Un oléoduc embrase la côte Ouest

Pour livrer son pétrole à la Chine, l’Alberta veut franchir les Rocheuses et inviter les pétroliers à naviguer dans des zones de conservation. Plus de 4 000 personnes se feront entendre aux audiences en janvier.

Un oléoduc embrase la côte Ouest
Photo : Archives du National Geographic

ATTENTION, FRAGILE !

 – Un déversement de pétrole près des îles Haida Gwaii, qui abritent la réserve de parc national et le site du patrimoine haïda Gwaii Haanas, serait catastrophique. Les résidants de l’archipel évoquent la tragédie de l’Exxon Valdez, qui s’est échoué près des côtes de l’Alaska en 1989 et a déversé 50 000 tonnes de pétrole brut, tuant des milliers d’oiseaux et menaçant la survie de l’industrie de la pêche.

 – Les répercussions d’un déversement de pétrole sur le territoire de la forêt pluviale Great Bear, une des plus importantes du monde, seraient également dramatiques.

UN MORATOIRE FANTÔME ?

Depuis 1972, tous les gouvernement­s qui se sont succédé à Ottawa se sont engagés à empêcher la circulation pétrolièr­e le long des côtes du nord de la Colombie-Britanniqu­e. Depuis leur arrivée au pouvoir, les conservateur­s nient l’existence de ce moratoire informel. Si le projet de pipeline est accepté, 220 pétroliers circuleront dans la région chaque année.

LE PROJET NORTHERN GATEWAY EN BREF

Les États-Unis émettent de plus en plus de réserves sur le pétrole extrait des sables bitumineux albertains, alors que les Chinois, eux, en demandent ! La société Enbridge cherch­e donc à convaincre Ottawa de donner le feu vert à un vaste projet d’export­ation vers l’Asie : Northern Gateway. Un pipelin­e de 1 170 km traverserait les Rocheuses et des réserves autoch­tones jusqu’à Kitimat. Le pétrole serait ensuite transféré dans des pétroliers, qui traverseraient la forêt pluviale Great Bear jusqu’aux côtes de la Colombie-Britannique, puis longeraient les îles Haida Gwaii.

Le projet comprend la construction de deux pipelines ainsi que la construction et l’exploitation du terminal maritime de Kitimat, sur le Douglas Channel. L’un des pipelines transporterait le pétrole albertain jusqu’aux côtes de la Colombie-Britannique. L’autre acheminerait en sens inverse du condensat, une substance servant à diluer les produits pétroliers pour leur transport.

DES AUTOCHTONES DIVISÉS

« Si vous détruisez l’eau, si vous détruisez la terre, les plantes et les animaux, vous tuez une culture. Si vous tuez une culture, vous détruisez un peuple. »
John Ridsdale, chef héréditaire des Wet’suwet’en, à propos des risques de Northern Gateway

(Soixante et une communauté­s autochtones ont signé la déclaration Save the Fraser pour s’opposer à l’oléoduc. La nation gitxsan est toutefois déchirée, l’un de ses chefs héréditaires ayant signé une entente avec Enbridge sans l’accord de la communauté.)

DÉCLARATION

« Notre pétrole est prisonnier en Amérique du Nord, il est isolé des marchés mondiaux. »
Patrick Daniel, PDG d’Enbridge

LA FAUTE À OBAMA ?

En novembre, le président des États-Unis, Barack Obama, a annoncé qu’il se donnait 18 mois de plus pour examiner le projet d’expansion du pipeline Keystone, de l’Alberta jusqu’au Texas, et pour évaluer d’autres tracés. À cause de ce retard, l’industr­ie pétrolière, dont la production devrait quadrupler d’ici les 25 prochaines années, doit trouver un nouveau marché. Et l’Asie semble tout indiquée ! Depuis près de deux ans, des sociétés pétrolière­s chinoises ont investi plus de 13 milliards de dollars dans l’Ouest canadien.

QUI DÉCIDERA ?

Les audiences d’une commission d’examen mixte mandatée par le ministre de l’Environnement et l’Office national de l’énergie commenceront le 10 janvier, à Kitimat. Elles auront lieu dans 23 municipalités de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Plus de 4 000 intervenants s’y présenteront. La commission devrait soumettre son rapport d’évaluation environnementale au gouvernement à l’automne 2013 et, à la suite de la réponse du ministre de l’Environnement, remettre sa décision définitive sur le projet vers la fin de 2013.

 

COÛT DU PIPELINE :
5,5 milliards de dollars

APPORT ESTIMÉ AU PIB CANADIEN SUR 30 ANS :
270 milliards de dollars

NOMBRE D’EMPLOIS PRÉVUS À LONG TERME :
1 150

 

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