Votre eau de baignade est-elle vraiment propre ?

Se baigner, c’est très bon pour la santé… à moins de tomber sur une eau contaminée par des microbes nuisibles ou des produits toxiques. Voici ce qu’il faut surveiller à la plage, à la piscine, dans les pataugeoires, les glissades d’eau et les spas.

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Problèmes dermatologiques, ophtalmiques, respiratoires ou digestifs, maux de tête : les maladies provoquées par une mauvaise qualité de l’eau de baignade peuvent se manifester de multiples manières, même lorsque l’on utilise des installations censées être bien surveillées et gérées. La plupart des éclosions liées aux activités aquatiques sont bénignes, mais elles peuvent s’avérer graves pour des gens plus fragiles comme de jeunes enfants, des aînés ou des personnes immunodéprimées.

Quels sont les risques et comment peut-on les réduire ? 

À la plage

Environ 150 plages gérées par des municipalités, des parcs ou des campings du Québec participent au programme de surveillance volontaire Environnement-Plage du ministère de l’Environnement et de la lutte contre les changements climatiques, qui implique de contrôler la qualité de l’eau au moins deux fois pendant l’été (au moins cinq fois pour les plages qui ont déjà été problématiques), de fermer les plages lorsqu’elles ne respectent pas certains critères et de signaler ces fermetures par des affichettes sur place et par communiqués. On peut vérifier sur le site les cotes des plages — classées par régions — avant de se rendre à l’une d’elles.

La dermatite du baigneur est le problème le plus souvent signalé en milieu naturel, selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Cette affection bénigne est due à de minuscules vers plats, les schistosomes, ou cercaires, qui parasitent le tube digestif d’oiseaux aquatiques, comme les canards, et se multiplient dans les escargots aquatiques. L’humain est un hôte accidentel : quand les cercaires, invisibles à l’œil nu, s’accrochent à la peau des baigneurs, elles font apparaître de petits boutons rouges qui, après quelques jours, donnent des cloques qui brûlent et piquent beaucoup. À part soulager les démangeaisons avec des produits tels que la calamine, il n’y a rien à faire, et l’affection passe généralement en une dizaine de jours. (La dermatite du baigneur n’a rien à voir avec la bilharziose, une maladie causée par des schistosomes vivant dans les eaux tropicales et subtropicales, qui doit être impérativement traitée et qui ferait, selon l’Organisation mondiale de la santé, de 20 000 à 200 000 morts par an.)

Le risque de dermatite est plus élevé sur les plages très fréquentées par les oiseaux aquatiques — où on devrait de toute façon éviter de se baigner, car ils peuvent polluer de bien d’autres manières — ainsi que dans les zones avec beaucoup de plantes aquatiques qu’apprécient les escargots. Les cercaires sont plus présentes de la fin juin à la fin août, mais les changements climatiques qui font se réchauffer l’eau et allongent la saison favorisent leur multiplication. Bien s’essuyer ou prendre une douche en sortant de l’eau diminue le risque.

Les gastroentérites et autres infections comme les otites touchent surtout les enfants qui mettent beaucoup leur tête sous l’eau. Les baigneurs en sont les premiers responsables, puisqu’elles sont causées par des micro-organismes d’origine fécale. Le risque est donc plus élevé sur les plages très fréquentées, surtout si celles-ci ne sont pas dotées d’assez d’installations sanitaires, ainsi que dans l’eau très peu profonde et stagnante. 

Ces micro-organismes peuvent aussi venir de l’eau des égouts ou de fosses septiques insuffisamment décontaminée avant son rejet dans des lacs ou des rivières, ou encore d’animaux sauvages, de chiens ou du bétail de fermes environnantes. Les risques sont souvent plus élevés dans les jours suivant de fortes pluies, mais pas toujours : tout dépend de la configuration de la plage. 

« Plusieurs plages, notamment à Montréal et à Québec, utilisent maintenant des modèles prédictifs qui leur permettent de publier des avis de fermeture avant que les taux de coliformes fécaux augmentent plutôt qu’une fois qu’une hausse a été détectée », précise la Dre Caroline Huot, médecin-conseil à la Direction de la santé environnementale, au travail et de la toxicologie de l’INSPQ.

Par ailleurs, dans un lac ou une rivière, évitez l’eau verte ou les endroits à proximité d’une zone où de l’écume verte s’est formée. Il s’agit probablement d’une fleur d’eau, c’est-à-dire une prolifération des fameuses cyanobactéries, ou algues bleu-vert, dont certaines espèces produisent des toxines pouvant causer gastroentérites, maux de tête, fièvre ou irritations de la peau. Les changements climatiques augmentent le risque d’apparition de fleurs d’eau.

À la piscine, dans les pataugeoires ou les parcs aquatiques

Au Québec, les exploitants publics ou privés de piscines, pataugeoires et parcs aquatiques doivent suivre un règlement provincial qui indique des normes à respecter pour la qualité de l’eau et les oblige à effectuer des contrôles réguliers ainsi qu’à tenir un registre de suivi. 

Les produits désinfectants tels que le chlore éliminent une grande partie des microbes qui pourraient se développer dans l’eau de ces installations. Certains y résistent toutefois assez bien, comme le papillomavirus, qui cause les verrues plantaires, et le cryptosporidium, un parasite de plus en plus présent dans notre environnement en raison des changements climatiques. Amené dans l’eau d’une piscine par un baigneur infecté, ce parasite peut s’y multiplier et entraîner des éclosions de gastroentérites généralement bénignes, mais dont les personnes immunodéprimées peuvent avoir beaucoup de mal à se débarrasser. Une personne touchée doit attendre au moins deux semaines après sa guérison avant de se baigner à nouveau, pour ne pas risquer de transmettre le parasite.

Dans l’eau, le chlore réagit avec les sécrétions humaines (sueur, urine, salive, sébum des cheveux…) et des produits comme les antisudorifiques ou la crème solaire pour former des sous-produits de désinfection (SPD) qui s’évaporent en partie et peuvent être très irritants dans les installations intérieures si la ventilation est inadéquate. Il est donc très important de respecter la consigne de prendre une douche avant de se baigner, pour éliminer la sueur et les autres précurseurs que l’on porte sur soi.

Les coliformes fécaux peuvent aussi se développer dans toutes ces installations si le dosage des produits désinfectants n’est pas suffisant ou que de gros dégâts (des selles qui flottent, eurk !) ne sont pas ramassés.

Au spa

Aux États-Unis, une analyse publiée par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) en 2021 a révélé que 70 % des éclosions de maladies survenues après des séances de baignade dans des installations où l’eau est traitée venaient de spas personnels ou gérés par des hôtels. Parce que l’eau y est chaude et souvent agitée, qu’on y respire juste au-dessus de la surface et que la densité de baigneurs peut y être élevée, les spas présentent des enjeux particuliers par rapport aux autres installations de baignade. Le principal risque, outre ceux des SPD et du cryptosporidium comme dans les piscines, vient des bactéries qui aiment l’eau chaude et colonisent les voies respiratoires, telles que Legionella spp et Pseudomonas aeruginosa, qui peuvent se multiplier si l’eau n’est assez traitée et causer de graves maladies. 

Les exploitants de spas doivent suivre le règlement provincial sur la qualité de l’eau des bassins artificiels. Ceux qui gèrent des installations bien connues sont probablement plus attentifs à ces règles, car ils auraient beaucoup à perdre si des problèmes survenaient. Un petit doute subsiste ? Estimer soi-même la qualité de l’eau est difficile, mais cela vaut la peine de surveiller certains indices, par exemple de l’eau trouble. Si la propreté des installations comme les vestiaires semble négligée, la qualité de l’eau l’est peut-être aussi. 

Une responsabilité individuelle

Vu qu’on ne sait pas à quel point les règles sur les inspections sont respectées — à part pour le programme Environnement-Plage, dont les résultats sont en ligne —, les baigneurs doivent être vigilants. Les plus récentes données de l’INSPQ font état de relativement peu d’éclosions : 511 personnes touchées entre 2005 et 2016, mais ce nombre est probablement sous-estimé, selon les auteurs du rapport. « Documenter le nombre de cas est tout un défi. La plupart des gens ne consultent pas parce qu’ils sont peu malades et, quand ils le font, les cliniciens n’établissent pas toujours le lien avec la baignade, d’autant plus que les agents en cause peuvent venir d’autres sources », explique la Dre Caroline Huot. 

Aux États-Unis, où beaucoup d’enquêtes ont été menées sur la qualité des eaux de baignade, les CDC ont trouvé en 2016 que 9 % des piscines et près de 20 % des spas ne respectaient pas les normes de désinfection. Les hôtels venaient en premier dans la liste des délinquants. 

Or, la pénurie de main-d’œuvre, qui fait que les responsables de l’entretien pourraient être débordés ou moins bien formés, ainsi que les changements climatiques, qui font se multiplier certains agents pathogènes, augmentent les risques.

Vous avez une piscine ? Suivez scrupuleusement les règles d’entretien.

N’oubliez pas, surtout, que les baigneurs sont une source importante de contamination et que chacun a donc un rôle à jouer pour diminuer les risques, même quand l’eau est désinfectée : emmener les jeunes enfants aux toilettes avant qu’ils aillent dans l’eau et leur mettre une couche de baignade propre, utiliser les douches, ne pas se baigner quand on est malade… tout cela aide ! 

Autre conseil pour les parents de jeunes enfants : essuyez bien leurs oreilles (le pavillon, mais pas le conduit) après la baignade, car de l’eau restée à l’intérieur pourrait faciliter la prolifération de microbes et augmenter le risque d’otites. 

Enfin, si vous tombez malade après vous être baigné, pensez à le mentionner au médecin, car cela pourrait l’aider à poser son diagnostic, et signalez-le à l’exploitant du lieu de baignade ; cela l’incitera peut-être à vérifier la qualité de l’eau. 

Car plus que jamais, avec les épisodes de chaleur extrême et nos vies sédentaires et soumises au stress, on a vraiment besoin de pouvoir profiter de tous les bienfaits de la baignade !

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