Vaccin : à qui les premières doses ?

Tout le monde ne pourra être vacciné en même temps contre la COVID. Qui le sera en premier ? Pas l’auteur de ces lignes. Et c’est tant mieux, dit-il. Parce que d’autres en ont plus besoin que lui. 

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Benoît Mâsse est biostatisticien, épidémiologiste et professeur titulaire à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

On ne s’attend pas à de grandes surprises à l’annonce des groupes prioritaires pour les campagnes de vaccination que dévoilera Québec dans quelques semaines. On se doute bien que les plus vulnérables seront en tête de liste, ainsi que les personnes les plus susceptibles de souffrir gravement de la COVID-19. Notre âge, notamment, déterminera notre place dans cette campagne, l’âge étant un des facteurs fortement associés au risque d’être atteint de complications sérieuses et au risque de décès. Chacun devra attendre patiemment son tour.

Établir des priorités est moins important quand on dispose de toutes les doses de vaccin nécessaires et que tout le monde peut être vacciné assez rapidement. Mais dans un contexte où le nombre de doses est restreint, c’est essentiel. Et plus encore lorsqu’une campagne de vaccination risque de s’étendre sur plusieurs mois ou années, comme ce sera le cas avec la COVID.

Étant donné que la protection indirecte peut protéger les personnes vulnérables, les membres de certaines professions qui ont des contacts fréquents avec ces personnes pourraient également être vaccinées en priorité. Notamment les employés du domaine de la santé et ceux qui travaillent dans des milieux fermés très propices à la transmission, tels que les CHSLD et les résidences privées pour aînés (RPA). D’autres travailleurs, comme les enseignants et le reste du personnel dans les écoles, sont potentiellement des cibles prioritaires — les élèves, eux, seront en bas des priorités de vaccination.

Les habitants des régions éloignées, où les services sont plus limités, sont également des cas à considérer. Lorsqu’il y a un débordement dans un hôpital à Montréal, d’autres établissements médicaux à proximité peuvent pallier le manque de ressources. Par contre, il y a beaucoup moins d’options aux environs si un débordement survient à l’hôpital de Chibougamau.

On prévoit que l’autorisation d’urgence pour vacciner la population américaine sera accordée par la Food and Drug Administration (FDA) en décembre. Suivra l’autorisation de Santé Canada. On parle bien ici d’une autorisation d’urgence, afin de répondre à l’urgence de santé publique. Il ne s’agit pas d’une homologation ou d’une autorisation de mise en marché. Cela viendra plus tard.

Les autorisations d’urgence sont assorties de plusieurs conditions. Certains sous-groupes devront être suivis de plus près une fois qu’ils auront été immunisés. Ce suivi ajoute une lourdeur aux campagnes de vaccination et complexifie la logistique sur le terrain. À ce sujet, l’expérience avec le vaccin contre l’Ebola, le vaccin « canadien » rVSV-ZEBOV, est éclairante.

Après avoir obtenu des résultats très prometteurs avec ce nouveau vaccin, la Guinée a autorisé son utilisation d’urgence en 2015. Le risque de décès après une infection à l’Ebola étant très élevé chez les enfants, ceux-ci se trouvaient tout en haut de la liste des priorités vaccinales. Mais il y avait très peu de données sur la sécurité des vaccins pour ce sous-groupe, ou pour celui des femmes enceintes. L’autorisation d’urgence a donc été accordée à la condition que ces sous-groupes soient suivis de près. Une telle situation implique par la suite une collecte d’informations, où l’on s’intéresse surtout aux effets potentiellement indésirables ou néfastes causés par la vaccination. Et c’est ce à quoi s’est attelé le comité international de contrôle des données et de la sécurité, que je préside.

Notre mandat s’est poursuivi pour les études au Congo lorsque les premiers cas d’Ebola ont commencé à apparaître en 2017. Le Congo a autorisé l’utilisation d’urgence du vaccin rVSV-ZEBOV. Nous avons continué la collecte d’informations auprès de certains sous-groupes. La dernière éclosion majeure dans ce pays a commencé en juin 2020 et elle a officiellement pris fin en novembre.

L’autorisation d’urgence pour le vaccin contre l’Ebola a été accordée en 2015, et la FDA et l’Agence européenne des médicaments ont autorisé la mise sur le marché (homologation) de ce vaccin en 2019.

Les utilisations d’urgence accordées par la FDA et Santé Canada pour les vaccins contre la COVID-19 seront sans doute accompagnées par des obligations à suivre de plus près certains sous-groupes après la vaccination. Typiquement, comme nous l’avons fait en Guinée et au Congo pour l’Ebola, on doit effectuer la collecte de données de façon manuelle, ce qui demande beaucoup de ressources. Étant donné l’ampleur des campagnes, divers pays se préparent à réduire la lourdeur associée à cette étape par l’utilisation d’outils technologiques. Par exemple, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), aux États-Unis, proposent plusieurs systèmes étendus de surveillance, dont l’application pour téléphone mobile V-SAFE. Chez nous, les priorités initiales seront peut-être aussi à revoir en fonction des exigences réglementaires de Santé Canada, qui encadrera la campagne de vaccination. On verra.

Et moi, et moi ?

Vu l’expérience que j’ai acquise en analysant les données de sécurité du vaccin rVSV-ZEBOV depuis 2014, on me demande régulièrement si j’ai l’intention de me faire vacciner contre la COVID-19 lorsque mon tour viendra. On ajoute souvent : en supposant que le profil de sécurité du vaccin soit excellent. Mon hésitation à répondre en déconcerte plusieurs. Elle n’a absolument rien à voir avec les mouvements antivaccins, et je réponds en présumant que le vaccin est sécuritaire. Les deux mots clés dans cette question sont plutôt « mon tour ».

Quand on me demande si je compte me faire vacciner, je réponds en fait par une question : êtes-vous prêt à patienter quelque peu afin que d’autres, plus en besoin, puissent se faire vacciner ?

Les Québécois ont souffert énormément depuis mars et continuent de subir les conséquences de cette pandémie. Il est difficile d’imaginer que, dans certaines régions du monde, c’est bien pire encore. Oui, il y a pire. Ne l’oublions pas. Des personnes vulnérables, il y en a partout, ça ne s’arrête pas aux frontières du Québec ou du Canada. Des discussions sont en cours avec l’Organisation mondiale de la santé afin de s’assurer que les pays disposant de moins de ressources ne seront pas les derniers à faire vacciner leur population. J’ai hâte de connaître la contribution du Canada au niveau mondial. Fournir des fonds, c’est bien. Toutefois, en plus de cet argent, de nombreux pays ont aussi besoin de doses de vaccin.

Mon tour viendra après toutes les personnes vulnérables de la planète. La piqûre risque de me faire très mal si je passe devant ceux et celles qui en ont le plus besoin. Lorsque viendra mon tour, je ne veux pas sentir la piqûre. Les deux piqûres.

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Votre altruisme est très louable. En ce qui me concerne, comme je suis d’un âge où le risque semble plus élevé, je ferais partie des premiers groupes; mais je n’envie pas cette position. Vu que je suis plus du type nerveux, je passerais bien le premier tour, juste pour me donner une certaine assurance de l’efficacité du vaccin. C’est très égoïste je sais, mais c’est aussi une autre façon de donner la chance à ceux qui en ont le plus besoin, non ?

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Je remercie monsieur Mâsse pour l’apport d’une position occultée jusqu’à maintenant quant à la vaccination : il faut se préoccuper aussi de la vulnérabilité des individus hors Québec (ou Canada). Ça fait partie de notre responsabilité collective qui, dans le cas d’un virus comme la Covid, est vite planétaire.
Ceci dit, c’est évident que le « plan » attendu vise d’abord notre « cour ». J’entends et je lis un consensus certain quant à la définition de « groupes et sous-groupes vulnérables », mais je crois qu’il faudrait aussi plancher dès à présent sur un plan de vaccination du « reste de la population » en la « cartographiant », donnant priorité aux secteurs densément habités; quelque chose d’aussi factuel que le nombre d’occupants au pied carré dans une habitation donnée. Je pense que ces données doivent être disponibles via les Recensements, non ? Les comtés ont probablement des données aussi ; voire même les pharmacies, que sais-je ? Tous les intervenants qui oeuvrent dans les secteurs basés sur les données démographique comprennent l’enjeu. Par exemple, dans un quartier donné, une personne vivant seule dans un quatre-et-demi devrait être vacciné après la famille d’à-côté qui vit dans le même espace. Est-ce qu’on pourrait assimiler ça à un exercice de profilage ? Eh bien, qu’il en soit ainsi …
En deuxième lieu, on insiste de plus en plus et c’est très bien, sur le fait que la vaccination nécessite deux injections et un laps de temps subséquent pour prendre effet. Je pense qu’il faudrait aussi commencer à marteler avec plus d’insistance que les vaccins annoncés ne promettent pas l’éradication de la maladie, mais bien de la forme sévère de la maladie (peu ou pas d’hospitalisation; morts exceptionnelles). On peut quand même être malade chez soi, plus ou moins longtemps; ça ne sera pas plus agréable et on sait encore très peu de choses sur les séquelles, leur durée ou leur permanence. Alors l’application des recommandations de base restent les mêmes pour … je m’avancerais à dire une couple d’années. Et tant qu’à avoir imposé l’habitude du port du masque à l’urgence, dans les commerces d’alimentation etc., on devra continuer tout au long de la période de vaccination, qu’on ait été vacciné ou pas encore; et pourquoi ne pas continuer même quant tout ira mieux ? Et dès maintenant, pourquoi, si vous le supportez et/ou le pouvez, ne pas porter un masque dès que vous sortez de chez vous ? Ça vous permettra d’avoir une conversation de trottoir avec la petite famille d’à côté, sans crainte (c’est pas vrai qu’on respecte le 2 mètres, en tout temps; pourquoi pas ajouter cette protection ?). Aussi, dans mon quartier, les attentes de changement de feux de circulation, pour les piétons, ressemblent vite à des rassemblements; le port du masque serait le bienvenu! Merci de l’attention porté à ce commentaire. Continuez tous à écrire, je vous lis avec beaucoup de plaisir ! Isabelle Marchand.

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Je n’ai rien contre le principe du vaccin en général. Toutefois, même si je ne suis plus jeune, je vais refuser de me faire vacciner contre la covid pour les raisons suivantes. Premièrement, l’industrie pharmaceutique est avant tout axée sur le profit et plusieurs chercheurs sont en conflits d’intérêts car ils sont financés par cette industrie. Pour l’instant, seule l’industrie affirme qu’il s’agit d’un vaccin efficace. En réalité, on ne sait pas. Ensuite et surtout, les effets secondaires à long terme de ce vaccin sont encore inconnus. Il s’agit d’une technologie vaccinale à ARN, donc tout à fait nouvelle pour l’organisme humain. Si jamais il y a des effets secondaires majeurs, ce n’est pas l’industrie pharmaceutique qui va en assumer les frais, ce sera notre système de santé déjà mis à mal, donc nous. Et finalement, après des mois de martelage constant sur la dangerosité de la covid, la peur est maintenant omniprésente dans la population surtout chez les plus vulnérables. Donc, c’est la peur qui est leur meilleur argument de vente. Et malheureusement, ce seront vraisemblablement les plus vulnérables qui serviront de cobayes à l’industrie pharmaceutique. Le réveil sera probablement brutal d’ici quelques années, surtout qu’on nous annonce qu’il faudra plus d’un vaccin pour en assurer l’efficacité.

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