = crise économique dans l’économie telle qu’on la connaît.

Au moins, il y a une chose certaine: moins de monde, moins de frais dans les systèmes de santé et moins de services des gouvernements, donc moins de taxes et d’impôts. Reste la chose la plus certaine: nous allons tous mourir, c’est juste une question de temps.

Hum … la terre ne supporte déjà plus ses populations… une décroissance bien planifiée et bien gérée est de beaucoup préférable pour le plus grand bien de l’humanité …

Les personnes à la retraite paient elles aussi des impôts. Les seules prestations à la retraite payées à même les revenus du moment sont celles liées à la sécurité de vieillesse, totalisant des sommes non-négligeables, reconnaissons-le. Toutes les autres prestations ont été financées sur toute une vie. Ceci dit, il y a toujours la cohorte des « baby-boomers » qui restera difficile à digérée.