Votre horoscope 2012… gratuit !

Comme à l’approche de chaque Nouvel An, les livres d’horoscope foisonnent dans les librairies et bibliothèques publiques, pour mon plus grand désespoir comme vous vous en doutez certainement.

Plutôt que de consacrer 22,95$ à l’achat de l’horoscope de la «meilleure astrologue du Québec», je vous propose donc, gratuitement, de vous prédire ce qui vous arrivera en 2012.

La preuve que je ne suis pas en train de vous embobiner? Je vous connais très bien ! Lisez le texte suivant et dites-moi si vous ne vous y reconnaissez pas…

Vous avez besoin d’être aimé et admiré, et pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certes des points faibles dans votre personnalité, mais vous savez généralement les compenser. Vous avez un potentiel considérable que vous n’avez pas encore utilisé à votre avantage. À l’extérieur vous êtes discipliné et vous savez vous contrôler, mais à l’intérieur vous tendez à être préoccupé et pas très sûr de vous-même. Parfois vous vous demandez sérieusement si vous avez pris la bonne décision ou fait ce qu’il fallait. Vous préférez une certaine dose de changement et de variété, et devenez insatisfait si on vous entoure de restrictions et de limitations. Vous vous flattez d’être un esprit indépendant; et vous n’acceptez l’opinion d’autrui que dûment démontrée. Mais vous avez trouvé qu’il était maladroit de se révéler trop facilement aux autres. Par moment vous êtes très extraverti, bavard et sociable, tandis qu’à d’autres moments vous êtes introverti, circonspect, et réservé. Certaines de vos aspirations tendent à être assez irréalistes.

C’est tout vous, ça, non?

Ce que vous venez d’expérimenter, ce ne sont pas mes dons d’analyse des astres, mais le processus psychologique à la base de toute prédiction astrologique, l’effet Barnum, qui fait en sorte que l’on a tendance à prendre pour soi des descriptions très générales.

C’est sur ce principe que aussi sont conçus les horoscopes annuels, et non sur de savants calculs de positionnement des astres dont on a démontré depuis la nuit des temps qu’ils n’ont aucune valeur.

En 2012, je peux donc vous prédire qu’il y aura des décisions politiques aux retombées incertaines à Québec comme à Ottawa et des découvertes scientifiques fascinantes mais parfois un peu épeurantes dans les labos.

Côté santé, plusieurs avancées médicales se produiront en 2012, mais elles ne seront peut-être pas suffisantes pour vous sauver la vie advenant une maladie grave. Des progrès sont tout de même attendus.

(NB: outre l’effet Barnum, un savant dosage de bonnes et de mauvaises nouvelles est essentiel pour un horoscope réussi).

Preuve de mon extraordinaire talent de devin, je vais même m’avancer avec une prédiction très précise: au lendemain de la fin du monde, d’ici un an, on aura trouvé des erreurs de calcul qui feront en sorte de remettre la fin du monde à un peu plus tard.

Là-dessus, je vous abandonne pour quelques jours de repos. En attendant mon retour en ligne le 16 janvier, je vous laisse avec quelques liens pour vous préparer à 2012, année ésotérique:

Conférence de l’astrophysicien Robert Lamontagne sur la fin du monde, les Mayas et Nibiru, le 13 janvier à 19h à Montréal.

Reportage de l’émission Découverte consacré à la fin du monde.

Testing multiple statistical hypotheses resulted in spurious associations: a study of astrological signs and health, savoureuse et très sérieuse publication scientifique sur les maladies associées aux signes du zodiaque… et l’importance de la méthologie dans les études épidémiologiques!

Liste détaillée des groupes d’«innovation religieuse» en activité au Québec, et de leurs principales croyances. Hallucinant (et totalement déprimant!).

Concours de texte des Sceptiques du Québec: 700 dollars à gagner ! Date limite pour participer : 31 mars 2012.

Joyeuses Fêtes !


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Curieuse erreur sur le site des Sceptiques du Québec : on y confond pseudosciences et parasciences.

Dans mon livre à moi, le terme « parasciences » désigne tout le bataclan irrationaliste du genre horoscopes, plieux de cuillers, mediums, tourneux de guéridons, transmission de pensée, diseuses de bonne aventure, futurologie, présence des extra-terrestres et autres balivernes.

Tandis que le terme « pseudoscience » désigne selon moi le phénomène (heureusement bien plus rare) qui se produit quand des scientifiques eux-mêmes prennent dur comme fer pour de la science ce qui n’en est pas. Au XIXème siècle, le cas de l’anthropologie physique et du polygénisme, matrices précoces du racisme nazi, est bien connu ; mais il y en a d’autres (curieusement toujours reliés à la biologie).

Le plus amusant selon moi est de constater (constat qu’on ne risque pas de faire au Club des Sceptiques vu la confusion des termes) qu’il existe une corrélation historique entre les deux choses, parasciences et pseudosciences. Je veux dire que les époques où des scientifiques sont fourvoyés dans des pseudosciences (fourvoyés sans jamais de représailles, hélas : ainsi les antifascistes n’ont jamais songé à exécuter l’anthropologue Vacher de Lapouge) les époques où des scientifiques sont fourvoyés dans des pseudosciences, dis-je, sont justement celles qui génèrent aussi le plus de modes parascientifiques : ainsi dans l’Angleterre de la fin du XIXème siècle, la croyance aux races est à son zénith (le racisme scientifique s’étant répandu dans la population à partir du milieu du XIXème siècle, comme le relève Daniel Goldhagen) au moment précis où Arthur Conan Doyle et toute une brochette de fieffés ahuris font tourner des tables pour parler aux morts et autres sornettes.

Il y a une explication à tout cela, et je crois bien sûr la tenir, mais bon, comme vous partez en vacances…

Mine de rien ça pourrait devenir une activité de retraite lucrative. Merci du tuyau! 😉
Joyeux Noël et Bonne Année!

Et moi en 2012 je vous prédis que Stephen Harper sera toujours aussi obtus en matière de sciences et de culture. Je prédis aussi que la TVQ va augmenter de 1% et qu’à la fin de 2012 vous serez encore plus pauvres qu’au début!

Bonne année 🙂

Des remarques comme ca …

Je crois que cette distinction (i.e. entre para et pseudo) peut etre intéressante. Je suis plus familier avec le terme pseudoscience.

» les époques où des scientifiques sont fourvoyés dans des pseudosciences, dis-je, sont justement celles qui génèrent aussi le plus de modes parascientifiques »

C’est pas évident pour moi que la corrélation est évidente. L’astrologie existe tout meme encore et se porte relativement bien, alors que l’astronomie et l’astrophysique sont des disciplines scientifiques qui font d’importantes comtributions.

Mais dison que je prend votre affirmation tout de meme, et qu’il y a effectivement une certaine corrélation. J’aimerais mentionner que depuis 400 ans, les progres de la sciences ont éte fulgurant en mathématiques, physique, chimie, biologie, … . Et donc selon votre affirmation nous devrions du meme coup etre dans une période anémique en terme de « parascience » elle devrait en fait se porter de plus en plus mal ?

… pourtant combien de reportage sur la biologie totale, des pub de madame minou, de l’astrologie dans les magazine feminins ou les journaux, de l’homeopathie par ci, des medecines douce par la …

Vous evoquez :

« et toute une brochette de fieffés ahuris font tourner des tables pour parler aux morts et autres sornettes »

Il n’y avait pas une emission qui avait une table qui bouge recemment … et des gens probablement tout aussi « ahuris » …

« Liste détaillée des groupes d’«innovation religieuse» en activité au Québec, et de leurs principales croyances. Hallucinant (et totalement déprimant!). »

C’est effectivement deprimant.

Mais d’un autre cote ma perception ( et c’est probablement tres tres cynique ) est que tant qu’il y aura des institutions, des ressources qui seront accordees a l’enseignement, a la recherche et a la diffusion du savoir, et qu’il y aura des gens avec une curiosite intellectuelle, ultimement je vais tout de meme bien dormir.

Concernant l’approche « militante »

Et donc les conferences, debats, livres sur les pseudosciences, sites internet dedie a la question comme les sceptiques du Quebec … qui s’adresse en gros aux convertis … je crois qu’en fin de compte que le bilan est tres tres mitige et que c’est pas evident qu’on met les energies au bons endroits. Je ne suis pas convaincu que cela ait des effets « structurants » quand aux pseudosciences.

Je pense qu’on devrait agir au niveau des enfants et de l’education.

On semble pret a aller debattre a la television avec un astrologue mais d’un autre cote
on laisse l’irrationnel dans le systeme d’education que ce soit de la garderie, au primaire ( voir texte de Jean francois lise sur une petite fille qui ne peut ecouter de musique) , au secondaire et meme a l’universite.

Ex:

Nous avons des garderies religieuses, des ecoles religieuses privees subventionnees et non subventionnees ou on fait meme dans certaines d’entres elles de l’enseignement differents aux filles et aux garcons.

note: je comprends la charte, article 23, …

Ensuite la place de la science a l’ecole. On evoque beaucoup par exemple dans les discussions concernant l’ecole et dans l’actualite l’apprentissage des langues chez les enfants de meme que chez les enseignants. On parle beaucoup de la connaissance d’un instrument de musique ou le sport-etude, mais on pourrait se demande on la fait ou cette discussion sur la place de la science a l’ecole …

Un autre exemple:

Au cegep, dans les cours de philosophie on aborde de maniere tres approfondie des idees tres ancienne sur le monde ( platon etc …). C’est interessant, mais d’un autre cote, un cours d’epistemologie et de theorie de la connaissance serait une bonne idee et en lien avec la science telle qu’on la concoit depuis 400 ans, pas celle que l’on concevait il y a 2000 ans. La notion d’hypothese et de theorie par exemple est evoque dans l’introduction du manuel de physique et vu tres rapidement alors que c’est le coeur de l’affaire …

Ex : On semble penser aussi que les cours de sciences c’est seulement pour ceux en science de la sante ou science pure. Meme chose a l’universite. On peut donc etudier dans les sciences humaines au cegep, comme avocat ensuite avec comme seul contact avec la science un cours ici et la au secondaire et … un jour par exemple devenir premier ministre du Quebec et influencer les politiques publiques en matiere de science, mais egalement prendre des decisions sur des enjeux relies indirectement aux sciences …

Ensuite dans nos lieux d’enseignement et de recherche :

Ex: Pourquoi accueuille-t-on des realiens dans nos institution d’enseignement ou des conferences religieuses ou les femmes pourraient meme dans certains cas de maniere etrange s’assir a l’arrieren pour pas deplaire a un dieu x,y ou z…

Ex: Pourquoi la date d’un examen de physique pourrait etre determinee par les caprices de certains dieux ? pourquoi un lieu de priere ?

-note je comprends les contraintes juridiques etc …

Ex: C’est pas evident pour moi qu’une faculte de theologie et de science des religions a sa place dans une institution universitaire.

Avec la meme logique on pourrait probablement faire un departement « d’astrologie et de science des pseudosciences » …

Et donc mon commentaire c’est que les gens interesse par les sciences devraient agir en premier lieux dans nos institutions d’enseignement et de recherche.

@Marc Provencher

La pseudo-science telle que vous la définissez n’est pas forcément reliée à la biologie. L’histoire des sciences est une collection d’erreurs en lesquelles la majorité des scientifiques croyaient dur comme fer -vent d’éther et terre plate pour n’en citer que quelques unes.

Pour faire une longue histoire courte : dans la seconde moitié du XIXème siècle, plus le racisme scientifique passe dans la population (zoos humains promous par les « anthropologues physiques », craniométrie, etc), plus les idées sont infectées par la pensée raciale et les théories du sang, plus l’autonomie de l’esprit humain (culture) est niée par le déterminisme biologique (nature), plus certains sont poussés vers la voie de garage du surnaturel – sans comprendre pourquoi, bien entendu. C’est un symptôme, un indice. Quand il y a recrudescence des parasciences (tourneux de table, plieux de cuillers, etc), il faut bien sûr les combattre, mais il faut aussi SE RETOURNER et passer la science au crible au cas où on y retrouverait une pseudoscience (généralement liée à la biologie). Exemple. Quand la génocidaire grand-serbe Biljana Plavsic déclarait que le « nettoyage « ethnique » » était un « phénomène naturel » (sic) parce que les musulmans de Bosnie attaquaient la « substance biologique du peuple Serbe » (re-sic) et qu’on apprend qu’elle est biologiste et qu’elle a étudié la biologie aux USA, peut-être pourrait-on aller vérifier quelle biologie exactement elle a étudié, mmh ? La sociobiologie peut-être ? L’anthropologie biologique ? (Mais pas l’ethnobiologie, qu’à cause de son nom je prenais pour je ne sais quelle abomination prénazie alors qu’à l’arrivée, il s’agit simplement de l’étude comparative de l’utilisation des plantes et autres ressources de la nature d’une culture humaine à une autre).

Mais pour en revenir à mon affaire, si par exemple les Britanniques de la seconde moitié du XIXème siècle font tourner des tables avec une telle frénésie, c’est pour ainsi dire directement proportionnel au fait que l’esprit humain est implicitement nié au nom de la nature. Le twist qui manquait encore à cette époque, c’est l’improbable rencontre entre les deux extrêmes : irrationalisme néopaïen et scientisme, qui peuvent se conjuguer, curieusement, en raison de leur culte commun de la nature. C’est ce qui fait dire à Orwell dans sa polémique contre H.G. Wells que le nazisme est à la fois « beaucoup plus scientifique et beaucoup plus barbare » que les idées anglaises.

Le twist supplémentaire dont je parle fut tout à fait visible au début du XXème chez Vacher de Lapouge, à la fois promoteur d’une pseudoscience raciale qu’il appelait ‘anthroposociologie’ ET chef d’une secte d’adorateurs du soleil. Là, ça y est : chez ce Vacher, les deux extrêmes étaient réunis – ce que j’appelle « la tenaille d’Adolf » – et la position de ce pseudoscientifique (dont G. B. Shaw était un grand fan) annonçait donc l’émergence de la vulgate nazie.

@Zeru

« La pseudo-science telle que vous la définissez n’est pas forcément reliée à la biologie. »

Citoyen Zeru,

Vous avez raison, bien sûr. Cela dit, qu’on me comprenne bien : quand je parle de pseudosciences, je ne parle pas de simples erreurs, car alors je risquerais de tomber dans un discours « anti-scientifique ». Sans erreurs, pas moyen de progresser. Je dois être bien prudent, bien pointu, et éviter les amalgames.

Vous comprenez probablement que ce qui m’amène ici, c’est en gros ce qu’on appelle « l’histoire des idées », vu qu’il y a un peu plus de quinze ans, étant donné une certaine rhétorique post-référendaire lourdement insistante, j’avais entrepris de définir le fascisme pour mon propre compte, à partir des sources disponibles, en sorte que j’ai dû me farcir historiens et témoins de toutes tendances et de tous pays, antifascistes historiques italiens de tous bords – même le PCI ! faut l’faire ! – et quelques fascistes ayant repris leurs esprits dans le second après-guerre, comme Brancati ou Zangrandi, etc).

Et ces petits travaux effectués dans ma cave m’ont conduit à retomber sur une observation bien connue et balisée par les historiens de la branche (on la trouve par exemple chez Zeev Sternhell, Emilio Gentile, Milza & Berstein, Daniel Goldhagen, et même chez le malheureux Ernst Nolte qui pourtant a souvent tendance à traiter fascismo et nazismus d’un seul tenant) : c’est que la différence la plus grande, et la plus lourde de conséquences, entre le fascisme italien et le nazisme (eux qui avaient par ailleurs aussi tant d’affreuses ressemblances), c’est que le premier ne croit absolument pas aux théories naturelles-biologiques de la diversité humaine (« races »), tandis que le second s’y vautre à l’os comme un cochon dans son auge, qu’il est même fondé sur cette conception erronée de l’Homme et sur la confusion mortelle entre diversité humaine et diversité animale.

Tant et si bien que si je vous dis aujourd’hui « un médecin nazi », vous êtes censé trembler des pieds à la tête, et à juste raison, en conjurant dans votre esprit des images de la pire démence concentrationnaire. Tandis que si je vous dis « un dottore fascista », eh bien, ça n’a pas le même impact, c’est juste un médecin qui est membre (hélas) du PNF : car il n’a heureusement pas existé de « MÉDECINE FASCISTA » spécifique, alors qu’il a malheureusement existé une « MÉDECINE NAZIE » spécifique. (Et les scientifiques italiens qui adhéraient plus ou moins au fascisme, comme Marconi et les autres, restaient des scientifiques « normaux »).

Pour le dire autrement, tout le bataclan pseudoscientifique qui accompagne le nazisme comme son ombre (et le précède, même, et le prépare jusqu’à un certain point) reste lettre morte dans le fascisme italien, pour toutes sortes de raisons qui tiennent notamment à l’influence des penseurs du Risorgimento, plus tard à celle de Benedetto Croce, et aussi (ou surtout) à une tradition humaniste indéracinable même par le fascismo).

Comme le résume parfaitement don Luigi Sturzo (bien que curé, un type très intelligent, je suis bien forcé de l’admettre du bout des lèvres, et qui fut à compter de 1923-24 le premier théoricien des tolitarismes) : le marxisme écrase l’individu dans la classe sociale, le nazisme dans la « race », le fascisme italien dans la nationalité. Les trois totalitarismes ont tous en commun d’écraser l’individu dans la catégorie – dans une seule catégorie alors que chacun de nous appartient en réalité à plusieurs catégories à la fois -, mais ils n’en sont pas pour autant interchangeables. Ce n’est pas seulement que le totalitarisme communiste n’est pas interchangeable avec les totalitarismes fascistes. C’est aussi qu’entre le concept de nationalité et celui de « race », il reste un abîme que Mussolini lui-même ne franchissait pas : et quand il fallut au fascisme italien, devenu allié du nazisme, prendre sur les chapeaux de roues un tournant raciste, à la fin des années 30, eh bien ce fut sur la base du concept totalement autocontradictoire de « race de l’esprit » (sic !) ou « race intérieure » (re-sic !). Même sous le fascismo, les idées italiennes continuaient de rester foncièrement réfractaires au concept biologique de race promu tout au long du XIXème par l’anthropologie physique et le polygénisme – non seulement en Allemagne, mais aussi en Angleterre, en France, etc. Et la seule dérive pseudoscientifique « full-fledged » qui fut cousine de ça en Italie fut la théorie de l’hérédité criminelle de Lambroso, au milieu du XIXème, (théorie dont il existe présentement d’étranges resucées…). Mais même cette théorie n’aboutissait pas, fort heureusement,
à un concept d’hérédité COLLECTIVE ; de sorte que l’idée d’une prétendue « race italienne » ne fit pas du tout, ou très peu, son chemin dans les idées du temps.

Tout ceci pour dire que ce qui m’amène dans une discussion de ce genre, moi qui ne suis pas un scientifique, c’est que je traque le déterminisme biologique en tant que « facteur du minimum nazi qui n’était pas dans le fascismo ». Et une pseudoscience, ce n’est pas une simple erreur (sinon, gare à l’amalgame) : c’est que TOUTE UNE DISCIPLINE, tenue pour scientifique, s’avère plus tard ne pas en être une du tout. Je dis bien S’AVÈRE PLUS TARD, car au moment où elle a lieu, hélas, elle a pignon sur rue, elle est enseignée à l’université, elle est TENUE POUR UNE SCIENCE par la communauté scientifique (au grand complet ou presque). Tel fut le cas du polygénisme, de l’anthropologie physique, de la craniométrie, de la physiognonomie et plus tard de l’eugénisme.

Or si toute pseudoscience, comme vous le dites avec raison, n’est pas forcément reliée à une dérive navrante de la biologie, cela reste que c’est CETTE SORTE-LÀ DE PSEUDOSCIENCE QUI ENGENDRE LES PIRES DÉGÂTS HUMAINS. Car la négation de la spécificité humaine lui est inhérente, donc elle a tout le potentiel pour donner lieu à la « transformation de l’Homme en bête » (H. Arendt) qui a pour corollaire la « transformation des peuples en races » (B. Croce).

Si vous voyez la comédie italienne ‘La Vie est belle’ avec Roberto Begnini, attachez-vous à observer le personnage du scientifique allemand joué (avec une maestria et un courage confondants) par le regretté Horst Buccholz dans son dernier rôle. Pendant une partie du film, il a l’air tout à fait normal, et même plutôt sympathique ; puis quand on se retrouve dans l’univers concentrationnaire, on comprend notre erreur – trop tard. C’est comme s’il ne reconnaissait pas la présence de l’homme. (En passant ce passage du film est puisé directement au livre de Primo Levi ‘Si c’est un homme’). Notre savant picosse sur la solution d’une devinette alors que la vie humaine est en jeu ! et c’est comme s’il ne le voyait pas DU TOUT. Eh bien, je crois que les théories de la race font ça à l’esprit humain : en professant l’existence entre les peuples ou nationalités (pris pour des « races ») de parois PHYSIQUES qui en réaiité n’existent pas, ou encore qui existaient AVANT que nous soyons l’Homme, dans le temps où nous n’étions qu’un simple anthropoïde quadrumane, un morceau de nature parmi d’autres. Et ce qu’on peut appeler « l’absence de regard » nazie, ce regard défectueux qui ne reconnaît plus la présence de l’Homme, il a eu au moins un précédent : c’est le regard défectueux des anthropologues physiques et futurs ethnologues qui organisèrent vers 1870 les ZOOS HUMAINS en Amérique et en Europe, qui contribuèrent tant à répandre le racisme scientifique (pris alors pour scientifique) dans la population. Il est asez fantastique et inquiétant de se dire qu’à ce moment-là, un mot qui était censé signifier « étude de l’Homme » (l’anthropologie) signifait dans les faits la destruction de l’Homme, la rupture d’humanité, et ce, faut-il le souligner, EN TOUT AVEUGLEMENT (ce qui est la différence entre « erreur » et « mensonge » : les nazis, plus tard, n’y allèrent certes pas en tout aveuglement mais bien sciemment et délibérément). Si le fascisme italien, malgré ce qu’on pourrait appeler ses efforts, n’engendre pas de rupture d’humanité comme le fit le nazisme, cela tient d’abord et avant tout à son allergie au déterminisme biologique. Si bien que même lorsqu’il adopte ses ignobles lois antisémites à l’automne 1938, le fascisme italien continue de ne pas prendre le peuple juif pour une prétendue « race juive », ni le peuple italien pour une soi-disant « race italienne ».

Comme le dit si bien dans son essai ‘Provocation’ l’écrivain Stanislas Lem – qui fut aussi médecin, cybernéticien, président de la Société polonaise d’astronomie – ce n’est pas en restant les yeux fiés sur les chutes du Niagara qu’on peut comprendre les chutes. Il faut se retourner pour voir les petites goutelettes en suspension dans l’air. Je pense la même chose de l’engoûment pour les parasciences du genre spiritisme, voyage astral et autres âneries : en plus du problème de la charlatanerie elle-même, elles peuvent être aussi le signe, l’indice qu’au même moment, pour de toutes autres raisons, quelque chose clochait dans la science, un loup s’était glissé dans la bergerie, que l’élucubration parascientifique répondait pour ainsi dire à l’élucubration pseudoscientifique. C’est ce qui se passait à l’époque du positivisme scientiste du type Herbert Spencer ou Auguste Comte : la négation diffuse (et souvent implicite) de l’esprit humain par le biologisme entraìnait la réaction fofolle des tourneux de tables vers le spiritisme. Tout corps plongé dans un liquide… certes ; mais aussi tout esprit plongé dans le sang !

@zeru La pseudo-science telle que vous la définissez n’est pas forcément reliée à la biologie. L’histoire des sciences est une collection d’erreurs en lesquelles la majorité des scientifiques croyaient dur comme fer -vent d’éther et terre plate pour n’en citer que quelques unes.

Malheureusement, vos deux exemple sont mal choisie. Depuis l’antiquité, il était connue que la Terre était ronde. C’est un mythe de croire qu’il y avait du monde qui pensait que la Terre était plate. Pour ce qui est de l’éther, c’était d’abords et avant tout un modèle physique, dont l’existence a été démentie par l’expérimentation. Il s’agit donc d’une cas de science normale.

L’astrologie et les pseudosciences se distinguent en ce sens qu’elles ne tiennent pas compte des expériences qui contredisant leur théorie.

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