Prendre soin des grossesses à risque à la maison

Les soins à domicile sont souvent proposés pour les aînés, mais les femmes qui vivent une grossesse à risque peuvent aussi en bénéficier, montrent des programmes conçus pour elles.

Mario Arango / Getty Images

Dans son Plan pour mettre en œuvre les changements nécessaires en santé, le ministre Christian Dubé propose un virage vers le soutien à domicile pour les aînés et les personnes vulnérables. Le gouvernement du Québec a d’ailleurs demandé au Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE) d’évaluer l’offre de service pour ce segment de la population.

Cependant, les soins à domicile peuvent aussi être pertinents dans plusieurs autres domaines de la médecine. Par exemple, la GAREDO, une initiative mise en place par l’équipe de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR) qui vise à assurer le suivi de certaines grossesses à risque élevé à domicile, montre le potentiel de cette approche pour les femmes enceintes. Il s’agit d’ailleurs du deuxième programme de ce genre à voir le jour, après celui offert par le CHU Sainte-Justine.

« Le réseau de la santé cherche des façons de faire pour joindre les patients, mais sans nécessairement passer par l’hôpital. On évite ainsi qu’ils se déplacent, tout en diminuant l’achalandage dans les centres hospitaliers », explique Christian Merciari, porte-parole du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, auquel est rattaché l’HMR. Selon lui, les services comme la GAREDO réduisent la pression sur le milieu hospitalier, qui est déjà très engorgé et qui doit composer avec un manque de personnel. En effet, il faut plusieurs travailleurs pour s’occuper d’un patient hospitalisé, ce qui n’est pas le cas si la personne est suivie à domicile.

Le cas des grossesses à risque élevé

Parmi les femmes enceintes suivies à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, il y a environ de 25 % à 30 % de grossesses à risque, d’après le Dr Laurent Henri Tordjman, médecin-obstétricien et responsable de la GAREDO. Un certain nombre de ces patientes doivent parfois être hospitalisées, comme celles aux prises avec un problème placentaire, une menace de travail préterme, un trouble hypertensif de grossesse ou une rupture des membranes amniotiques. De plus, la majorité des patientes que reçoit l’HMR viennent d’autres établissements, précise le Dr Tordjman. En effet, l’hôpital Maisonneuve-Rosemont est un centre spécialisé vers lequel sont dirigées des patientes d’établissements qui ne font pas de suivi de grossesse à risque. Ces femmes enceintes s’ajoutent donc aux patientes de l’HMR qui doivent recevoir le service. Toutefois, l’hôpital dispose de seulement huit lits pour les grossesses à risque élevé.

« On sait que, pour certaines pathologies, l’hospitalisation classique, qui consiste à rester dans un lit d’hôpital, ne garantit pas que la mère et le bébé s’en sortiront mieux que dans le cadre d’une surveillance à domicile, dit le spécialiste. Avec ce programme, notre objectif était donc de permettre aux patientes qui nécessitent une surveillance rapprochée et qui auraient normalement été hospitalisées de demeurer chez elles. »

Depuis la mise en place du programme en octobre 2021, les femmes qui ont besoin d’une surveillance accrue, mais dont l’état est stable peuvent être suivies chez elles. Selon le médecin, le service d’obstétrique peut ainsi suivre plus de femmes à risque, en ayant à la fois des patientes hospitalisées de façon classique et d’autres qui sont suivies à domicile parce que leur état est stable.

Des retombées positives

Le suivi offert à domicile est assez semblable à celui réalisé à l’hôpital, explique Stéfanie Blanchette, infirmière à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Le médecin de garde établit, selon le cas de la patiente, la fréquence des visites, qui peut varier de une visite par semaine à une tous les jours. Les infirmières évaluent alors les signes vitaux de la patiente et notent les symptômes qu’elle pourrait présenter. Elles déterminent ensuite l’état du bébé grâce à un appareil portatif qui permet de capter les battements du cœur fœtal et les contractions de l’utérus. Enfin, elles peuvent aussi effectuer des prélèvements, comme des prises de sang ou des cultures d’urine.

Mme Blanchette considère que la GAREDO a changé positivement sa pratique. « À l’hôpital, tout va très vite, remarque-t-elle. Avec le suivi à domicile, nous avons seulement une patiente à la fois. Nous avons donc le temps de discuter avec elle et de faire de l’accompagnement. C’est vraiment un contact privilégié. »

L’infirmière souligne également avoir reçu des commentaires positifs à propos du programme, dans un questionnaire confidentiel que les femmes enceintes remplissent lorsque leur suivi est terminé. Par exemple, elles se disent heureuses d’avoir pu se reposer à la maison, voir leurs proches et manger ce qu’elles aiment. Elles affirment aussi s’être senties en sécurité et rassurées d’avoir accès facilement à des professionnels de la santé connaissant bien leur dossier. D’ailleurs, selon Robert Maranda, responsable des relations avec les médias du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), les initiatives comme celle de l’HMR augmentent considérablement le sentiment de sécurité de la clientèle et favorisent une prise en charge par la patiente de son état de santé. C’est en effet ce qu’indiquent des données sur l’expérience des patientes provenant de discussions entre le MSSS et les établissements ayant mis en place des services similaires.

Le MSSS relève aussi d’autres effets positifs du programme : en plus d’aider la patiente et sa famille à s’adapter au suivi d’une grossesse à risque, il contribue notamment à une diminution des crises familiales engendrées par une hospitalisation de même qu’à une augmentation de la collaboration interprofessionnelle.

Élargir l’accès

Le Dr Tordjman aimerait maintenant accueillir de plus en plus de patientes dans le programme. « Au début, nous avons commencé avec des patientes qui étaient hospitalisées, raconte-t-il. Une fois qu’elles étaient stabilisées, on les sortait de l’hôpital. » L’équipe souhaiterait admettre directement dans la GAREDO les femmes qu’elle voit en consultation externe et dont l’état est préoccupant, plutôt que de les hospitaliser d’abord.

Le MSSS s’intéresse aussi au programme. « À terme, nous souhaitons avoir les données nécessaires tant sur l’efficacité et la pertinence des programmes pour les étendre dans les établissements ciblés », confirme M. Maranda. Cependant, le MSSS est encore à l’étape de la collecte de données. Il souligne par contre que des travaux sont en cours en partenariat avec l’Institut de la pertinence des actes médicaux (IPAM) pour aider les établissements qui le souhaitent à implanter la GAREDO.

L’équipe du Dr Tordjman a d’ailleurs été contactée pour optimiser la mise en place de ce suivi dans d’autres hôpitaux. « Les autres centres hospitaliers pourraient profiter de notre expérience sur le plan de la logistique », estime le médecin.

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