Un nez électronique québécois pour détecter le coronavirus

Une jeune pousse montréalaise a repris une technologie développée par la NASA et l’a peaufinée pour en faire un outil qui permettrait d’évaluer les risques de transmission du coronavirus par voie aérienne.

NOZE / Montage L'actualité

Bien qu’il existe depuis des années des capteurs capables d’imiter nos yeux et nos oreilles (après tout, c’est ce que font les caméras et les microphones), rien ne pouvait jusqu’ici réaliser le même travail que le nez humain. Mais voilà que Stratuscent a lancé il y a quelques jours son premier produit, NOZE, un moniteur de qualité de l’air qui met à profit un « nez électronique ». 

De l’alimentation au coronavirus

Ce nez électronique est le cœur de Stratuscent, une entreprise de 14 employés qui a pignon sur rue dans l’arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal.  

« Les utilisations potentielles d’un nez électronique sont nombreuses. Dans le milieu médical, on pourrait par exemple s’en servir pour détecter certaines maladies en analysant l’haleine des patients. En restauration, il pourrait être utilisé pour alerter les cuisiniers qu’un aliment est périmé », illustre Karim Aly, directeur général de Stratuscent, en entrevue avec L’actualité

C’est avec ces objectifs en tête que l’entreprise améliore depuis 2016 cette technologie développée depuis 1995 par la NASA, qui l’utilise à bord de la Station spatiale internationale pour détecter dans l’air la présence de différents produits chimiques, comme l’acétone. Stratuscent a en effet obtenu les droits exclusifs mondiaux pour l’utilisation de la technologie. « On a réduit un appareil de la taille d’une boîte de chaussures à une puce électronique, et on a utilisé des outils d’intelligence artificielle comme des réseaux neuronaux pour lui apprendre à reconnaître beaucoup plus de molécules », note le directeur. 

L’entreprise — qui compte Investissement Québec, Anges Québec et Desjardins Capital parmi ses investisseurs — a dévoilé sa technologie au grand public pour la première fois en janvier 2020, au Consumer Electronics Show (CES), en présentant aux visiteurs comment son nez électronique pouvait identifier des aliments par leur odeur. 

Deux mois plus tard, la pandémie incitait Stratuscent à adapter son capteur à un usage plus urgent : mesurer la qualité de l’air, et même déterminer les risques de présence de deux virus, soit le SRAS-CoV-2 et celui de la grippe (parfois appelée influenza). 

Sentir le virus (ou presque)

Depuis le début de la pandémie, Stratuscent concentre donc ses efforts sur le développement d’un moniteur de qualité de l’air, le NOZE, maintenant vendu 249 dollars américains (315 dollars canadiens). Les chercheurs de l’entreprise ont notamment entraîné leur nez électronique à reconnaître des polluants communs, comme le dioxyde d’azote, le dioxyde de carbone et le formaldéhyde, mais aussi des composés organiques volatils (COV) qui sont émis par le corps humain lorsqu’il combat une grippe ou une infection au SRAS-CoV-2. Le concept n’est d’ailleurs pas nouveau : différentes études ont été effectuées pour mesurer ces biomarqueurs, et des chiens ont même été entraînés pour les détecter

En combinant différentes mesures, l’appareil affiche sur une application mobile une note de 1 à 10, où les pointages plus élevés (9 et 10) indiquent un risque que les virus qui causent la grippe ou la COVID-19 soient dans l’air (sans pour autant confirmer s’il y en a assez pour que les occupants de la pièce soient susceptibles d’attraper le virus détecté).

Notons qu’aucune tierce partie, comme des chercheurs universitaires, par exemple, n’a pour l’instant mesuré l’efficacité du capteur. « Ce n’est pas quelque chose de commun dans l’industrie [NDLR : des moniteurs de la qualité de l’air connectés], mais ce serait une possibilité », affirme Karim Aly, qui n’a toutefois pas prévu à court terme la mise en place d’une telle étude indépendante. 

D’ici là, le nez électronique de Stratuscent devrait continuer de s’améliorer. « Plus nous aurons d’appareils en circulation, plus il sera possible d’utiliser les données accumulées pour améliorer la précision de l’intelligence artificielle », souligne Karim Aly. De nouveaux composés pourront aussi être identifiés avec le temps, à mesure que l’entreprise entraînera ses réseaux neuronaux à les reconnaître. 

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Merci, Monsieur Johnson de faire connaître aux lecteurs de L’Actualité, NOZE, le « nez électronique intelligent » de la technopousse montréalaise Stratuscent (https://www.stratuscent.com).

Permettez-moi d’être un peu surpris et même un peu déçu d’apprendre qu’une partie de la technologie de NOZE repose sur une licence de brevet de la NASA. J’imagine que ce sont les capteurs, auxquels l’équipe de Stratuscent ont «greffé» des réseaux de neurones profonds pour apprendre à détecter différents composés.

Ma déception vient de ma connaissance de la technologie de «nez électronique» d’Odotech issue de travaux de recherche de l’École Polytechnique de Montréal (http://www.odotech.com). Je risque quelques explications par ordre de probabilité décroissante: 1) la technologie d’Odotech ne se miniaturise pas facilement, 2) La technologie de la NASA est beaucoup plus performante 3) l’intégration via des interfaces de programmation est plus facile 4) la difficulté d’obtenir une licence à prix concurrentiel 5) la méconnaissance ou la méfiance / concurrence entre deux entreprises locales.

Cela dit, il est toujours stimulant de connaître une nouvelle technologie québécoise.

Bravo à vous et surtout à l’équipe de Stratuscent.

Scientifiquement vôtre

Claude COULOMBE

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