Une éruption qui dérange

Les compagnies aériennes auront beau crier et multiplier les pressions pour faire redécoller leurs avions, cela ne fera pas bouger d’un pouce le nuage de cendres volcaniques de l’Eyjafjallajökull.

volcan
Photo prise le 3 avril par Ulrich Latzenhofer / CC2.0

Personne, aujourd’hui, ne peut dire combien de temps cela va durer, même si les dernières prévisions du Met Office britannique sont optimistes. Ce pourrait être quelques jours, aussi des mois. Cela dépendra non seulement de la durée de l’éruption mais aussi de la direction et de l’intensité des vents, trois facteurs impossibles à prédire précisément.

Profitons-en pour rappeler quelques faits et chiffres… même si ceux-ci n’ont évidemment aucune espèce d’influence sur la situation à venir !

Il y a en permanence sur Terre une cinquantaine de volcans en éruption, sans compter les volcans sous-marins. La durée moyenne d’une éruption est de 7 semaines, avec un écart type énorme : certaines éruptions durent une journée, d’autres plusieurs années.

La dernière éruption de l’Eyjafjallajökull  avait duré 14 mois, de décembre 1821 à janvier 1823. Celle-ci pourrait durer beaucoup moins longtemps… ou pas.

Il y a 33 volcans actifs en Islande, qui ont connu au moins une éruption au cours de l’Holocène (les derniers 10 000 ans).

Les vents dominants allant d’ouest en est, il est fort probable qu’à un moment ou à un autre des nuages de cendres provenant d’Islande passent au dessus du nord de l’Europe. Comptons-nous chanceux : c’est la première fois que cela arrive dans l’histoire de l’aviation civile, mais ce n’est certainement pas la dernière.

L’effet des cendres sur les avions est bien connu et potentiellement dévastateur. La cendre des volcans est faite de particules très fines mais dures, qui ressemblent plus à du sable fin qu’à la cendre d’un feu de bois. Elle peut facilement décaper la peinture des avions. Quand elle entre dans les moteurs, la cendre ramollit au contact de la chaleur et se vitrifie (elle est surtout faite de silice, comme le verre), d’où le risque bien réel d’étouffement des moteurs.

L’Organisation de l’aviation civile internationale a mis sur pied neuf Centres d’avis des cendres volcaniques (VAAC), dont un à Montréal,  qui se partagent la surveillance de l’ensemble de la planète. Ce sont eux qui disposent de toutes les informations météorologiques et vulcanologiques nécessaires pour surveiller les nuages de cendres, qui ne sont pas toujours faciles à repérer dans le ciel même par satellite, surtout quand ils sont peu denses.

Tout comme la durée des éruptions, la dispersion des panaches peut être très variable selon, entre autres, la hauteur à laquelle les cendres sont éjectées. Celles de l’Eyjafjallajökull atteignent 5 à 8 km d’altitude, ce qui fait qu’elles voyagent plutôt lentement.

En 1992, les centres du Mont Spurr, un volcan de l’Alaska, avait atteint l’altitude du courant jet. En moins de trois jours, elles avaient traversé toute l’Amérique du Nord et atteint le Groenland ! Il y avait aussi eu des perturbations dans le trafic aérien.

Mais les cendres volcaniques vont surtout des ravages à proximité des volcans, quand elles font s’effondrer les maisons, étouffent les habitants ou s’accompagnent de gaz toxiques. Ce n’est pas ce qui se passe en ce moment avec le volcan Eyjafjallajökull qui n’a fait aucune victime en Islande, les voisins du volcan ayant été évacués depuis un moment déjà.

Les cendres qui survolent l’Europe sont trop dispersées et hautes pour pouvoir provoquer des problèmes de santé ou être visibles depuis le sol. L’anticyclone qui les a amenées d’Islande a même fait profiter les Européens d’un grand beau temps ensoleillé dans les derniers jours !

Les agriculteurs devraient se réjouir : les cendres volcaniques constituent le meilleur engrais qui soit, puisque ces particules riches en minéraux se dégradent très rapidement dans le sol et sont aussitôt utilisées par les plantes. Un engrais vert et gratuit qui tombe du ciel au printemps, j’en veux pour mon jardin!

Il y a quelques décennies, cet évènement serait passé totalement inaperçu. Il y a 20 ans, il aurait peut-être provoqué de terribles accidents aériens. Aujourd’hui, il nous fait réaliser notre dépendance au transport aérien et cause une multitude de soucis et de pertes économiques, mais sûrement pas beaucoup de décès.

Demain, il poussera les organisations météorologiques et de l’aviation à raffiner leurs modèles ou leurs appareils pour qu’ils puissent voler entre les cendres de manière sécuritaire.

La colère des compagnies aériennes est vaine, voire puérile. On ne pourra jamais apprivoiser les volcans, mais reconnaissons au moins qu’on s’améliore…

Photo prise le 3 avril par Ulrich Latzenhofer / CC2.0

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enfin un article objectif et réaliste….! merci! et moi aussi j’aime beaucoup la conclusion qui nous rappelle quand même notre condition d’homme intelligent certes mais …. qui peut s’améliorer encore et toujours…. et qui, face à la nature, est quand même tout petit!

Je suis assez d’accord, et tout autant effrayé qu’on devienne naturellement plus souple sur la sécurité dès qu’on commence à perdre de l’argent …

C’est la proportion de magma éruptif qui va déterminer si l’ éruption de l’Eyjafjallajokull va durer quelques jours ou plusieurs semaines .La cendre n’ à rien à voir avec celle d ‘un barbecue. Quand elle entre dans les réacteurs des avions ,elle fond et provoque un arret complet des réacteurs .
En 1982, le Commandant Eric MOODY s ‘est rendu compte que lson avion traversait un panache de cendre et les cendres en rentrant dans les turbines ont provoqué leur arrêt. De plus le pare-brise de l’appareil était devenu opaque. Il a réussi à poser en urgence l’appareil à Jakarta ,et en effectuant son approche debout .Je comprends les autorités d’avoir cloué les avions au sol. Mais il est clair que de faire prendre des risques aux passagers était inconscient. Je tire mon chapeau car la plupart des gens ont gardé leur sang froid. Deux précautions valent mieux qu’ une. Des avions des compagnies aériennes ont effectué des vols à vide. Mais je leur souhaite que ça n’ arrive pas avec passagers.
A ceux qui ont ralé contre le nuage de cendre et contre l’arret des vols, allez-y comme ça ,cela fera des idiots en moins sur la terre.

Pour moi, il est plus important de sauver des vies que de l’ argent. Les compagnies aériennes meugles parce qu’ elles perdent de l’ argent .Mais en attendant, elles ne
mettent pas en péril des centaines de milliers vies .
Eric Moody qui a sauvé la vie de ses passagers à Jakarta en passant dans un panache de cendre a reussi à poser l’ appareil en aveugle , puisqu’ il ne voyait plus rien .L’ équipage avait perdu le moteur N°1, puis Le N°2 ,enfin LES 3 ET 4.Le technicien dit qu’ils avaient perdu les 4 moteurs , ils ont fait du vol plané pendant 2 bonnes heures .Ils étaient à 37000 pieds et sont tombés à 12000 pieds.Le commandant Eric moody avait juste une bande de 3 cm sur l’ extrémité gauche de l’ avion et une bande de 3 cm à droite du Co-Pilote .Et le commandant a fait toute sa descente sur Jakarta debout .Tout ça pour vous dire que ces cendres ne sont pas à prendre à la légère.

La colère des compagnies aériennes est vaine, voire puérile…

Oh que non, elle est avant tout pécunière, déjà, les compagnies d’aviation touchées demandent des dédommagements financiers divers gouvernements Européens. Un autre bel exemple de l’éternel socialisation des pertes et privatisation des profits.

Je trouve tout à fait normal que nous fassions tout pour éviter des drames.
Je vis au Canada depuis 7 ans, je suis d’origine française. Et je regarde les réactions française toujours d’un drôle d’oeil. Car certains s’en sont pris au gouvernement français afin de faire partir les cendres !!!
En plus les gens étaient réellement paralysés car la SNCF (société nationale des chemins de fer) étaient en grève pour la énième fois de l’année et toujours pendant les congés.

En tout cas plus de précaution vaux mieux que des morts sur la conscience.

Il ne faut pas oublier dans tout ça que nous ne sommes pas les maitres de la planète. C’est la planète qui est notre maitre.

Malgré tout son pouvoir, sa science, son évolution et sa supposé maîtrise sur son environnement, l’être humain est tellement petit quand la nature se manifeste.