Un seul mot d’ordre : aérer !

Il semble maintenant très clair que ventiler, aérer et filtrer l’air est encore plus important que ce que l’on croyait pour se mettre à l’abri du virus.

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Sans tambour ni trompette, l’Agence de la santé publique du Canada a ajouté la semaine dernière les aérosols à la liste des moyens par lesquels le coronavirus peut se transmettre, quelques semaines après les Centers for Disease Control and Prevention américains. L’Organisation mondiale de la santé, elle, a fait état de cette possibilité dès juillet. Ce décalage peut s’expliquer par le fait que chaque autorité a opté pour un principe de précaution plus ou moins strict devant un risque qui n’était pas encore l’objet d’un consensus dans la communauté scientifique. Le débat semble cependant à peu près clos, et il est maintenant clair qu’il va falloir accorder plus d’importance à la ventilation et à l’aération. 

Un modèle dépassé

La controverse sur les aérosols a commencé ce printemps. Si elle a duré aussi longtemps, c’est que les multiples études sur la transmission du virus par voie aérienne ont abouti à des résultats qui, en plus d’être incertains, ne correspondaient pas à ce qu’on pensait avoir compris de la manière dont les agents infectieux se transmettent par la voie des airs. 

Avant le début de la pandémie, les connaissances sur la propagation des virus et des bactéries par voie aérienne étaient encore très imparfaites, même pour des maladies étudiées depuis longtemps. Par exemple, ce n’est qu’en 2018 que l’équipe de Donald Milton, spécialiste des aérosols à l’Université du Maryland, a démontré qu’une personne grippée peut produire des aérosols infectieux simplement en parlant, et non seulement en toussant ou en éternuant. 

On savait qu’une personne porteuse d’un virus ou d’une bactérie peut répandre le pathogène dans l’air en y rejetant un cocktail de particules plus ou moins grosses, dans une quantité et à une vitesse qui dépendent de multiples facteurs. Dès qu’elles sont émises, ces particules peuvent se comporter de deux manières. 

Les « grosses » suivent une trajectoire balistique, c’est-à-dire qu’elles retombent en cloche, en quelques fractions de seconde, à une distance dépendant de la vitesse à laquelle elles ont été éjectées. Maintenues humides par le mucus, elles permettent à un virus ou à une bactérie de rester infectieux, risquant de contaminer une personne située à proximité.

Les particules plus petites sont assez légères pour rester en suspension et former ce qu’on appelle un aérosol, c’est-à-dire une « solution dans l’air ». 

Généralement, les micro-organismes survivent bien dans les gouttelettes qui restent humides, mais seule une fraction d’entre eux demeurent actifs dans les aérosols, qui peuvent voyager sur de grandes distances et persister dans l’air plusieurs minutes, voire des heures. On sait que certains pathogènes résistent dans ces conditions : ceux de la rougeole, de la légionellose ou de la tuberculose peuvent ainsi stagner dans l’air longtemps ou se transmettre par des conduits d’aération.

Les « gros » aérosols sur la sellette

Jusqu’à récemment, on pensait que la limite de taille différenciant les particules qui retombent de celles qui restent en suspension se situait aux environs de cinq micromètres. 

Cependant, à force d’étudier la transmission par voie aérienne du SRAS-CoV-2, Milton a proposé que cette limite est plutôt de 100 micromètres. Même si on n’en a pas encore la preuve formelle, des particules de cette taille, assez grosses pour héberger le virus sous une forme encore infectieuse, pourraient donc rester en suspension un certain temps, portées par les turbulences qui les empêchent de retomber. 

Ce changement peut sembler anodin, mais il a d’énormes conséquences. Dans une lettre publiée le 16 octobre par la revue Science, Milton explique que, même à courte distance, la transmission de la COVID-19 serait principalement due à ces « gros » aérosols plutôt qu’aux gouttelettes projetées, qui contiendraient moins de virus même quand elles sont plus grosses.

Par conséquent, il semble clair que ventiler, aérer et filtrer l’air est encore plus important que ce que l’on croyait pour se mettre à l’abri du virus. Cette recommandation devrait notamment, dans l’état actuel des connaissances, devenir prioritaire par rapport à la désinfection des surfaces, sur laquelle on a beaucoup insisté depuis le début de la pandémie. 

Les aérosols de 100 micromètres pourraient jouer un rôle d’autant plus majeur dans la transmission de la COVID-19 qu’on sait que le virus se fixe avant tout aux récepteurs cellulaires situés dans les fosses nasales. Or, en hygiène industrielle, on sait que le nez et la bouche arrêtent surtout des particules d’environ 100 micromètres, qu’on appelle alors « particules inhalables », alors que celles de 4 micromètres et moins poursuivent leur chemin jusque dans les alvéoles pulmonaires – on parle alors de « particules respirables ». 

Dans une étude publiée le 28 octobre par la revue Clinical Microbiology Reviews, Caroline Duchaine, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les bioaérosols à l’Université Laval, et la Dre Sophie Zhang, chef adjointe à l’hébergement au CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, expliquent que les aérosols inhalables de 100 micromètres contenant le SRAS-CoV-2 pourraient être d’autant plus facilement captés dans le nez et y déclencher l’infection. Cette hypothèse reste à confirmer, mais elle pourrait contribuer à expliquer pourquoi le virus se transmet si facilement. Geneviève Marchand, microbiologiste à l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST), n’est pas convaincue. « Les courbes de déposition des particules dans l’appareil respiratoire nous montrent que même les plus petites particules se fixent d’abord dans le nez, donc elles peuvent aussi participer à la contagion », dit-elle.

Deux ou trois épaisseurs pour les masques ?

Cette nouvelle manière de considérer les aérosols vient aussi confirmer le rôle stratégique des masques pour limiter la contagion. Quand la pandémie a commencé, on pensait que les masques chirurgicaux et les masques en tissu avaient peu de chance de bloquer les minuscules aérosols. De nombreuses études ont ensuite constaté que les masques semblaient bel et bien efficaces pour diminuer la contagion et étaient même, dans certains contextes, presque aussi efficaces que les respirateurs N95, capables de filtrer la quasi-totalité des particules, quelle que soit leur taille.

Si les aérosols peuvent mesurer jusqu’à 100 micromètres, il est logique qu’un masque leur barre mieux la route qu’à des particules 20 fois plus petites. Cependant, comme ils sont portés par les flux d’air, les fuites dans les masques peuvent aussi les laisser s’échapper. Il faut donc particulièrement veiller à ce que le masque soit bien plaqué sur le visage. 

Bref, dans un milieu clos, même mal ventilé, les masques couvrant la bouche et le nez assurent une protection encore plus efficace que ce que l’on pensait initialement. Toutefois, dès qu’on les enlève, par exemple pour manger à la cafétéria d’une usine ou dans un restaurant, l’aération devient cruciale pour limiter les risques, d’autant plus qu’en discutant ou en ouvrant la bouche pour manger on peut relâcher encore plus de particules dans l’air. 

Faut-il pour autant adopter des masques à trois épaisseurs, comme le conseille depuis peu l’Agence de la santé publique du Canada ? Geneviève Marchand est partisane de cette mesure : après des essais réalisés sur de multiples designs et combinaisons de matériaux, l’IRSST est arrivé à la conclusion qu’un masque fait de trois ou quatre épaisseurs de tissus bien choisis est nécessaire.

La plupart des gouvernements jugent cependant, pour l’instant, que deux épaisseurs sont suffisantes. « Comme cela semble suffire pour vraiment diminuer les risques, je ne crois pas que ce soit la peine d’ajouter une contrainte à la population, qui en subit déjà beaucoup », estime Caroline Duchaine.

Les lieux clos où on ne porte pas de masque devraient être mieux ventilés de toute urgence. Et même dans les endroits où le masque est obligatoire, la ventilation permet de réduire les risques. « Installer des plaques de plexiglas entre les tables bloque les projections, mais pas les aérosols », rappelle Geneviève Marchand. Le fait d’ouvrir portes et fenêtres sur l’extérieur dans les bâtisses ou les autobus, d’augmenter le nombre de changements d’air et d’installer des filtres à haute efficacité qui peuvent retenir des particules fines permet de diminuer la concentration d’aérosols. Limiter le nombre de personnes en un même lieu aussi. La recirculation de l’air intérieur, en revanche, n’aide en rien. 

Et la distanciation ?

La distanciation de deux mètres, qui vise à nous protéger des gouttelettes, est-elle encore pertinente dans ces conditions ? Oui, car la concentration de particules dans un volume d’air diminue proportionnellement au cube de la distance de l’émetteur (il y a huit fois moins de particules dans deux mètres cubes que dans un mètre cube). Néanmoins, comme les aérosols peuvent voyager plus loin que les gouttelettes, le risque au-delà de deux mètres est probablement plus grand que ce qu’on pensait initialement, surtout dans un lieu clos où les particules ne se diluent pas dans un très grand volume d’air. « Depuis le printemps, nous conseillons de toujours respecter une distance d’au moins deux mètres », explique Geneviève Marchand.

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Donc primo, on doit encore faire vivre le martyre à nos enfants alors que la faute revient au gouvernement qui n’a jamais mis à la disposition de la communauté des salles de classe aérées adéquatement. On doit les obliger à mettre des masques dont l’efficacité n’a jamais été validée et alors que l’INSPQ indique clairement : «La contribution des enfants dans la transmission du virus semble être limitée.» Finalement, comme le dit si bien l’article, le problème est le même pour la grippe saisonnière qui est beaucoup plus virulente pour les enfants, par contre il n’a jamais été question de mesures aussi démesurées !!!???

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