Une appli québécoise pour soutenir l’effort mondial de vaccination

L’équipe montréalaise de CAE Santé a mis au point une technologie visant à simplifier la formation des vaccinateurs partout sur la planète. 

Crédit : CAE Santé

On ne s’improvise pas vaccinateur : il faut apprendre à déballer, entreposer et préparer les produits en suivant les bons protocoles, puis s’entraîner à faire des piqûres avant de vacciner une personne en chair et en os. Les défis de logistique et de formation liés à la campagne de vaccination massive déployée présentement partout dans le monde sont donc nombreux. 

« On a eu l’idée, en discutant avec l’équipe de l’Opération Warp Speed aux États-Unis (NDLR : l’opération mise en place pour accélérer la mise au point, la fabrication et la distribution de vaccins contre la COVID-19), de créer une application pour faciliter la formation en fonction de chacun des vaccins », note Erick Fortin, directeur de l’ingénierie, de l’innovation et de la gestion de projet chez CAE Santé. 

Le résultat, lancé il y a un peu plus d’un mois, est CAEInjection, une application mobile qui rassemble les directives liées à chacun des vaccins, pour chaque étape, avec des vidéos dans certains cas. On y apprend, par exemple, que le vaccin Johnson & Johnson peut être conservé six heures au froid ou trois heures à température ambiante une fois qu’une première dose a été prélevée, que le vaccin Pfizer doit être dilué avec du chlorure de sodium 0,90 % et que le dosage de celui d’AstraZeneca est de 0,5 ml. 

Les informations ne sont pas nouvelles, mais l’application permet de les réunir et elles sont toujours à portée de la main du personnel des centres de vaccination. 

« Si un changement est apporté à un des protocoles, la documentation peut être adaptée le jour même », ajoute Erick Fortin. Inutile de mettre à jour l’application pour avoir accès à l’information au sujet des modifications, puisque le programme utilise des données enregistrées dans le nuage. 

L’intelligence artificielle pour évaluer l’injection

CAEInjection est toutefois plus qu’une liste de tâches à accomplir. L’application permet aussi de s’exercer à faire les injections. L’entreprise a même adapté une épaule synthétique mise au point pour ses simulateurs — CAE est surtout connue en aviation, mais sa filiale CAE Santé fabrique des simulateurs médicaux depuis quelques années déjà — afin de reproduire efficacement l’effet de l’aiguille qui perce la peau. Vendu en option une centaine de dollars, cet appareil est assez abordable pour que de petites entreprises, comme des pharmacies, puissent se le procurer. 

« On utilise la caméra du téléphone pour filmer la personne qui fait l’injection dans cette épaule. Avec l’intelligence artificielle, l’application peut évaluer l’angle, la vitesse et la profondeur de l’injection, ce qui nous permet de dire à la personne formée si elle le fait comme il le faut ou non », explique le directeur de l’ingénierie. 

« C’est quelque chose de simple à utiliser, mais qui est technologiquement très avancé. Il a fallu créer un modèle d’apprentissage automatique et lui apprendre ce qu’était une seringue, comment la reconnaître avec les mains de la personne autour, sous différents éclairages, etc. », souligne-t-il. 

« Si on n’avait pas eu cette intelligence artificielle, il aurait fallu mettre plusieurs capteurs dans l’épaule. Ç’aurait été plus complexe à déployer et ç’aurait coûté plus cher », poursuit Erick Fortin. 

Notons que les vidéos sont analysées dans le nuage, et non sur le téléphone de l’utilisateur directement. « Si on avait fait l’analyse sur le téléphone, seuls les modèles les plus récents auraient été compatibles. De cette façon, l’application fonctionne avec tous les types d’appareils », précise l’ingénieur. 

Visées mondiales

CAEInjection affirme que son système est déjà utilisé par des pharmacies et des établissements de santé au Québec, mais refuse de dire combien. Elle ne cache toutefois pas ses visées mondiales : « Des injecteurs doivent être formés par milliers dans chaque pays au moment où on se parle », rappelle Erick Fortin. 

« À certains endroits, on demande à des gens de professions variées, comme des pompiers, de faire des vaccins. Une application comme celle-ci rend la formation possible à grande échelle », estime quant à lui Jean-Philippe Courtois, vice-président exécutif et président des ventes mondiales, du marketing et des opérations chez Microsoft, le partenaire infonuagique de CAE. CAEInjection peut d’ailleurs être adaptée aux besoins de chaque pays. Elle pourra rapidement être traduite, et le matériel utilisé pourrait être ajusté en fonction des besoins des pays qui adopteront l’appli, par exemple. Voilà qui risque d’être important, surtout si l’on considère la nécessité de vacciner toute la planète le plus vite possible. Mais encore faut-il que les vaccins soient disponibles, évidemment.

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Voilà une belle application de l’intelligence artificielle, plus précisément de la vision par ordinateur, réalisée par une entreprise du Québec.

Merci M. Johnson de nous l’avoir fait connaître!

Scientifiquement vôtre

Claude COULOMBE

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