Un non symbolique à Keystone XL

Le président américain Barack Obama devrait-il céder aux militants écologistes et refuser d’avaliser le projet d’oléoduc Keystone XL, qui doit acheminer le pétrole albertain jusqu’aux raffineries du golfe du Mexique ?

Alors que 35 000 personnes ont manifesté dimanche devant la Maison Blanche, le projet est devenu hautement symbolique.

Si l’administration américaine le rejette, ce sera le signe indéniable qu’elle est vraiment prête à s’attaquer aux émissions de gaz à effet de serre. Si elle l’accepte, elle montrera une fois de plus qu’elle ne peut résister aux lobbies pétroliers.

Techniquement, l’oléoduc ne présente ni plus ni moins de risques que nombre de projets réalisés dans le passé ou en cours de réalisation ailleurs.

Ce qui le distingue, c’est sa capacité à offrir un débouché durable au pétrole albertain, plus simple à gérer et moins coûteux que les alternatives.

Or même si elle fait des efforts, l’industrie des sables bitumineux est indéniablement très polluante, en terme d’émissions de gaz à effet de serre, de consommation d’eau et d’impact sur le territoire.

Elle est aussi très visible, bien plus que l’extraction du pétrole dans les profondeurs du golfe du Mexique ou dans de lointaines contrées africaines pas particulièrement réputées pour leurs normes environnementales.

Pour toutes ces raisons, elle est devenue le symbole des ravages de l’exploitation sans limite des hydrocarbures.

Les leaders écologistes n’y vont pas de main morte pour fustiger le projet de TransCanada. L’accepter équivaudrait à un «game-over» pour la planète, a déclaré James Hansen, du Goddard Institute for Space Studies de la NASA, climatologue réputé et activiste.

Évidemment, il ne faut pas prendre cette déclaration au pied de la lettre. Monsieur Hansen sait très bien qu’aucun projet unique ne représente une hausse des émissions de GES susceptible de mener à la catastrophe.

Il est vrai aussi que si la demande est là, le pétrole albertain finira par trouver preneur, aux États-Unis ou ailleurs, avec ou sans Keystone XL

Même si on mettait dès aujourd’hui le paquet sur l’électrification des transports comme le suggère très judicieusement madame Marois, il va falloir du temps pour mettre les infrastructures en place et convaincre les Nord-Américains de renoncer à leurs voitures polluantes.

Et entre temps, on aura besoin de pétrole… et de beaucoup de volonté politique pour accélérer cette mutation.

L’ampleur de la manifestation à Washington montre qu’une partie de plus en plus importante de la population américaine s’inquiète face aux changements climatiques, comme l’ont démontré plusieurs sondages.

Le message commence à passer, malgré les climatosceptiques et vendeurs de doute, et la population est mûre pour des actions politiques plus musclées, comme l’a très bien compris le président Obama.

En signe de son engagement, il devrait accéder à la demande des militants écologistes, ne pas autoriser Keystone XL et annoncer rapidement des mesures musclées comme une taxe sur le carbone.

Cette décision symbolique enverrait enfin le signal que l’administration américaine est prête à écouter ceux qui la pressent d’agir et qu’elle se préoccupe réellement du climat.

Cela peut sembler injuste pour le Canada et l’industrie des sables bitumineux, mais ni l’un ni l’autre ne sont des modèles à suivre en matière de lutte aux changements climatiques.

Habituées à mener les autorités par le bout du nez, les entreprises pétrolières sont loin d’être des citoyens exemplaires, minimisant systématiquement les risques de déversements et les coûts associés, faisant le minimum pour répondre aux normes environnementales et gonflant les estimations de main d’oeuvre nécessaires à leurs projets.

Le Canada, lui, a montré qu’il est prêt à sacrifier ses lois environnementales et ses engagements internationaux pour favoriser l’essor de son industrie.

Il fallait bien se douter que cela finirait par lui attirer des ennuis.

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« Si l’administration américaine accepte le projet Keystone, elle montrera une fois de plus qu’elle ne peut résister aux lobbies pétroliers. » (Valérie Borde)

C’est uniquement une possibilité parmi d’autres. Préférer importer du pétrole éthique du Canada plutôt que du pétrole tyrannique du Vénézuela, n’a rien à voir avec les lobbies pétroliers. C’est simplement noble.

De plus, ce n’est pas exactement brillant que de susciter des antagonismes envers son premier partenaire commercial.

Le Canada préfère vendre son pétrole à un gouvernement éthique (les USA) qu’à un gouvernement rouleau-compresseur (la Chine). Mais si les écolos ne nous donnent pas le choix, c’est ce que nous ferons.

Comme ce serait « brillant »: des USA qui achètent leur pétrole au Vénézuela plutôt qu’au Canada, et un Canada qui le vend à la Chine plutôt qu’aux USA!

Les USA un gouvernement éthique ?

Quelle farce !

Le taux de criminalité d’incarcération scandaleusement plus haut chez les noirs.

Des millions d’Américains sans assurance santé.

La présence barbare de l’exécution dans le système de justice.

La croissance de la richesse scandaleusement plus élevée chez le 1% au détriment du reste de la population.

L’appauvrissement constante de la classe moyenne,

Un système politique obéissant au doigt et à l’œil aux milliards des grandes entreprises.

Et vous nous parlez des USA comme d’un gouvernement éthique ?

«Il ne faut pas prendre les gens pour des cons. Il y a déjà assez de cons qu’on prend pour des gens.»

[Guy BEDOS]

@Drouin Il reste que les USA se classent très bien question liberté, droits de l’homme et éthique.

Le pétrole canadien est parmi les plus éthiques au monde, et les USA sont parmi les pays les plus éthiques au monde.

@Honorable: en quoi le gouvernement du Vénézuela est-il pire que le gouvernement américain, je vous prie? Je ne sache pas que le premier des deux occupe d’autres pays. Et si nous-mêmes vendons notre pétrole aux États-Unis, ne se pourrait-il peut-être pas (simple hypothèse) que cela aurait un certain rapport à la géographie?

Il est à noter que les excès de l’administration Bush (par exemple) ne paraissent pas avoir eu d’impact tangible sur nos exportations à destination du marché américain.

@Madame Borde: une correction. Si en effet l’électrification des transports réduirait radicalement les émissions de CO2 du Québec, il en va tout autrement ailleurs en Amérique du Nord. Ainsi, la moitié de l’électricité produite aux États-Unis provient du charbon (et le gaz naturel est la seconde source de production d’électricité aux États-Unis, je crois: je ne dispose pas de chiffres précis): pour ce qui est des émissions de CO2 il n’y a guère de différence entre un véhicule à moteur classique et un véhicule à moteur électrique alimenté à l’électricité produite au charbon ou au gaz naturel.

C’est pour cela que les politiciens américains ou canadiens-anglais évitent la question des gaz à effet de serre. Hors Québec, où une énorme part de la production électrique se fait au moyen des énergies fossiles, où le chauffage se fait surtout au pétrole ou au gaz naturel, où les réacteurs nucléaires exigent un entretien toujours plus coûteux contre une production électrique en baisse, où les autres sources d’énergie (hydro-électricité, énergie solaire, géothermie, énergie éolienne) ne fournissent et ne peuvent fournir qu’une fraction de ce qui s’obtient par la combustion des carburants fossiles (cette dernière étant moins chère, en plus!), *il n’y a pas de solution de rechange*.

Bref: une réduction sérieuse des émissions de CO2 est incompatible avec le mode de vie de l’électeur américain ou canadien-anglais moyen. Point final.

Le but central des politiciens étant de se faire ré-élire, leur silence là-dessus ne devrait donc surprendre personne.

Réponse à la question d’Etienne: selon Freedom House, il y a 24 pays libres en Amérique. C’est beaucoup pour un seul contient. MAIS le Vénézuela n’en fait pas partie: il se classe parmi les pays partiellement libres.

Bien sûr, le Canada et les USA font partie des pays libres. Au lieu de jeter la pierre aux USA, pourquoi ne jetez-vous pas la pierre aux pays non libres ou partiellement libres d’Amérique? Ce serait, disons, plus séant.

http://en.wikipedia.org/wiki/Freedom_in_the_World…

On ne devrait encourager les pays non éthiques qu’en dernier recours. Les écolos devraient essayer de saisir que l’environnement, ce n’est pas que des grenouilles et des salamandres; ça inclut l’éthique et la démocratie également.

@ honorable

« Le Canada préfère vendre son pétrole à un gouvernement éthique (les USA) qu’à un gouvernement rouleau-compresseur (la Chine). » « Il reste que les USA se classent très bien question liberté, droits de l’homme… »

Parlant de rouleau compresseur et d’éthique à chacun son éthique. Les États Unis d’Amérique emprisonnent 743 personnes par 100 000 habitant La Chine elle 122. Vous devez parler d’une espèce de liberté relative.

LIBERTÉ: Les états Unis emprisonnent SIX fois plus que la Chine.

D’ailleurs, contrairement à ce que vous écrivez, le gouvernement conservateur cherche en priorité à vendre le pétrole de l’Alberta à la Chine en passant par la C. B. ou par le N.B. via le Québec.

La raison, L’Alberta aurait de meilleures redevance en vendant à la Chine.

@Honorable-

1-Freedom House est un organisme lié étroitement à la droite américaine, et ses avis sur le niveau de liberté et/ou d’éthique des États-Unis comptent autant, dans mon esprit, que l’avis de PRAVDA ou IZVESTJA sur le niveau de liberté et/ou d’éthique de feu l’URSS du temps de la guerre froide.

2-Pour en revenir au thème du billet de Madame Borde (le pipeline Keystone) je suis convaincu qu’il s’agit là d’une mauvaise affaire. Et c’est vous qui m’avez convaincu. Si, si, ne soyez pas modeste!

Car en effet pourquoi les promoteurs dudit projet mettent-ils de l’avant cette notion fumeuse de « pétrole éthique »? Sans blagues, une seule de ces compagnies ou un seul de ces investisseurs a-t-il jamais refusé de faire affaire avec les pétro-monarchies du Proche-Orient ou avec la Chine pour des raisons éthiques? Soyons sérieux.

Il me semble que la seule réponse à cette question est la suivante: cette notion de « pétrole éthique » est mise de l’avant parce que le projet Keystone est indéfendable. Non seulement en raison des risques environnementaux, mais surtout en raison de la nature de l’industrie pétrolière albertaine. C’est qu’il suffirait de peu de choses pour que l’Alberta cesse d’exporter du pétrole.

Actuellement l’industrie pétrolière albertaine est profitable parce que le prix du gaz naturel est très faible et celui du pétrole très élevé: Ça tombe bien, il faut brûler beaucoup de gaz naturel afin d’extraire du pétrole albertain.

C’est donc dire qu’il suffirait d’une baisse du prix du pétrole et/ou une augmentation du prix du gaz naturel afin de faire cesser la production pétrolière albertaine (si le prix du gaz naturel brûlé dépasse la valeur du pétrole produit, personne ne tentera d’extraire de pétrole albertain). Et en ce cas l’oléoduc Keystone, si on le construit, sera d’une parfaite inutilité.

En raison de ce risque, je peux très bien m’imaginer les dirigeants des compagnies pétrolières concernées exigeant de leurs firmes de propag– pardon, de relations publiques– qu’elles trouvent un argument de nature non-économique afin de « vendre » Keystone. Et c’est ainsi qu’est né un nouveau slogan: le pétrole éthique.