Vers une nouvelle crise des urgences – malgré les 100 millions $ du ministre Barrette (1/3)

Ces sommes permettront peut-être, durant un certain temps, de libérer des lits d’hospitalisation pour des patients à l’urgence. Mais cela ne règlera pas le problème des effectifs médicaux, voire de la pratique de la médecine d’urgence elle-même.

Photo: Jacques Boissinot/PC
Photo: Jacques Boissinot/PC

L’engorgement chronique (on pourrait dire « classique ») des urgences québécoises, surtout dans la grande région de Montréal, ne date pas d’hier. Ni les plans pour en sortir, d’ailleurs. En 1986, la ministre de la Santé Thérèse Lavoie-Roux annonçait déjà un investissement de 476 millions sur cinq ans pour désengorger les urgences, à la suite de la publication d’une première étude complète sur la question.

Les constats d’aujourd’hui sont d’ailleurs un peu similaires : trop de patients, surtout des personnes âgées, séjournent longtemps sur les civières des urgences, le coeur du problème étant un accès difficile aux lits d’hospitalisation, trop souvent occupés par des patients ayant terminé leur épisode de soins « aigus », mais qu’on ne peut diriger vers d’autres ressources… faute d’en avoir.

Si les 100 millions annoncés par le ministre Gaétan Barrette constituent une bonne nouvelle, puisqu’ils ciblent la question des ressources en lits de CHSLD, en ressources intermédiaires et en soins à domicile, il n’est toutefois pas clair qu’il s’agit bien d’argent frais, comme je le soulignais récemment.


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Certains affirment qu’on remet simplement de l’argent auparavant coupé dans les CHSLD, même si le ministre affirme qu’on n’a jamais diminué les services. Avoir un portrait au net de la situation sur quelques années, afin de mieux comprendre d’où on part et où l’on s’en va, notamment en termes de lits, serait fort utile – mais en politique, le message ponctuel prime souvent sur une présentation plus approfondie.

Cela permettra peut-être, durant un certain temps, de libérer des lits d’hospitalisation pour des patients à l’urgence et c’est tant mieux. C’est d’ailleurs généralement ce qui se passe à chaque année, à la pointe de l’hiver, durant la « saison de la grippe », où des fonds sont souvent débloqués, justement pour « vider les urgences ». Alors tant mieux si on anticipe la grippe cette année, mais reste à voir quels seront les effets à long terme.

Mais au-delà de l’annonce des 100 millions de dollars du ministre, une nouvelle crise des urgences pourrait toutefois se préparer : celle des effectifs médicaux, voire de la pratique de la médecine d’urgence elle-même.

Pour la première fois en trois décennies, on risque en effet d’assister à un réel déclin de l’expertise et de la médecine d’urgence, notamment parce que les médecins qui souhaitent s’y consacrer trouvent difficilement des lieux pour la pratiquer, en raison des changements apportés dans les règles de recrutement. Je vous en reparle dans mes deux prochains billets sur la question.


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Alain Vadeboncœur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal.

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Un autre show de boucane du ministre Barrette.
Quelle pitié.
La population continue à attendre des heures aux urgences.

…et continuera d’attendre encore longtemps quelque soit le parti au pouvoir ou le ministre de la Santé en poste. Ni Barrette, ni qui que ce soit d’autre n’y pourront rien.

Ça s’appelle le vieillissement de la population et le Québec est le deuxième endroit au MONDE, après le Japon, où ce phénomène est particulièrement présent.

Merci au rejet des valeurs religieuses qui firent rejetées d’emblée au début de la révolution tranquille.

Les valeurs religieuses? Je ne vois pas trop où vous allez avec cela. Pour ce qui est du vieillissement, ce n’est pas noir ou blanc, bien entendu. Au Canada, ça ressemble pas mal à ce qui se vit au Québec.

L’évolution démographique du Québec (le revanche des berceaux) a frappé un mur à partir de la Révolution tranquille et c’est étrangement à la même période que l’on a refusé net les enseignements de l’Église catholique qui favorisait les familles nombreuses et la lutte à l’avortement. Aurions-nous les mêmes problèmes de dénatalité québécoise des « de souche » aujourd’hui si l’on avait plutôt accepté de prolonger ces enseignements qui, soit dit en passant, ont fortement contribué à sauver notre nation dans les siècles passés? Manifestement non.

Vous dites que le vieillissement de la population n’est pas clair (noir sur blanc), pourtant, toutes les statistiques nous le confirment. Mis à part le Japon, nous sommes AU QUÉBEC l’endroit où ce vieillissement de la population est le plus présent AU MONDE!!! D’où notre nécessaire appel à l’aide (immigration) aux autres populations dans le monde.

Bien entendu, la population vieillit. Ce qui n’est pas « noir sur blanc », c’est l’ampleur de ce vieillissement comparatif au Québec vs au Canada. C’est une question de degré, assez mineur d’ailleurs.

……….le Québec est le deuxième endroit au MONDE, après le Japon, où ce phénomène est particulièrement présent.

Si on allait voir au Japon comment ils s,en sortent………….

Quand on est vraiment malade, on attend peu… L’offre de premiere ligne s’améliore, les gens doivent l’utiliser au lieu d’aller vers les urgences pour des problemes chroniques ou semi-urgents

Le fait est qu’on est présentement à l’aube d’un tsunami démographique qui va submerger le réseau de la santé. La vague des ‘baby-boomers’ qui entrent dans le troisième âge va exiger l’investissement de sommes immenses en ressources d’hébergement, physiques et humaines. Le MSSS est parfaitement au courant de cette situation, mais nos politiciens vont possiblement attendre que la situation devienne dramatique pour bouger, un peu comme les viaducs qui se sont écroulés. En attendant « l’apocalypse», on met des plasters sur le bobo.

Pour le ministre Barrette, il n’y a de situation d’urgence médicale que si c’est lui qui en vit une … et lui va au privé pour se faire soigner …

Monsieur Vadboncoeur. Depuis que les médecins ont appris qu’ils n’auraient pas leurs bonbons à coup de 100,000$ immédiatement et ce malgré les privilèges fiscaux qui leurs sont accordés, ce n’est jamais assez pour eux, ils font carrément de l’obstruction systématique. De fait les dernières données du Ministère de la Santé, dont les données proviennent de la RAMQ, il y eut une diminution de 23% et 28% des actes médicaux dans deux régions administratives importantes. Les autres sont moindres mais il n’y en a aucune en dessous de 17%.

Cette guerre nocive de vouloir conserver le renouvellement des médicaments qui pourrait être fait par une infirmière détenant un Bacc est totalement ridicule, le rapport indique que 71% des actes médicales en CLSC et cliniques privées ne sont que pour des renouvellements. Il est cependant impératif de considérer certaines limites pour certains médicaments dits « contrôlés » notamment les opiacés qui demeureraient entre les mains des médecins.

Hors tous les renouvellements de médicaments « pris à vie » par les bénéficiaires devraient être laissés aux infirmières. Seul les bénéficiaires qui demandent un changement de posologie ou ont besoin d’un nouveau médicament devraient être référés aux médecins. Chaque patient devrait cependant être vu dans tous les cas au moins une fois par année par un médecin en terme de médication.

Les médecins devraient faire de la médecine et non se remplir les poches pour servir de « distributrice à médicament. Il est grand temps que cela change, le Québec est en retard de plus de 20 ans dans l’administration des actes, je peux vous en dire long car j’ai travaillé et demeuré le deux tiers de ma vie à l’étranger.

Il y a des personnes qui ont des valeurs et celles qui ont un prix. Les médecins ne semblent pas comprendre qu’ils ont pu obtenir leurs diplôme grace aux deniers publics dont 98.2% proviennent des impôts de ceux et celles dont ils ont le devoir d’aider. Ce nombre de médecins est en hausse depuis trois décennies et a vraiment atteint leur paroxisme depuis des années.

Dans les derniers rapports de la RAMQ nous y découvrons que plus de 63% des patients inscrits au registre ne consultent jamais ou ont consulté qu’une seule fois. Il est donc facile pour les médecins de déclarer s’occuper de plus de 1,000 patients, ils oublient que le deux tiers de ceux-ci ne vont jamais les consulter. C’est carrément abrutissant. Va t’il falloir que le Ministère sévice pour que les médecins finissent par comprendre, quoique malheureux comme solution, si c’est la seule qui convienne et bien le Ministère peut aller de l’avant, les citoyens ont droits à autre chose que des railleries et du braillage infantile de personnes qui se disent adulte et professionnel.

Monsieur Wentworth, vous dites beaucoup de choses, dont certaines ont un rapport plutôt lointain avec le sujet, mais je vais tout de même y répondre.

Je serais bien curieux de voir vos chiffres de réductions des activités de 23% et 28% de même que les sources, afin de pouvoir les interpréter.

Ainsi donc 71% des visites ne sont que pour une renouvellement. J’aimerais connaître votre source. Il est facile de mettre une référence. Permettez-moi d’en douter. Que les médicaments soient renouvelés à l’occasion d’une visite médicale est bien différent de planifier une visite uniquement pour renouveler. Quant aux infirmières, je suis bien d’accord qu’elles doivent prendre plus de place… mais encore faut-il en former assez.

Pour ce qui est du nombre de médecins, la paroxysme que vous décrivez est un peu hyperbolique. Nous avons un peu plus de médecins qu’au Canada, mais beaucoup moins (2.6 / 1000 vs 3.3) que le France et beaucoup moins (4.1 / 1000) que l’Allemagne. Notre immense « surplus » de médecins est donc bien relatif à un contexte particulier, celui de l’Amérique du nord (et certains pays, comme la Grande-Bretagne.

Pour ce qui est des patients du registre…. j’aimerais encore une fois connaître vos sources, mais il est évident que ceux qui y sont inscrits sont moins malades… parce qu’ils ne sont pas suivis par des médecins. Je rappelle que la vaste majorité des malades chroniques et des personnes âgées sont, eux, bel et bien suivis par des médecins.

Mais bon, nous parlions ici de médecine d’urgence, surtout. Par ailleurs, je vous suggère de citer vos sources et de ne pas tirer de conclusions exagérées sans avoir bien examiné les différentes facettes de ces questions complexes.

Au plaisir d’échanger avec vous.

Monsieur Vadboncoeur

Je cite manifestement la source principale des données qui ne peuvent parvenir que de la RAMQ qui payent tous les actes médicaux. Je suis avec attention, depuis une bonne décennie, ces données qui se sont développées depuis lors pour faire la démonstration la plus juste que possible des embûches que pose un système qui depuis deux décennies va de réforme en réforme.

Contrairement à ce que vous croyez j’ai tenu compte que des homnipraticiens d’une part et des médecins de toutes pratiques dits de première ligne, soit aux urgences, les CLSC et cliniques médicales d’autre part.

Je vous indiquerai les ISBN de l’ensemble des mémoires et rapports dont il est question mais devrai attendre environ une semaine afin d’en obtenir la liste que je vous ferai parvenir par courrier électronique puisque pour car il s’agit de nombreux rapports contenant une masse considérable de données où il n’y a aucune possibilité d’interprétation.

Lorsque l’on parle d’un registre tel que celui de la RAMQ, il s’agit de l’ensemble des personnes détenant un carte d’assurance maladie et non d’une partie de ce registre afin de pouvoir démontrer ce que l’on veut en trichant la base même de ces données.

Les rapports ne sont pas tous disponibles sur internet sous version grand-poublic, plusieurs dont dédiés à des chercheurs notamment des universités et autres. Vous devez écrire une lettre et mentionné les raisons de votre demande pour certains.

En ce qui a trait aux 71% d’actes dits « de renouvellement de médication » il s’agit du rapport de 2012, il semble selon le rapport annuel de 2015 que suite à la demande du Ministère que les médecins octroient des prescription qu’au delà de trois mois, ce qui était loin d’être la pratique lors rapport de 2012, état de la compilation de la RAMQ. Certains rapports exigent des déboursés je n’ai donc pas les données depuis mais attend que celui pour 2016 soit disponible pour aller le consulter sur place aux bureaux de la RAMQ.

Lorsque vous dites « Que les médicaments soient renouvelés à l’occasion d’une visite médicale est bien différent de planifier une visite uniquement pour renouveler », je m’apperçois que vous avez mal interprété le texte dans son ensemble.

La RAMQ ne compile pas les actes des « médecins de famille » qui exige une visite mais produit des statistique sur le bassin complet du nombre de renouvellement qu’ils soient prescrits lors d’une visite sur demande ou aux « sans rendez-vous ».

La très grande majorité de mes médicaments me sont transmis pour une année complète, incluant opiacés et ce n’est que parce que j’ai fait plainte directement au bureau du Ministre Barette pour les obtenir au lieu d’occuper durant 4 à 8 heures pour des renouvellements aux trois mois, les urgences que nous connaissons comme étant surabondées depuis des années, qu’elles soit en milieu hospitalier, CLSC ou autre. Il était grandement temps que je sorte de ces incubateurs à micorbes que pour obtenir une prescription de médicament.

C’est bien pour les médecins de faire « chic chic » de quatre à six fois par années que pour des renouvellement mais notre système de santé ne peut plus compenser pour des actes que je considère de « quasi-médicaux ».

Vous êtes urgentologue à l’Institut de cardiologie de Montréal, où, vous conviendrez que votre clientèle est fortE différente des hôpitaux généraux, des CLSC et cliniques d’unité familiale ou privée. Il est convenable de croire que les services rendues à l’urgence de l’Institut soit carrément différente compte tenue de sa spécialisation.

Merci et bonne journée

Addendum
Je voudrais préciser que les rapports d’exercice de la RAMQ sont ceux des années 2015-2016 disponibles à chaque semestre.

La problématique du ministère de la santé est incommensurable !! En effet c’ est pas la première fois qu’ on nomme un médecin au ministère du caffouilli canti administratif de ce ministère! Par contre je dois admirer le Dr Barette pour sa tenacité et son leadership comme ADMINISTRATEUR du plus gros budget de la province ! Il a M. Vadeboncoeur pas mal plus d’ expérience que la plupart des dizaines de ministres qui ont essayés de faire VIRER le paquebot !
1- Il a dû négocier avec les principaux artisans ( employés de l’ état ) c’ est à dire nos médecins à la limite syndiqués qui préfèrent s’ appeler travailleurs autonomes donc toutes les conditions idéales!

2- Les infirmières qui subissent depuis des années les sautes d’ humeur de ces médecins !

3- Du personnel médical proche qui n’ en revient pas des concessions accordées à ces chers médecins

4- Et finalement de tous le personnel d’ hopitaux et autres qui ne cessent d’ exiger des ressources financières et humaines !
Si vous regardez cela de proche; tous les intervenants dans le domaine de la santé ne pensent pas RÉELLEMENT aux malades!

Pour le ministre sa politique est contestée ( et normalement toutes les politiques sont contestées ) par le monde syndical y compris les médecins !
Que faire; se débattre comme un diable dans l’ eau bénite ou bien prendre le taureau par les cornes! C’ est à dire expliquer à tous les intervenants de la santé qu’ il faut faire un VIRAGE inconditionnel vers bun OBJECTIF commun ; c’ est à dire la santé de nos citoyens jusqu’ à la mort! Donc les solutions ne sont pas simples mais très apparentes et réalisables !! Une RÉORGANISATION imminente de la MAIN-D’OEUVRE dans ce secteur médical pour donner du SERVICE à la population qui PAYE pour cela ! Des solutions ils y en a ; mais ce serait s’ attaquer au MODÈLE québecois !

Mieux vaut être pauvre et en santé que riche et malade ! NOUS SOMMES PAUVRES ET MALADES !!!!!!!!!!!!!

Vous mettez beaucoup de points d’exclamations et de majuscules, mais bon. Ce que vous dites, finalement, c’est que le ministre peut faire n’importe quoi du moment qu’il brasse la cage. J’aimerais mieux entendre des arguments en lien avec les questions soulevées dans mes 3 textes sur les urgences. Ça permettait d’étoffer la discussion.

Barette est un représentant syndical avant tout…en date d’aujourdhui, qui a profité de son entrée en politique a part les médecins