Un poison quotidien au goût amer

Télé-Québec diffusera dimanche soir «Notre poison quotidien», le nouveau film de la documentariste française Marie-Monique Robin qui accuse l’industrie chimique et agro-alimentaire de nous intoxiquer avec tous les pesticides, édulcorants et autres conservateurs qui se retrouvent dans nos assiettes.

Même si les médias sont unanimes à saluer le travail d’enquête de la journaliste, j’avoue que ce documentaire me laisse un petit goût amer, pour plusieurs raisons.

Précisons d’abord que dans les grandes lignes, je crois que Mme Robin a raison : l’industrie ne se soucie guère de l’impact de ses produits sur notre santé et l’environnement, et les autorités sont trop souvent complaisantes.

Il ne fait aucun doute que la vigilance est de mise.

Mais le diable est dans les détails, comme l’écrit la journaliste dans son livre publié chez Stanké au Québec. Voici donc, dans le désordre, quelques éléments qui me chicotent un peu.

Tout d’abord, cette idée fort populaire que nous baignons dans une véritable soupe chimique depuis que l’industrie nous inonde de produits de synthèse. Madame Robin cite le chiffre de 100 000 produits, sans nous en donner la provenance.

Voilà qui frappe évidemment l’imagination du commun des mortels. Mais qui sait que les chimistes ont répertorié environ 60 millions de molécules de toutes origines ? Replacer ce chiffre de 100 000 produits de synthèse dans son contexte n’aurait pas nui.

«Oui, mais on est habitué à ce qui est dans la nature alors que les produits de synthèse nous sont étrangers!», entend-on souvent. C’est un peu vrai, mais pas complètement. Je m’explique.

Si plusieurs de ces produits de synthèse sont effectivement toxiques, il en va de même de bien des produits naturels, tout comme il existe des produits de synthèse parfaitement inoffensifs, voire bénéfiques.

La roténone, un pesticide naturel utilisé en agriculture biologique, a été interdite récemment parce qu’on la soupçonne d’être une cause de maladie de Parkinson chez les agriculteurs (voir cet article publié récemment dans Environmental Health Perspectives à ce sujet).

Sachant que d’innombrables personnes diabolisent naturellement la chimie de synthèse, madame Robin se devait d’expliquer clairement cette nuance.

Ne pas le faire correspond à une certaine forme de populisme scientifique.

On frôle parfois la malhonnêteté intellectuelle quand dans les premières minutes de son film, Marie-Monique Robin «oublie» un détail – présent toutefois dans son livre – en annonçant que les pesticides tuent 200 000 personnes par an : c’est que 91% de ces décès sont des suicides!

Encore une fois, il est clair que de nombreux pesticides sont très toxiques, et qu’on devrait réduire leur usage autant que possible.Mais il faut être honnête et ne pas donner un portrait tronqué de la situation. 

Dans un autre ordre d’idées, j’avoue avoir un peu de mal à suivre madame Robin quand par moments elle conspue les «experts» d’organisations comme le Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS quand ils prennent des décisions qui ne vont pas dans le sens de son discours, avant de les applaudir (et de ne plus utiliser de guillemets) quand ils se penchent sur les effets néfastes de certaines substances.

Prendre les études qui nous arrangent sans faire état des autres, cela s’appelle faire du cherry-picking en sciences. C’est une méthode que les climatosceptiques maîtrisent particulièrement bien.

Encore une fois, je ne nie pas qu’il faut bien étudier l’exposition de la population à certains produits très répandus dans notre environnement. Mais je trouve que dans le livre de madame Robin, la «soupe chimique» a le dos large.

Après avoir lu ou regardé «Notre poison quotidien», de nombreuses personnes vont penser que tous ces produits chimiques nous tuent à petit feu et que les autorités s’en foutent, une conclusion qui manque sérieusement de nuances.

Car la situation a bien changé depuis l’époque de Rachel Carlson et du DDT, même si ce n’est pas clairement dit par madame Robin. En Europe comme au Canada ou aux États-Unis, les gouvernements se préoccupent comme jamais auparavant de la salubrité de notre alimentation et de la toxicité de certaines substances.

Dans certains cas, comme pour plusieurs pesticides d’usage domestique, il était temps. Dans d’autres, comme dans le cas du BPA au Canada ou des parabènes en Europe, les décisions d’interdiction tombent alors que la recherche est encore très jeune. Le principe de précaution va de plus en plus loin.

Regardez mon billet sur ce qui constitue une saine alimentation pour minimiser le risque de cancer, et vous verrez que mangez bio ou éviter les additifs alimentaires n’en fait pas partie.

La dernière chose qui me gêne avec «Notre poison quotidien» n’a rien à voir avec le travail de madame Robin, mais avec celui des journalistes et animateurs qui ont interviewé la documentariste.

Avez-vous entendu beaucoup de gens remettre en cause ses conclusions? Lui poser des questions gênantes? Prendre du recul en citant des chiffres ou des faits sur son sujet qui ne soient pas directement tiré de son livre ou du documentaire? Interviewer des personnes qui pourraient ne pas être du même avis ?

Je serais curieuse de savoir combien ont vérifié ne serait-ce qu’une seule des informations données par madame Robin dans son livre!

Je suis évidemment en faveur de tout travail d’enquête qui vise à dénoncer les dérives du lobbyisme, surtout quand il en va de la santé de la population.

Surtout dans un pays comme le Canada où il est devenu on ne peut plus difficile de savoir ce qui se trame derrière les portes closes aux médias de ministères comme ceux de la santé ou de l’agriculture.

Mais en s’en prenant à la dangerosité de la soupe chimique, Marie-Monique Robin tape sur le mauvais clou.

Notre poison quotidien, selon moi, c’est avant tout la malbouffe et ses produits bourrés de sucre et autres amidons de maïs modifiés qui rendent une partie de la population accro à une alimentation de plus en plus riche, alors que dans le même temps la sédentarité bat des records et que la pauvreté fait des ravages même dans les pays riches.

Quand j’étais enfant, l’industrie alimentaire vendait des yaourts à la fraise d’un rose pétant dans lesquels on trouvait essentiellement du lait et des ferments lactiques, du sucre et une vague mélasse qui avait le goût et la couleur de la fraise sans en être.

Aujourd’hui, les yaourts à la fraise sont rosâtres ou blancs, sans gras et sans sucre ajouté et vendus comme des aliments santé, bons pour le transit et les os.

Mais les pots individuels sont plus gros que dans mon enfance et bien plus caloriques, grâce au miracle du jus de raisin concentré et de l’amidon de maïs modifié…

C’est contre toute cette malbouffe déguisée et le marketing éhonté des allégations santé qu’il faudrait avant tout se battre!

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Le sel, qui est tout ce qu’il y a de plus naturel et essentiel à notre survie, doit probablement tuer beaucoup plus de personnes dans le monde.

J’ai déjà lu quelque part que de réduire l’utilisation du sel dans l’industrie alimentaire pourrait faire sauver beaucoup d’argent au système de santé et donc, j’imagine, beaucoup de vies. Ca serait intéressant de comparer le nombre de décès annuel dû au sel VS les pesticides ou d’autres « produits chimiques ».

Excellent article, madame Borde, qui remet les pendules à l’heure. Je suis de plus en plus sceptique face à ces documentaires alarmistes où tout et son contraire font partie d’une vaste conspiration visant à empoisonner l’humanité tout entière. C’est bien de dénoncer, mais à trop crier au loup…

Je vous félicite pour vos billets toujours pondérés et solidement documentés. C’est de bons vulgarisateurs scientifiques comme vous dont a besoin le consommateur qui essaie tant bien que mal de s’y retrouver dans le déluge d’informations souvent contradictoires, biaisées ou incomplètes qui finissent par le noyer dans dans un constat d’impuissance décourageant.

il existe 2 solutions à ce problème.
1) se convertir à 100% au bio et faire mourrir 1/3 de la planète (c’est pas moi qui le dit, c’est NOrmand Burlog)
2)Modifier la génétique des aliments pour les rendre résistants. Mais ça, les écologeux n’en veulent pas.

Bref, continuons de mourir…

Excellent recentrage, madame Borde. Le danger vient souvent d’où on ne l’attend pas, du quotidien et de l’ordinaire auquel on s’est habitué.
http://3.bp.blogspot.com/_RPji6Y012_A/THy84GSkNiI/AAAAAAAABCo/O47cDZJKOCw/s1600/IND_10_35_02.gif

Il est un peu simpliste de voir dans le productivisme agricole et dans l’ingénerie génétique LA solution de la faim dans le monde. Les causes de la famine sont multiples; guerres, catastrophes naturelles, mauvaise redistribution ou gaspillage des aliments, implantation de monoculture au détriment de l’agriculture de subsistance pour satisfaire le marché mondial, etc. Les solutions de la faim passent davantage par des mesures sociales, politiques et économiques que par la seule innovation en technologie agricole. Technologie la plupart du temps sous le contrôle et au profit des pays développés.

Il est vrai qu’il y a certaines informations et vérités que l’on préférerait ne pas entendre. Selon moi, il est parfois nécessaire d’utiliser des images fortes pour capter l’attention des gens, ce qui ne veut pas dire que le tout soit faux ou exagéré…mais bon, il n’est pas toujours facile de discerner toute la vérité. J’invite les gens à poursuivre leur réflexion en consultant le site Web du Réseau des femmes en environnement, le http://www.rqfe.org/ et pourquoi pas la liste critique des ingrédients dont l’utilisation est restreinte ou interdite dans les cosmétiques au http://www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/cosmet-person/indust/hot-list-critique/index-fra.php.

Plutôt d’accord avec vous à ce sujet! Avoir une alimentation saine et se tenir en forme est tellement simple comme recette que les gens ne veulent pas y croire. On cherche alors des coupables cachés pour tous les maux qui nous affectent. Quand ce n’est pas la bouffe bio qui règlera nos problèmes, c’est tous les suppléments « naturels » (vitamines, anti-oxydants et ect…).

Manger des aliments qui ont un bénéfice incrémental par rapport à une autre sur notre santé ne changera rien si on continue à mal s’alimenter dans l’ensemble. Pourquoi converir les gens aux fruits bios quand la plupart du monde mangent très peu de fruits au départ? Ce n’est pas certainement pas en leur offrant des fruits de moins bonnes qualités et plus chers de surcroit qu’on va y changer quelque chose.

Les dangers pour la santé et l’environnement viennent bien plus de l’attitude et des croyances des gens.

Comme vous le dites le Cl, le clorure de sodium, est un des plus dangereux pour notre santé même s’il est essentiel. C’est l’excès qui est dangereux pour les artères. Pourtant bien des écolos ou bien pensant nous recommandent le sel de mer qui est principalement du Na Cl avec en plus d’autres sels et minéraux comme du mercure, plomb, cuivre, arsenic, cadmium, en petites quantités.
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« 1) se convertir à 100% au bio et faire mourrir 1/3 de la planète” (cité par le moutongris)

Étant né sur une terre, j’ai donc quelques petites connaissances dans le domaine. En général le Bio qui ne diffère guère de la culture actuelle comme produit et donne des rendements d’un tiers et moins. Donc à mon humble avis c’est au moins la moitié de la planète qui décèderais de faim si tout était bio.

Une molécule d’eau produite « chimiquement » est IDENTIQUE à une autre molécule d’eau qui tombe du ciel.

Il en est de même pour nourrir les plantes avec l’azote dont elles ont absolument besoin. Une molécule d’azote chimique est IDENTIQUE à une molécule d’azote biologique ou de pisse (purin), ou à celles qui sont produites par les champignons (dans le camembert et le brie).

Avez-vous remarqué que le brie et le camembert mal emballés sentent l’ammoniaque? L’ammoniaque fournit l’azote aux plantes et il y en a dans la pisse.

Je m’excuse pour ceux qui sont dédaigneux, mais c’est la nature qui est comme ça.

Les faiseurs de peurs se mettent riches avec les gens qui ont peur.

Moi, j’ai pris 5 minutes pour vérifier son affirmation principale: le taux de cancer augmente. Or, si on lit les statistiques sur le sujet, on remarque que le taux est stable voire baisse un peu depuis 20 ans si on corrige pour le vieillissement de la population.

Bref, encore une théorie construite sur un mensonge.

Toutes les enquêtes de Marie-Monique ont été suivies avec un grand respect en France parce qu’elles étaient _très_ rigoureuses et au pays de DEscartes, la moindre approximation vous fait descendre en flamme, vous le savez bien. Quant à la malbouffe ce qu’elle montre dans ce reportage est encore en dessous de la réalité du quotidien des plus mal lotis d’entre nous. Si le Canada (ou le Québec) avait jamais été le pays de la gastronomie cela serait écrit quelque part. De toutes les façons les valeurs indiquées par les pèse-personnes voteraient contre un tel mensonge.En France, l’art du bien manger et du bien boire, et du bien chanter aussi (sinon du bien b….. !!!) font partie de notre patrimoine national, de notre identité culturelle et ces qualités-là ont bel et bien dramatiquement évolués, si j’ose l’exprimer ainsi. Mais tout n’est pas pour le pire encore, puisque l’indice de natalité est un des tous meilleurs d’Europe. PAs comme en Allemagne, mais là-bas la chimie est toute puissante.

Signé : un médecin nutritionniste, élevé dans une famille de cordons bleus, maîtr’e-Toile de http://Internat.Martinique.free.Fr

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