Vapotage : interdire les arômes pour protéger les jeunes

Les adolescents et les jeunes adultes vapotent pour le plaisir, ce qui n’est pas sans risque pour leur santé. Santé Canada songe donc à interdire la plupart des arômes, dans le but de diminuer l’attrait du produit. 

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Plus du tiers des élèves du secondaire ont déjà vapoté, signale l’Enquête québécoise sur le tabac, l’alcool, la drogue et le jeu chez les élèves du secondaire, publiée en 2021 par l’Institut de la statistique du Québec (avec des données recueillies en 2019). Et la proportion monte à 59,1 % chez les élèves du 5e secondaire, toujours d’après cette étude. Depuis 2016-2017, la cigarette électronique a ainsi dépassé la cigarette traditionnelle, qui ne séduit plus que de 5 % à 6 % des jeunes en moyenne, selon le Dr Nicholas Chadi, pédiatre et clinicien-chercheur spécialisé en médecine de l’adolescence et toxicomanie au CHU Sainte-Justine.

Santé Canada a donc décidé de réglementer les produits de vapotage pour qu’ils soient le plus sécuritaires et le moins attrayants possible, surtout pour les jeunes. Un nouveau règlement, entré en vigueur en juillet 2021, a fait passer de 66 mg/ml à 20 mg/ml la concentration maximale de nicotine permise dans les liquides à vapoter.

Et dans un projet de loi à l’étude, le gouvernement fédéral propose d’interdire les arômes sucrés dans les produits de vapotage, du moins pour les jeunes. Une initiative pertinente, selon le Dr Nicholas Chadi : « Différentes études le confirment, les arômes de fruits, de desserts et de menthe sont un des attraits principaux pour les jeunes qui pensent à essayer la cigarette électronique, aussi appelée vapoteuse. L’arôme de tabac, lui, séduit beaucoup moins. » 

L’industrie réplique

L’Association canadienne du vapotage, quant à elle, craint qu’en réduisant l’attrait du vapotage, il n’y ait conséquemment une augmentation du tabagisme. L’industrie fait valoir notamment que la cigarette électronique est l’une des meilleures thérapies pour arrêter de fumer la cigarette traditionnelle.

La vapoteuse peut aider certains adultes à laisser tomber la cigarette traditionnelle, même si les dernières études à ce sujet semblent montrer qu’elle n’est pas un outil plus efficace que les autres méthodes de cessation tabagique. « Mais chez les ados et les jeunes adultes, la science n’a pas démontré que la vapoteuse pouvait aider à cesser de fumer », explique le Dr Chadi.

Avec ses arômes alléchants, la vapoteuse attire des jeunes qui ne fumeraient pas sinon, et qui risquent deux ou trois fois plus de se tourner ensuite vers la cigarette traditionnelle, le cannabis et l’alcool, révèlent les récents travaux du Dr Chadi.

Plusieurs sondages canadiens le prouvent : de 80 % à 90 % des jeunes qui essaient la cigarette électronique le font pour expérimenter quelque chose de nouveau, ou pour tester les parfums. Ils n’utilisent pas la vapoteuse pour « écraser », confirme le Dr Chadi. « La grande majorité vapotent parce qu’ils sont curieux, parce que c’est en vogue et parce que ça goûte bon. »

Une nouvelle étude de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) révèle par ailleurs « une hausse fulgurante des ventes de cigarettes électroniques sous forme de capsules dans les dépanneurs et les stations-service de la province au cours des dernières années ». La vapoteuse de marque JUUL, munie de cartouches de nicotine à remplacer, domine d’ailleurs le marché depuis janvier 2019. Même si on ne détient pas des statistiques précises sur les ventes de ces dispositifs nouveau genre chez les jeunes, tout porte à croire — notamment à cause du nombre de vapoteurs qui a doublé à l’école secondaire — que les jeunes adultes et les mineurs en sont les principaux consommateurs.

Le vapotage est-il vraiment moins nocif ?

La situation est inquiétante, selon le pédiatre, car les particules fines retrouvées dans l’aérosol qu’inhalent les vapoteurs, mais aussi dans les aérosols secondaires, contiennent notamment des métaux lourds, des substances reconnues comme étant cancérigènes, et autres composants chimiques qui peuvent être associés à des blessures aux poumons : toux chronique, bronchites, aggravation de l’asthme… La Société canadienne de pédiatrie signale par ailleurs une corrélation entre le vapotage de nicotine et de cannabis et des problèmes de santé mentale tels que la dépression et les idées suicidaires. Enfin, la communauté médicale craint un effet cardiovasculaire à long terme.

« Il y a effectivement moins de produits toxiques dans une bouffée prise d’une vapoteuse que dans celle d’une cigarette traditionnelle, qui dégage entre autres beaucoup de goudron, concède Nicholas Chadi. Mais encore, cela dépend grandement du type de liquide à vapoter, du modèle de vapoteuse, de la technique d’inhalation et de la quantité consommée. »

Et c’est là que le bât blesse. Comme les gens pensent souvent que vapoter est moins dangereux que fumer, ils font moins attention à leur consommation. « Les jeunes, surtout, peuvent prendre beaucoup plus de bouffées avec une vapoteuse. Et s’ils vapotent une capsule de liquide complète, par exemple, cela peut équivaloir à quelque 20 à 25 cigarettes, même avec les nouvelles limites de concentration de nicotine », avertit le pédiatre, qui croit fermement à l’importance de réglementer ces produits arrivés sur le marché sans trop de contrôles. Il suggère ainsi aux parents de discuter avec leurs jeunes des risques liés au vapotage et aux aérosols secondaires, en faisant le parallèle avec la cigarette traditionnelle et la fumée secondaire.

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Mon dieu quel article deplorable. Il serait grand temps que les journalistes fassent leur travail de façon convenable et professionnelle.
Renseignez vous! Elargissez vos sources, en faisant attention à leurs influences et conflits d’intérêts avec les différents lobbys! Vous devriez avoir honte de sortir des articles pareils en 2021!

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