Une combinaison à toute épreuve

En avril 2009, le monde verra Julie Payette monter à bord de la navette Endeavour, vêtue de l’emblématique combinaison spatiale orange. Mais, pourquoi est-elle orange ? Comment l’enlève-t-on pour aller à la salle de bains ? La combinaison spatiale recèle plusieurs secrets et atouts, que nous révèle le technicien de l’équipe d’urgence K. C. Chhipwadia, de la NASA.


 

La mode de l’espace

Les astronautes portent la combinaison orange lors du décollage de la navette. Mais, dans le cas d’une urgence en orbite, elle enfilera cette combinaison qui comporte plusieurs dispositifs pour assurer sa survie. Chaque astronaute garde tous ses effets personnels dans un grand sac à son nom dans la navette, où se trouve aussi la combinaison orange en cas d’urgence.

Pas de la haute couture, mais beaucoup d’ingéniosité ! À la NASA, une vingtaine de techniciens travaillent à la conception de la combinaison spatiale. Celle-ci ressemble à celle que portaient les aviateurs de l’armée américaine dans un avion U-2, durant la Guerre froide. Le concept de « full pressure », l’équivalent de la pressurisation d’une cabine, mais pour un vêtement, permet de réguler la pression à l’intérieur de la combinaison. Ainsi, la survie de l’astronaute dans l’espace est garantie par la création d’une atmosphère viable de 3,5 psi. Pour ce faire, la combinaison doit être parfaitement étanche et complètement fermée. Les bottes, les gants et le casque y sont vissés.

« Elle n’est pas ajustée comme un habit de plongée. On s’y sent comme dans une large paire de jeans », illustre M. Chhipwadia. Il ne s’agit pas non plus d’un grand habit dans lequel on saute et zippe jusqu’au cou. Plusieurs couches de vêtements se superposent, d’où l’aspect volumineux de la combinaison.

Par-dessus ses sous-vêtements, l’astronaute porte un chandail et un pantalon munis d’un système de refroidissement et de ventilation. À l’aide de tubes de plastique, de l’eau refroidie circule dans la combinaison pour assurer le confort de l’astronaute durant le décollage. Du côté droit de sa combinaison, des prises lui permettent de se connecter à un dispositif à l’intérieur de la navette, qui pompe l’eau et contrôle sa température.

Une autre couche, d’un matériel semblable au caoutchouc, permet de retenir l’air si la combinaison doit être gonflée. La couche extérieure est faite de Nomex, la même fibre utilisée dans la confection des habits de pompier.

En survie dans l’espace

Tous les scénarios ont été imaginés : marcher dans le feu, se protéger de la fumée, d’un mauvais atterrissage et d’un déversement de liquides chimiques. En cas d’urgence, la combinaison assure 24 heures de survie à l’astronaute. Encore mieux, elle a été conçue pour agir automatiquement, si l’astronaute est inconscient. Il retrouvera ces équipements à l’intérieur de la combinaison orange :

  • un système de communication radio dans son casque;
  • un système d’orientation;
  • un harnais pour parachute;
  • une réserve d’oxygène supplémentaire;
  • des signaux lumineux et pyrotechniques;
  • 16 poches d’eau de 4,5 oz chacune pour s’hydrater;
  • une bouée de sauvetage, située sous les aisselles;
  • un radeau de sauvetage.

La pression d’air à l’intérieur de la combinaison équivaut à celle ressentie à 30 000 pieds d’altitude. En cas d’urgence à bord de la navette, ce sera à cette altitude que l’astronaute sera évacué. S’il est inconscient, un dispositif sur son casque déclenchera l’ouverture du parachute à 14 000 pieds. Si l’astronaute tombe dans l’eau à son atterrissage, le harnais se détachera automatiquement du parachute. Des éléments qui réagissent au contact de l’eau permettront le déploiement de la bouée et du radeau de sauvetage. L’astronaute pourra alors utiliser les signaux lumineux et la radio pour rentrer en lieu sûr.

Orange comme… l’espace ?

La couleur orange de la combinaison a été spécialement choisie pour assurer la survie de l’astronaute. Mondialement, elle est portée par les équipes de secouristes. Mais pour les astronautes, la combinaison était bleue jusqu’en 1986, lors de l’accident de la navette Challenger, qui a coûté la vie aux sept membres de l’équipage. À la suite de cette tragédie, plusieurs questions de sécurité ont été soulevées à la NASA. Si un astronaute tombe dans l’eau suite à une évacuation d’urgence, sa combinaison bleue serait difficile à détecter. La NASA a donc opté pour la couleur orange, visible de partout.


 

Julie Payette, aidée d’un technicien, enfile sa combinaison avant la mission STS-96, en mai 1999.

Combien de temps faut-il à l’astronaute pour se vêtir ?
45 minutes.
D’abord, il lui faut 30 minutes pour enfiler sa combinaison, avec l’aide de techniciens spécialement formés. Ensuite, l’équipe teste les différentes fonctions de la combinaison pendant 15 minutes.

Combien pèse la combinaison ?
91 livres.

Combien coûte-elle?
« Officieusement, 300 000 $ américains », nous répond M. Chhipwadia.

Y a-t-il une poche pour mettre son lecteur MP3 ?
Non ! Son but principal est d’assurer la survie de l’astronaute.

Que font les astronautes lorsqu’ils ont envie d’aller aux toilettes ?
« Ils baissent la vitre et cherchent une station d’essence ! », répond M. Chhipwadia.
Lors du décollage, les astronautes portent une couche. En orbite, ils utilisent une toilette conçue pour l’apesanteur, qui utilise un jet d’air pour aspirer les rejets.

Pour en savoir plus :

Agence spatiale canadienne, La science des combinaisons spatiales

NASA, A Brief History of the Pressure Suit (en anglais)

International Space Station 07, How to go to the Bathroom in Space(en anglais)

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie