Venise, les pieds dans l’eau

Notre collaborateur Alain Vadeboncœur est parti en voyage à Venise. Enfoncé jusqu’aux genoux dans le réel de l’illustre cité italienne, il expérimente à sa façon les dérèglements climatiques. Visite guidée.

Photos : Alain Vadeboncoeur

Les coureurs luttaient difficilement contre le vent. La plupart marchaient, remontant de Mestre vers Venise, pour finir leur marathon. La fine pluie n’aidait pas. Mais ils n’étaient pas au bout de leurs peines : à Venise, ils ont terminé leur course dans l’eau.

Un peu plus et ce marathon se transformait en triathlon. Mais ça aurait pu être pire : si le marathon avait eu lieu aujourd’hui (lundi), il aurait probablement dû être annulé. Avec un pic à 156 cm au-dessus du niveau de la mer vers 14 h, c’était la quatrième plus haute marée de l’histoire récente de Venise (le record absolu date de 1966 avec 194 cm).

Notre voisine dans l’avion menant de Bruxelles à Venise nous avait avertis : préparez-vous à de grandes marées à votre arrivée. Elle nous a même conseillé une application qui permet de suivre d’heure en heure la montée des eaux. J’ai pris cela avec un grain de sel, vous savez comment les gens en rajoutent parfois.

Pourtant, même dimanche, alors que l’eau était à 115 cm au-dessus du niveau de la mer, nous avons bien failli ne pas pouvoir nous rendre à notre appartement. Après avoir pris la navette de l’aéroport conduisant au terminal à Venise, il fallait prendre le vaporetto.

Or, on était sur le point de fermer la ligne conduisant à la station Rialto, juste à côté du célèbre pont, d’où nous devions marcher une dizaine de minutes. Heureusement, nous avons pu embarquer.

Tout en admirant le magnifique Grand Canal et ses palais, nous avons commencé à ressentir un peu d’appréhension. En effet, plusieurs des rues attenantes étaient inondées. En arrivant à la station Rialto, nous avons constaté qu’il faudrait probablement marcher dans l’eau pour nous rendre plus loin.

Nous avons donc fait comme tout le monde, et nous sommes procuré des petites bottes en vinyle un peu cheap. Heureusement, comme nous n’avions qu’une grosse valise et mon sac à dos, j’ai pu les porter assez facilement sans trop les mouiller.

Nous nous sommes ainsi rendus jusqu’à notre appartement, situé dans le quartier de Castello, sans trop de problèmes. J’ai tout de suite téléchargé l’application suggérée par notre amie italienne. On y montre en temps réel les montées et les descentes de marées, avec le nombre de centimètres qui permet à peu près de se faire une idée de la gravité de la situation. Et de toute évidence, lundi, ça ne serait pas jojo.

En après-midi, j’ai donc décidé d’aller faire un petit tour. Ma femme est restée plus sagement à l’appartement, ce n’est pas trop son genre de patauger. Avant même de mettre le pied dehors, j’ai compris que ça serait bien pire que le jour précédent. En effet, dans l’entrée, de l’eau avait déjà traversé la porte, environ 10 cm. Ce n’est sûrement pas cela qui allait m’arrêter. Par contre, une fois sorti, j’en avais presque jusqu’aux genoux.

Et ça sera comme ça jusqu’à mon retour. Dans certaines zones, mieux vaut éviter de tenter le passage, puisque l’eau monte jusqu’au milieu de la cuisse. Dans d’autres, on peut marcher à sec. Évidemment, avec toute cette eau, on oublie celle qui nous tombe sur la tête, parce que c’est journée de tempête dans tout le nord de l’Italie. On entend ici et là différentes sonneries, des systèmes d’alarme déclenchés ou bien des alertes comme celles dont nous a parlé notre voisine d’avion.

Les Vénitiens sont mieux équipés que moi avec leurs longues bottes en caoutchouc et ne semblent pas vraiment s’en faire.

Quant aux touristes, certains font peine à voir. Comme celui-là, avec ses deux énormes valises, qui vient tout juste d’arriver de l’aéroport. Étant donné que sa valise métallique est légèrement plus étanche, il s’en sert comme radeau pour porter l’autre. Pour un couple venu de France, c’est un peu plus compliqué : un bébé sur le dos, un jeune enfant porté par l’autre parent, la troisième qui marche, il s’agit de ne pas tomber à la flotte.

Mais tout ça n’est rien. Ce sont plutôt les Vénitiens qu’il faut plaindre. Notamment, tous ceux et celles qui possèdent ces commerces, la plupart inondés. On voit ici des souliers de marque flotter. Ailleurs, c’est le bas des robes qui absorbe l’eau. Bien sûr, tout le monde a pris ses précautions, et il n’y a plus de marchandise à ras de terre.

La majorité ont installé des barrières à leurs portes, plus ou moins efficaces, de même que des pompes pour tenter de ramener l’eau à l’extérieur. Certains planchers sont surélevés de manière à éviter le pire. Lorsque tout cela fonctionne, assez peu d’eau pénètre à l’intérieur. Dans d’autres cas, le niveau est égal en dehors et en dedans, de sorte qu’il ne sert plus à grand-chose d’essayer de sauver les meubles.

Dans certains cafés, on semble bien s’accommoder de la situation, puisque les clients sont là, soit les deux pieds dans l’eau, soit juchés sur des tabourets plus hauts. On sert donc des repas au milieu de la flotte. Mieux vaut continuer à vivre, ce qui permet d’oublier un peu les pertes et les difficultés liées à cette super marée. À voir la mine déconfite de plusieurs, je comprends que ça ne sera pas facile. On raconte perdre beaucoup d’argent aussi, alors que pour d’autres, c’est plutôt le dépit de devoir subir cela périodiquement.

J’ai bien tenté de me rendre jusqu’à la place Saint-Marc, mais l’eau était trop haute, je considérais qu’avoir de l’eau à hauteur des genoux était suffisant. Sans compter que de marcher deux kilomètres ainsi n’est pas évident. Je me suis dit que les prochaines décennies ne seraient pas non plus de tout repos pour tout ce monde.

Alors qu’on annonce une hausse graduelle du niveau de la mer jusqu’à la fin du siècle, je n’ose pas trop imaginer ce qui arrivera à ce joyau qu’est Venise. Nul doute qu’une bonne partie de cette merveilleuse ville sera sérieusement menacée. Et elle n’est pas seule, un grand nombre de sites historiques autour de la Méditerranée subiront le même sort.

S’il me fallait une autre bonne raison pour me conscientiser aux changements climatiques, elle m’est apparue aujourd’hui, alors que j’avais les deux pieds dans l’eau et que j’étais enfoncé jusqu’aux genoux dans le réel de Venise.

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23 commentaires
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Votre récit était fort intéressant jusqu’à ce que vous gâchiez tout dans les deux derniers paragraphes. Venise connait des inondations depuis des siècles. Rien de nous sous le soleil. Rien à voir avec le délire environnemental actuel qui associe le moindre événement de météo inhabituel à leur théorie obsessionnelle des changements climatiques causés par l’abus de pétrole dans nos chars.

Je parle de la hausse prévue du niveau de l’eau, elle-même liée à ces changements. Vous pouvez bien ne pas « croire » à la responsabilité humaine (qui fait consensus) sur ce phénomène, la montée à venir des eaux est tout aussi bien appuyée. Je prends le temps de vous répondre… parce qu’il est à nouveau impossible de sortir ce soir.

Comme vous avez raison du moins en partie.

Je me souviens que lors d’une des multiples vagues de froid que nous avons vécues l’hiver dernier (on a frôlé des records!) plusieurs de ces activistes environnementaux attribuaient la dite vague au…réchauffement climatique…!!! Et il y allaient de leurs invraisemblables théories vaseuses histoire de sauver la face et d’appuyer leurs dires.

Il serait peut-être bon que certains extrémistes verts prennent un peu de recul et fassent preuve de plus de retenue car ils nuisent plus souvent à la cause qu’ils veulent défendre.

@Vadeboncoeur
C’était pire en 1966. A l’époque, PERSONNE ne parlait des changements climatiques. Les inondations à Venise c’est comme les ouragans dans les Antilles ou le verglas au Québec: ca revient constamment. Rien à voir avec l’hystérie autour des changements climatiques
https://www.youtube.com/watch?v=DXj2o4NxHK8

Je pense que vous devriez le texte et ma réponse au lieu de vous obstiner seul. Je n’ai pas imputé aux changements climatiques cette inondation. Je parlais de l’avenir. Vous êtes bien entendu libre de ne pas comprendre une 3e fois. Bonne journée.

Eye! Réveillez, les extrémistes rouges ! Si vous n’êtes jamais allés à Venise, ou ailleurs sur l’Adriatique, en automne… je vous déconseille quand même d’y aller : ce n’est sûrement pas le bon moment d’aller visiter cette authentique « perle du nord de l’Italie ». J’ai eu 4 fois la chance de me rendre dans cette merveilleuse Cité… de moins en moins merveilleuse, hélas… Je n’irai probablement plus jamais là-bas, et certainement pas au beau milieu du mois d’octobre, comme j’y étais il y a 2 ans… J’en suis revenu avec une telle bronchite que, si les antibiotiques n’avaient pas existé, je ne serais probablement plus là aujourd’hui… Non, Venise n’est plus ce qu’elle était, il y a seulement quelques dizaines d’années… Conséquence de l’activité humaine ou pas, son destin est « bien mal parti », de toute façon. Au sujet de « l’activité humaine », et de toutes les conséquences du moteur à essence, etc… il ne faudrait tout de même pas se donner une importance illimitée : que peuvent vraiment changer les humains, si « les astres », à commencer par notre Soleil, oublient de prendre en considération notre orgueilleuse et prétentieuse destinée?… Il faut sans doute apprendre à dire Merci, quand les choses vont bien… et espérer bien fort que tout revienne à la normale, quand tout semble « foutre le camp »… Les « bottes de touristes », en vinyle, c’est chouette, mais pour la santé… pas sûr que ce soit très efficace…. Mieux vaut sans doute continuer à « rêver » à la « Venise qui fut », en la visitant sur Internet… On peut y apprécier bien plus de splendeurs que si on se rend sur place… même à bord d’un paquebot de croisière de 12 étages — au beau milieu de cette ville « sans voitures »… Quelle aberration ! et quel manque de jugement !

Venisr était magnifique et inspirante en 1980 et en 1987, les deux fois précédentes où j’y suis allé, et elle l’est toujours à mes yeux aujourd’hui.

@M.Vadeboncoeur

Je cite votre référence: « Seule Venise, également victime d’un enfoncement inexorable, a pris les devants et entrepris un chantier pharaonique baptisé Moïse. Il consiste à ériger 79 énormes digues mobiles à l’entrée de la lagune. Un chantier de 5,5 milliards d’euros qui n’est évidemment pas à la portée de tout le monde. »
Bref, Venise n’est pas menacée
https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/rechauffement-climatique-mediterranee-quasi-totalite-sites-unesco-menaces-rechauffement-climatique-73245/

Je me demande vraiment qu’est-ce que ça va prendre de plus pour que ceux qui ont le destin de la planète entre les mains prennent les mesures à la mesure de l’ampleur de tout ce qu’il se passe. Je ne peux croire qu’ils pensent s’en sortir plus que nous les quidams à leur merci, ces néo-capitalistes frénétiques réalisent-ils que Mars n’est pas encore prête à les recevoir.

Ce qui semble le plus abberant de votre chronique, c’est l’indifférence ou non la totale résilience de certains sur les photos, surement des de souches. Ces gens à la terrasse qui semble attendre un serveur homme grenouille sans grand tracas autres que…la lenteur du service pour assouvir leur soif les pieds dans la flotte.

Bonne vacance quand même

Ah ! Venise, quelle cité mythique et merveilleuse tout de même… même sous la pluie et sous les eaux. La ville de l’amour et des amoureux….

Blague à part, les gens ne perçoivent pas encore la pleine mesure des changements climatiques. Ce joyau du patrimoine mondial pourrait être menacé et vous faites bien de nous présenter votre propre expérience de la réalité.

Je vous souhaite de passer un bon séjour malgré les caprices de la météo.

Bonjour, merci beaucoup pour cet intéressant récit!
Toutefois, une relecture attentive aurait été de mise :
… parce que ses journées de tempête > parce que c’est journée de tempête
On attend au près ou loin différentes sonneries > On entend, tout près ou au loin, différentes sonneries
… marchandise un raz de terre > marchandise à ras de terre
… de manière évité le pire > de manière à éviter le pire
… fin du siècle en raison, je n’ose pas trop > en raison de quoi?

J’admire le Dr. Vadeboncoeur, mais j’espère qu’il s’est rendu à Venise pour son travail, et non pas pour ajouter au fléau de touristes dont les vénitiens ne veulent plus.

Je m’y suis rendu parce que j’adore l’Italie et en particulier cette ville. Notez que c’est la basse saison en tourisme.

Vraiment très intéressant et triste aussi, je garderai donc mes souvenirs de Venise d’il y a trente ans, fin août 1988, alors qu’il n’y avait qu’un peu d’eau sous la passerelle de bois à l’entrée de la cathédrale St-Marc. Et aussi les régates historiques inoubliables qui n’avaient lieu qu’au quatre ans à l’époque et sur lesquelles j’étais tombé par hasard en sortant d’un resto juste à côté du point de départ des gondoles d’apparat et des personnages costumés spectaculairement.

Par contre, il faut bien admettre que changements climatiques ou pas, il y a eu et il y aura toujours des épisodes hors normes, comme celui de 1966 à Venise, ou encore notre grand verglas de 1998… Enfin, comme vous avez du temps libre, je vous suggère de relire votre texte et de corriger les nombreuses coquilles qui s’y trouvent, cela rendrait sa lecture encore plus agréable et utile… 😉 Merci encore.

C’est la difficulté d’écrire un texte au cellulaire. Mais je pense qu’elles ont été corrigées.

Ce genre d’articles me fâche! Si c’est ce que ça prend pour que les gens se réveillent!!! C’est toujours les situations extrêmes qui provoquent des réactions.

Personnellement, je n’ai pas eu besoin de ce genre de choses pour être conscientisée. Faut croire que pour plusieurs, la société de consommation et l’incapacité d’évaluer les vraies priorités sont trop importantes. Les voitures énergivores, la surconsommation dans tous les domaines, une grosse maison dont on a de la difficulté à habiter toutes les pièces, jeter ce qui pourrait servir à d’autres, ne sont que quelques comportements qu’il faut changer. Avoir simplement une conscience sociale. J’espère que cela parle à certains…

Lâcher la notion de changement climatique dans ce contexte. Venise à toujours connu des épisodes d’inondations. Une ville construite sur l’eau est sujet à cette problématique. Oui une augmentation du niveau peu avoir une influence. Ne pas oublier aussi que la ville est prévu s’enfoncer de 8cm d’ici les prochaines années. Donc différents facteurs font en sorte que la ville est à risque.

Je n’ai pas écrit que les changement climatiques expliquaient cette marée, mais bien que la montée des eaux futures (liée aux changements climatiques) mettait à risque Venise.

À notre François 1: Je pensais que vos errements se limitaient à la politique québécoise et à votre admiration sans bornes du PLQ. Mais là, vous dépassez les bornes. Prendre l’exemple d’un seul hiver comme référence pour appuyer votre argumentaire comme contre discours sur le réchauffement climatique montre bien une fois de plus la légèreté de vos propos. C’est toujours très drôle de vous lire…

Je ne peux m’empêcher de me rappeler cette « battuta » (one-liner) d’une comédie à l’italienne avec Nino Manfredi vue à la télévision (Radio-Canada ou TVA) du temps où le monde extérieur autre qu’américain n’était pas encore bloqué, sur le marché francophone, par la clause « domestic market » et le zonage prophylactique des DVD.

‘NU DE FEMME’ (1981) n’est vraiment pas la meilleure comédie à l’italienne que j’ai vue, mais peu importe. Ça se passe à Venise. Un des personnages traverse une rue et, se penchant, avise quelque chose près de sa chaussure. « Eh, dit-il, il y a encore plus de rats dans les rues de Venise que dans tous les films de Mickey Mouse ! »