Virulent, contagieux ou dévastateur ?

Un virus peu contagieux et peu virulent est-il peu dangereux pour la population ? Le gros bon sens nous dit que oui, mais ce n’est pas si simple.

Un virus peu contagieux et peu virulent est-il peu dangereux pour la population ? Le gros bon sens nous dit que oui, mais ce n’est pas si simple. 

Le taux de reproduction Ro est une des principaux indicateurs utilisés par les épidémiologistes pour qualifier la contagiosité d’une maladie, et donc son potentiel épidémique. Il donne le nombre moyen de personnes infectées par contact avec une personne malade, en l’absence d’un vaccin. S’il est inférieur à 1, la maladie ne peut pas se répandre. S’il est très grand, elle peut se diffuser comme une traînée de poudre.

Selon les premières analyses, A(H1N1) aurait un taux Ro d’environ 1,5 à 2, considéré comme assez bas. En comparaison, le Ro de la rougeole est de 12 à 18, celui de la variole de 5 à 7. Le taux de reproduction du SRAS est estimé à 2 à 5, tout comme celui du VIH. La grippe espagnole n’était pas très contagieuse, avec un Ro de 1,2 à 2.

L’impact d’une épidémie dépend aussi de la virulence du virus, c’est-à-dire de sa propension à donner une maladie grave. Le virus du banal rhume est peu virulent, mais très contagieux, alors que certaines méningites sont très virulentes mais peu contagieuses. Tout comme, semble-t-il,  le virus H5N1 de la grippe aviaire, qui tue près de la moitié des gens qui l’attrapent.

Les maladies peu contagieuses provoquent-elles des épidémies moins graves ? Rien n’est moins sûr, car il faut considérer le phénomène sur la durée. Une maladie peu contagieuse se propage plus lentement, certes, mais elle peut finir par faire plus de victimes qu’une autre vite transmise vite oubliée. Les analyses des épidémies passées montrent que c’est souvent ce qui se produit.

Un vaccin peut endiguer une épidémie. S’il est jugé vraiment souhaitable, ce qui n’a rien d’évident non plus. Pour le savoir, on doit estimer sérieusement les coûts et bénéfices qu’il apporterait comparé à d’autres mesures de santé publique, sans céder à la panique.

Évidemment, une maladie peu virulente qui s’éternise est beaucoup moins spectaculaire à suivre pour les médias, même si elle peut tuer plus de gens.

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