Vive les logiciels libres!

Cessons de vider nos poches pour acheter des droits sur des logiciels qui ne nous appartiennent pas. L’État français l’a compris, lui, et fait d’importantes économies! Qu’est-ce que le Québec attend!

Il y a deux façons de « vivre » l’informatique aujourd’hui. La première : en utilisant des logiciels propriétaires, c’est-à-dire des programmes dont le code source (la « recette ») et la formule d’enregistrement des documents sont secrets — comme la composition du Coca-Cola. Contrairement à ce que l’on entend habituellement, quand un consommateur sort de l’argent pour se procurer un logiciel, il n’achète pas ce logiciel, mais uniquement un droit d’utilisation défini dans une licence… que personne ne lit, mais qui comporte toujours de nombreuses restrictions imposées par l’éditeur. Ce dernier décide en outre de la vie et de la mort de ses produits ainsi que… de leur prix.

La deuxième façon consiste à utiliser des logiciels libres, dont le code source est public et qui sont — incroyable mais vrai ! — presque tous gratuits. Corollaire ? On peut copier ces logiciels, les distribuer et les installer sur un nombre infini d’ordinateurs. Au diable l’interdiction d’installer un logiciel sur plus d’un appareil ! Au diable l’obligation d’enregistrer le produit, puis d’en acheter un nouveau parce que l’éditeur délaisse celui qu’on a déjà au profit d’une version plus récente… qu’il faut payer, évidemment !

Avec les logiciels libres, il n’y a plus de frontière entre riches et pauvres, entre le Nord et le Sud. Mieux : parce que le code source est public, des entreprises de partout dans le monde — donc, des entreprises locales — peuvent offrir des services et du soutien aux utilisateurs. Autre avantage : les entreprises, les États et même les particuliers peuvent modifier ces logiciels pour les adapter à leurs besoins. Quant aux étudiants en informatique, ils peuvent plonger au cœur des programmes pour les connaître et, éventuellement, les améliorer ou les modifier afin de les adapter à des exigences précises. C’est bien mieux que de simplement apprendre à les configurer !

Quel modèle les États québécois et canadien préfèrent-ils ? Le modèle propriétaire ! Pour toutes sortes de raisons… Historiques, d’abord, car le principal éditeur de logiciels propriétaires, Microsoft, a su occuper le terrain dès 1995 grâce, entre autres, à sa suite bureautique Office, qui comprend principalement un traitement de texte (Word), un tableur (Excel) et un logiciel de présentation (PowerPoint). Le taux de pénétration de cette suite est tel que WordPerfect, l’ancien roi du traitement de texte, a presque été acculé à la disparition.

Raisons pratiques, ensuite : il est plus facile d’employer un instrument connu que d’apprendre à en utiliser un autre. Le passage à de nouveaux logiciels entraîne toujours des coûts (il faut souvent traduire certains éléments dans un autre langage informatique, former les utilisateurs, etc.).

Le hic, c’est que les coûts sont encore plus élevés si l’on continue d’utiliser des logiciels propriétaires : à ceux des licences et de leur gestion (une opération complexe) s’ajoutent des coûts économiques, sociaux et culturels.

On comprendra la nature de ces coûts en prenant pour exemple ce qui arriverait si les administrations provinciales et canadienne cessaient d’utiliser la suite Office, de Microsoft, pour la remplacer par la suite gratuite OpenOffice. Sur une période de 10 ans, ce sont des centaines de millions de dollars qu’elles économiseraient et pourraient investir dans le développement d’OpenOffice.

Dans le seul cas du Québec, cela permettrait la création de dizaines d’emplois de première qualité liés à la programmation et au soutien technique. Sur le plan informatique, on passerait collectivement du stade de consommateur-payeur à celui de créateur !

À cela s’ajoute le fait que le Québec aurait la possibilité de mettre au point des variantes de la suite. Il pourrait y avoir une version allégée pour les enfants ; on serait à même d’annexer des lexiques dont l’essentiel serait tiré du Grand dictionnaire terminologique, qui compte des millions de mots. On pourrait également — sans devoir payer un cent ni demander la permission à qui que ce soit — intégrer des éléments intéressants créés dans d’autres provinces ou pays, car les ajouts aux logiciels libres sont, en vertu de la licence qui protège ces derniers, libres eux aussi.

Faut-il en dire plus ? En nous condamnant à n’utiliser que la suite de Microsoft, nous travaillons contre nos intérêts économiques : nous exportons des dollars et des emplois au lieu d’en créer ici ! Nous brimons notre développement culturel, parce que nous ne pouvons pas modifier à notre guise les instruments informatiques que nous utilisons. Nous sommes des locataires et non des propriétaires !

C’est cela, être colonisé : favoriser le développement des autres au détriment du sien. Curieusement, dans l’administration québécoise, des fonctionnaires se comportent en véritables zélotes des logiciels propriétaires, ne voulant rien entendre au sujet des logiciels libres. Pourtant, il y aurait de beaux exemples à suivre. En France, par exemple, l’Assemblée nationale a abandonné Windows et Microsoft Office au profit d’OpenOffice et du système d’exploitation Linux ; le ministère des Finances utilise plus de 150 logiciels libres et des centaines de serveurs de Linux. Ce système d’exploitation gratuit est costaud ; c’est sur lui que repose tout le moteur de recherche Google, qui compte des dizaines de milliers de serveurs !

Il est grandement temps que les hommes et femmes politiques du Québec — particulièrement la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget — sifflent la fin de la récréation et enclenchent le vrai virage technologique, celui qui conduit à l’autonomie et à la liberté.

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