Un p’tit joint, une p’tite granule…

Les effets du cannnabis sur la santé

Hypothalamus
Le cannabis augmente l’appétit, ce qui pourrait aider les patients souffrant du cancer ou du sida.

Nausées
La marijuana soulage les nausées et les vomissements causés par la chimiothérapie anticancéreuse, parfois de façon plus efficace que les médicaments classiques.

Les effets du cannnabis sur la santé

Hypothalamus
Le cannabis augmente l’appétit, ce qui pourrait aider les patients souffrant du cancer ou du sida.

Nausées
La marijuana soulage les nausées et les vomissements causés par la chimiothérapie anticancéreuse, parfois de façon plus efficace que les médicaments classiques.

Cerveau
Mémoire L’usage abusif et prolongé du cannabis peut s’accompagner de troubles de la mémoire, de la concentration et de l’attention, et réduire la capacité de traiter de l’information complexe.

Schizophrénie Le cannabis augmenterait les risques d’être atteint de cette maladie mentale chez les jeunes de moins de 17 ans qui présentent une prédisposition génétique.

Moelle épinière
Douleur Le cannabis atténue certaines douleurs chroniques, comme les maux de tête, les douleurs neuropathiques et les douleurs cancéreuses.

Relaxant musculaire Les propriétés relaxantes et antispasmodiques du cannabis peuvent être utiles aux patients souffrant de sclérose en plaques et de lésions de la moelle épinière.

Système reproducteur
À long terme, la consommation de fortes quantités de marijuana peut entraîner une baisse de la libido ainsi qu’une diminution de la testostérone et du nombre de spermatozoïdes chez l’homme. Chez la femme, l’abus du cannabis peut interrompre l’ovulation.

(Sources : Louis Léonard et Mohamed Ben Amar, Les psychotropes : Pharmacologie et toxicomanie, Les Presses de l’Université de Montréal, 2002.
Mohamed Ben Amar, « Cannabinoids in Medicine : A Review of Their Therapeutic Potential », Journal of Ethnopharmacology, 2006.)

 

 

 

La consommation du cannabis en chiffres

• 70 % des 18 à 24 ans ont consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie.

• 30 % des 15 à 17 ans et 47 % des 18 à 19 ans en ont fumé au cours des 12 mois précédant l’enquête.

• 10 % des 45 ans et plus en ont consommé durant la même période.

• 8 % des 12 à 19 ans en consomment une fois par semaine ; 3 % une fois par jour.

• Les hommes (50 %) sont plus nombreux que les femmes (39 %) à y avoir goûté.

• On a fumé du cannabis au moins une fois dans :

– 43 % des ménages à faible revenu ;
– 45 % des ménages à revenu moyen ;
– 55 % des ménages à revenu élevé.

(Sources : Enquête sur les toxicomanies au Canada [2004] et ministère de la Santé du Canada)

 

 


Le pot mène-t-il à la délinquance ?

Nathalie Néron, coordonnatrice du programme jeunesse du Centre Dollard-Cormier, en doute. « Le cannabis est un dépresseur du système nerveux : sous l’effet de cette drogue, on a plus tendance à s’écraser qu’à devenir agressif », dit-elle. Néanmoins, si on abuse de cette substance, fumer du pot peut coûter jusqu’à 20 dollars par jour. « Le manque d’argent pour se procurer de la marijuana peut inciter certains ados à commettre des vols par effraction. Toutefois, la principale activité illégale des jeunes qui sont dépendants de cette drogue est la vente de cannabis pour payer leur propre consommation. »

Serge Brochu, chercheur au Département de criminologie de l’Université de Montréal, étudie depuis 20 ans les liens entre drogue et criminalité. « Le cannabis ne rend pas violent, dit-il. Mais le fait que cette substance soit illégale place certains ados en contact avec l’illégalité. Si un adolescent est dépendant du cannabis, mais qu’il n’a pas d’argent pour en acheter, son revendeur va peut-être lui en prêter. Puis, pour rembourser sa dette, il devra rendre de “ petits services ”, comme transporter des sacs de drogue… »

La plupart des jeunes ne mettent pas le doigt dans cet engrenage, tout simplement parce que leur consommation est épisodique. « Au cours de nos enquêtes, nous avons toutefois remarqué un autre lien entre délinquance et cannabis, ajoute le chercheur. Certains jeunes sont attirés par la déviance ; ils aiment prendre des risques et consomment de la drogue ou commettent des méfaits justement parce que c’est interdit. »

 

 

 

Le pot est-il nocif pour le cerveau des adolescents ?

« Le cannabis diminue l’attention et la concentration, explique le psychiatre Richard Cloutier, chef médical du Centre Cormier-Lafontaine. C’est pourquoi l’usage abusif de cette drogue a des répercussions sur le rendement scolaire. Mais nous ignorons encore quels sont ses effets à long terme sur le cerveau des adolescents. »

Une étude menée au Département de psychiatrie du Centre médical de l’Université Duke, en 2000, arrivait à une conclusion inquiétante : le cerveau de jeunes qui avaient consommé de la marijuana avant l’âge de 17 ans était plus petit et renfermait moins de matière grise que celui des adolescents qui n’en avaient jamais fumé. Mais, fait valoir le Dr Cloutier, les jeunes qui abusent du cannabis consomment souvent d’autres substances, ce qui rend les relations causales difficiles à établir.

Par contre, la corrélation entre cannabis et schizophrénie se précise. « Ce trouble mental apparaît entre l’âge de 20 et 30 ans chez les garçons et un peu plus tard chez les filles. Nous savons maintenant que chez les jeunes prédisposés génétiquement à la schizophrénie, le cannabis fait apparaître la maladie 10 ans plus tôt. » Or, ce sont 10 années précieuses qui sont ainsi perdues. « Si un jeune adulte a le temps de terminer des études, d’occuper un emploi ou de vivre en appartement avant sa première crise, il lui sera plus facile de retrouver une vie normale lorsque sa maladie sera contrôlée », conclut le psychiatre.

 

 

 

La petite histoire du cannabis thérapeutique

Depuis le 30 juillet 2001, le règlement sur l’accès à la marijuana à des fins médicales permet aux patients qui en font la demande d’utiliser le cannabis pour soulager leurs symptômes. Actuellement, 1 492 patients bénéficient de cette mesure. Pour y avoir droit, on doit être atteint d’une maladie comme la sclérose en plaques, le cancer, le sida, l’épilepsie, de lésions de la moelle épinière ou de certaines formes d’arthrite, et présenter une confirmation écrite de ce diagnostic signée par un médecin. La marijuana peut soulager la douleur chronique, les spasmes musculaires, les nausées et une perte d’appétit sévère.

Le programme a été mis sur pied après que des malades eurent défendu devant les tribunaux leur droit d’utiliser cette drogue. Terry Parker, un Ontarien qui souffrait d’épilepsie, a été accusé de possession illégale de marijuana en 1997. Il plaida sa cause devant le juge Patrick Sheppard, qui lui donna raison, considérant que, en vertu de la Charte des droits et libertés, un malade a le droit de suivre un traitement qui le soulage.

Jim Wakeford, un Ontarien atteint du sida, a ensuite dénoncé en justice l’ambiguïté de la loi : des gens avaient obtenu la permission de consommer du cannabis pour soulager leurs souffrances, mais il leur était interdit d’en acheter ou de le cultiver.

Aujourd’hui, le ministère de la Santé du Canada accorde aux patients qui le demandent le droit de posséder du cannabis. Ces malades peuvent aussi obtenir un permis pour cultiver leur propre marijuana ou désigner quelqu’un qui le fera à leur place. Ils ont aussi la possibilité de l’acheter du Ministère. En 2001, ce dernier a signé une entente avec Prairie Plant Systems, qui cultive des plants de cannabis dans des mines désaffectées au Manitoba. Mais certains patients soutiennent que le pot manitobain n’est pas efficace et préfèrent se le procurer chez d’autres fournisseurs, comme les Clubs Compassion.

Par ailleurs, ces clubs ont établi leurs propres règles. « Nous ne vendons pas de cannabis à n’importe qui, explique Philippe Gauvin, du Club Compassion de la rue Papineau. Les malades doivent se présenter avec un diagnostic de leur médecin. » Par contre, les clients des clubs n’ont pas besoin d’un permis du ministère de la Santé du Canada. Ce qui veut dire qu’ils pourraient, en principe, être accusés de possession illégale.

Un jour, le cannabis thérapeutique sera peut-être vendu à la pharmacie du coin. Sous le gouvernement libéral, on prévoyait mettre sur pied un projet-pilote, de concert avec certaines pharmacies au pays. L’idée suit son cours : le Ministère est toujours en pourparlers avec les ordres professionnels et les associations de pharmaciens de chacune des provinces. C’est à suivre.

 

 

 


Des médicaments à base de cannabis

En ce moment, trois médicaments brevetés à base de cannabis sont offerts au Canada :

• Le Sativex soulage les douleurs causées par la sclérose en plaques. Composé d’extraits du cannabis, dont le THC et le cannabidiol, ce médicament se présente sous forme de pulvérisateur qu’on vaporise dans la bouche. Il n’est pas remboursé par le régime d’assurance médicaments du Québec.

• Le Marinol est le nom de commerce du dronabinol, un THC synthétique qui calme les nausées et les vomissements causés par la chimiothérapie. Ce médicament freine aussi la perte d’appétit et la perte de poids chez les gens atteints du sida. Il est couvert par l’assurance médicaments.

Cesamet est le nom de commerce de la nabilone, substance synthétique analogue au THC, également utilisée contre les nausées et les vomissements causés par la chimiothérapie. Elle est aussi couverte par l’assurance médicaments.

 

 

 

Une dépénalisation de fait

Le cannabis demeure interdit au Canada depuis l’adoption de la Loi fédérale sur l’opium et les drogues narcotiques, en 1923. Officiellement, la possession ou le trafic de trois kilos ou moins de cannabis peut entraîner une peine d’emprisonnement maximale de cinq ans. À plus de trois kilos, l’emprisonnement à vie devient possible.

Mais la réalité est tout autre. Le 15 mai dernier, un résidant de Val-des-Monts écopait de 15 mois de prison pour la possession de plus de 4 000 plants et boutures de mari dans son domicile ainsi que de quatre kilos de cannabis en vrac. L’année précédente, un « poteux » de la même localité recevait six mois pour la possession de 8,8 kilos. En février, encore dans l’Outaouais, un cultivateur de mari se voyait infliger une peine de 19 mois de prison pour une plantation de 17 790 plants, soit une valeur minimale de près de 20 millions de dollars, à maturité. En clair, il faut produire assez gros pour faire de la prison.

Depuis la légalisation du cannabis à des fins médicales, en 2001, deux projets de loi visant une dépénalisation partielle sont morts au Feuilleton. Pourtant, dès 1973, une commission fédérale proposait de sortir le cannabis de la liste des drogues interdites. La montée de la consommation et de la production depuis ce temps a imposé une sorte de dépénalisation de fait : la grande majorité des personnes appréhendées pour possession de mari ne sont pas inculpées ou bien reçoivent une libération absolue ou conditionnelle.
Roch Côté

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