Vaccination : quelles leçons tirer de la polio et de la H1N1 ?

Au plus fort de la polio et de la grippe H1N1, les Canadiens étaient impatients de se faire vacciner, mais l’enthousiasme est vite retombé une fois la crise passée. 

Deux infirmières de la santé publique vaccinent des adultes dans une clinique de vaccination contre la polio à Southey, en Saskatchewan, en 1960. (Association des infirmiers et infirmières du Canada, Bibliothèque et Archives Canada )

Catherine Carstairs est professeure au Département d’histoire de l’Université de Guelph. Curtis Fraser est candidat à la maîtrise en histoire à l’Université de Guelph. 

L’enthousiasme des Canadiens pour la campagne de vaccination contre la COVID-19 a été impressionnant depuis son lancement au pays. Après plusieurs confinements et des pertes économiques, nombreux sont ceux qui se sont précipités pour faire la file devant des cliniques de vaccination. Leur empressement à prendre un rendez-vous a même causé des pannes informatiques.

Le Canada est actuellement un leader mondial en matière de vaccination, avec plus de 79 % de sa population admissible qui a reçu sa première dose et plus de 50 % ayant reçu deux doses, en date du 23 juillet.

Cela signifie-t-il que l’on ne doive plus s’en faire avec la couverture vaccinale ? Si l’on se fie à l’histoire, ce n’est pas le cas. Comme les historiennes Heather MacDougall et Laurence Monnais l’ont fait valoir, les gens ne prennent pas les vaccins recommandés pour diverses raisons, notamment par apathie. Une autre raison est la désinformation, comme l’affirmation non fondée et discréditée selon laquelle le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole pouvait causer l’autisme.

Certains ne sont pas convaincus que la maladie en question aura un impact sur eux ou leur famille. Pour d’autres, c’est l’accès difficile au vaccin qui les dissuade. D’autres encore ont peur des aiguilles. Nous avons vu tous ces facteurs jouer dans les épidémies passées.

Nous avons examiné la réaction aux vaccins contre la polio et la H1N1 au Canada. Au plus fort des épidémies, les Canadiens étaient impatients de se faire vacciner, mais l’enthousiasme est vite retombé une fois la crise terminée.

La terrifiante polio

Au début du XXe siècle, les parents sont terrifiés par la polio. Cette maladie, qui frappe surtout pendant les mois d’été, une saison d’insouciance, peut causer la paralysie chez les enfants. Dans certains cas, les enfants sont confinés dans des poumons d’acier et, dans les pires cas, ils meurent.

Le premier essai du vaccin antipoliomyélitique Salk a lieu aux États-Unis en 1954, avec un vaccin produit dans les laboratoires Connaught de Toronto.

Le vaccin s’avère très efficace. D’autres laboratoires sont autorisés à fabriquer le vaccin, mais, parmi ceux-ci, les laboratoires Cutter ne désactivent pas correctement le virus, ce qui cause la mort de dix enfants. Les États-Unis interrompent le programme de vaccination le 7 mai 1955.

Au Canada, on poursuit les essais avec le vaccin des laboratoires Connaught. Les responsables de la santé assurent les Canadiens que ce produit est sûr et efficace. En juin 1956, 1,8 million d’enfants canadiens ont été vaccinés. Mais cela ne permet pas d’éradiquer la polio, et d’importantes épidémies explosent à la fin des années 1950 et au début des années 1960.

Une infirmière se tient debout près d’un homme dans un poumon d’acier
Une photo d’un homme dans un poumon d’acier prise en juillet 1957. (Crédit : Bibliothèque et Archives Canada, CC BY)

Le calendrier vaccinal contre la polio nécessite trois doses, ce qui rend difficile la réalisation du cycle complet de vaccination.

De nombreux adultes croient que la polio ne touche que les enfants et sont réticents à se faire vacciner. En juin 1959, seulement 10 % des adultes canadiens ont reçu les trois doses du vaccin Salk, alors que le taux est de 90 % chez les enfants d’âge scolaire.

Au Canada, l’année 1959 est l’une des pires pour la polio, avec près de 2 000 cas de paralysie. À Montréal, il y a plus de 950 cas et 51 décès. Dans l’ensemble du Canada, il y a plus de morts chez les jeunes adultes que chez les enfants âgés de 5 à 19 ans, et ce sont surtout les gens qui n’ont pas été vaccinés qui sont infectés.

Pendant l’épidémie de 1959, les gens envahissent les cliniques de vaccination de Montréal. Et trois ans plus tard, à la suite d’une éclosion à Hull, au Québec, les citoyens se rendent en masse se faire vacciner.

Le vaccin oral

La mise sur le marché d’un vaccin oral contre la polio, le Sabin, en 1961 entraîne une augmentation du taux de vaccination.

En 1962, en trois mois seulement, plus de quatre millions de Canadiens reçoivent le vaccin oral contre la polio. De nombreux adultes qui ont résisté aux appels pour le vaccin Salk acceptent d’avaler le Sabin, souvent servi sur un morceau de sucre. Les journalistes s’extasient devant le fait qu’aucune aiguille n’est nécessaire. Dans les années 1970, la polio a pratiquement disparu au Canada.

Lors du lancement du vaccin Salk, les parents se dépêchent de faire inoculer leurs enfants, mais les jeunes adultes ne sont pas convaincus d’être à risque et ne participent pas à l’effort. Ce n’est qu’une fois que d’autres épidémies ont démontré qu’ils peuvent eux aussi mourir ou être paralysés par la polio qu’ils acceptent de se faire immuniser. La vaccination connaît un second souffle grâce au vaccin Sabin.

Campagne de vaccination contre la grippe H1N1

Au printemps 2009, le virus de la grippe H1N1 commence à se propager au Mexique. Les premiers cas sont signalés au Canada en avril.

En juin, l’Organisation mondiale de la santé déclare que la grippe H1N1 est une pandémie mondiale. Comme la grippe de 1918-1919, qui a tué jusqu’à 50 millions de personnes dans le monde, celle de 2009 a un impact disproportionné sur les jeunes.

À l’automne, des cliniques de vaccination ouvrent dans tout le Canada pour les groupes prioritaires. Les premiers sondages montrent que seulement un tiers des Canadiens ont l’intention de se faire inoculer contre le virus H1N1, ce qui correspond au taux de vaccination contre la grippe saisonnière. Les taux d’efficacité décevants du vaccin contre la grippe saisonnière n’incitent pas le public canadien à prendre celui contre la nouvelle grippe.

Toutefois, quatre jours après l’ouverture des cliniques de vaccination en Ontario, un garçon de Toronto, jusque-là en bonne santé, meurt de la maladie. Cette nouvelle tragique fait peur aux Ontariens et provoque la ruée de milliers de personnes dans les cliniques. Des gens font la queue pendant des heures, tandis que d’autres sont refoulés.

Les vaccins deviennent accessibles à tous les Ontariens en novembre 2009, mais à ce moment-là, les craintes se sont apaisées — la grippe H1N1 ne semble pas aussi mortelle qu’on l’a cru au départ.

Au final, de 40 à 45 % de la population canadienne a reçu le vaccin contre la H1N1.

Une fois de plus, l’enthousiasme pour le vaccin est fort au milieu de la crise, mais il diminue une fois que la grippe s’avère moins dangereuse que prévu.

Leçons à tirer pour la COVID-19

La polio et la grippe H1N1 nous révèlent que la popularité des vaccins est une question complexe. Les gens se précipitent pour se faire vacciner lorsqu’ils perçoivent un risque immédiat pour leur santé ou celle des membres de leur famille. Mais sans cette crainte, ils préfèrent retarder ou éviter la vaccination.

De nombreux Canadiens connaissent quelqu’un qui a attrapé la COVID-19 et ont perdu des amis ou des membres de leur famille. Il n’est pas étonnant que nous soyons impatients de nous faire vacciner. Mais l’enthousiasme pourrait s’émousser avec la diminution du nombre de cas.

Si l’on se rend compte qu’il est nécessaire de faire un rappel du vaccin, mais que le nombre de cas est faible, les gens prendront-ils la peine de se rendre dans un centre de vaccination ?

Le plus grand défi pourrait être de garantir la poursuite de la vaccination une fois la crise initiale passée. Outre les mesures visant à combattre la désinformation sur les vaccins, les autorités de santé publique doivent veiller à rendre facile l’accès à ceux-ci.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.