Voiture cherche voleur

En Colombie-Britannique, la police laisse traîner des véhicules piégés dans les rues… et arrête ceux qui font démarrer ces « appâts-mobiles » !

(Ill : Pishier)

Honda Civic rouge 1993 a un pneu avant écrasé contre le trottoir. De toute évidence, elle a été garée en vitesse. La portière n’est pas verrouillée, et sur le siège du passager, un objet métallique luit avec perversité. La clef. Yesss ! Pour un voleur, c’est le gros lot. L’homme se glisse dans l’habitacle et démarre.

Avec ses maisons proprettes et ses rhododendrons fleuris, la ville de Surrey, au sud de Vancouver, est une oasis pour banlieusards. Et pour les délinquants qui reluquent leurs bagnoles… Mais ceux-ci vivent des temps durs. Car un enquiquineur a emménagé dans le coin : l’Integrated Municipal Provincial Auto Crime Team (IMPACT), collectif de forces policières qui combat le vol d’automobiles.

L’homme à la Honda a moins de chance qu’il ne croit. Il vient de chiper un bait car, un «appât-mobile» destiné à piéger les filous. Sous son allure banale, le véhicule cache un capteur GPS, qui transmet sa position, sa direction et sa vitesse. Dès que quelqu’un a l’obligeance d’ouvrir la portière, une icône s’allume sur un écran du poste de police; le répartiteur peut éteindre le moteur à distance, désactiver la direction, couper la radio, voire klaxonner. Pouêt-pouêt ! Et même si le chapardeur échappe aux agents, ce qui arrive rarement, une microcaméra cachée dans l’habitacle enregistre toute l’action.

Les bandits apprécient peu cette quincaillerie de pointe, qui complique le business . « Ceux qui se font prendre doivent plaider coupables quand ils vont en cour, explique le sergent Gord Elias, chargé des relations publiques à IMPACT. Ils ne veulent pas que le juge voie le film où ils conduisent comme des fous pour échapper à la police. »

Le pire, c’est que les « appâts-mobiles » sont quasi indétectables. Le parc de véhicules évolue sans cesse. Marques, modèles, années, couleurs… Et la farce se joue dans plusieurs mises en scène (auto verrouillée ou non, avec ou sans clef, etc.) partout en ville.

Depuis la première capture, il y a cinq ans, le nombre de voitures volées a diminué de 38 % en Colombie-Britannique, passant de 25 600 en 2003 à 15 900 en 2007 !

Le Québec devrait-il appliquer cette méthode à succès ? Ici, le vol de voitures est répandu, grâce au crime organisé, et efficace, avec un bas taux de récupération des véhicules. Mais les services policiers ne se lancent pas. « Nous avons reçu un avis juridique défavorable aux bait cars, bien que le Code criminel soit le même au Québec qu’en Colombie-Britannique », dit Mélanie Paul, porte-parole de la Sûreté du Québec. Certains avocats voient dans ce programme une forme déloyale de piège à petits voleurs — souvent de jeunes hommes toxicomanes — cruellement soumis à la tentation.

« Mon job, c’est de faire comprendre aux criminels que nous resserrons le nœud autour de leur cou », reprend le sergent Elias avec un sourire carnassier.

IMPACT capture des truands. Mais aussi, il utilise la pub pour flanquer la frousse aux autres. Des interrogatoires révèlent que la crainte suprême des voleurs de voitures est de se faire mordre par un chien policier ? Il lance une offensive publicitaire mettant en vedette des bergers allemands, avec le slogan suivant : « Steal a car, get chewed » (volez une voiture et vous vous ferez mordre) !

En 2009, l’organisme équipera ses voitures d’un système audio et vidéo qui permettra aux policiers de voir en temps réel ce qui se passe dans l’habitacle. Mais c’est un autre gadget qui décidera sans doute les voleurs de voitures à se recycler. L’immobilisateur, ce bidule qui empêche le moteur de démarrer en l’absence de la clef à code (même quand un brigand tripote les fils), est obligatoire depuis septembre 2007 pour tous les véhicules neufs vendus au Canada. « Il y a de bonnes chances que d’ici 10 ou 15 ans le vol de voitures soit devenu si rare que nous n’ayons plus besoin d’IMPACT, croit Gord Elias. Ainsi soit-il. On se concentrera alors sur d’autres genres de crimes. »

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