Zika: les craintes semblent se confirmer

Dans les dernières semaines, plusieurs études cruciales ont été publiées sur le mode d’action de ce virus et ses effets. 

Photo: Esteban Biba/EPA/La Presse Canadienne
Photo: Esteban Biba/EPA/La Presse Canadienne

Depuis que l’Organisation mondiale de la santé a déclenché le 1er février la procédure faisant du virus Zika une urgence de santé publique de portée internationale, les chercheurs n’ont pas chômé. Dans les dernières semaines, plusieurs études cruciales ont été publiées sur le mode d’action de ce virus et ses effets. Et pour l’instant, les craintes semblent se confirmer.

En janvier, on savait encore très peu de choses de ce virus sinon que son arrivée au Brésil avait coïncidé avec une explosion du nombre de naissances de bébés atteints de microcéphalie. Il fallait encore vérifier si les cas rapportés étaient bien réels (la microcéphalie n’étant pas toujours bien diagnostiquée) et s’ils avaient vraiment un lien direct avec le virus.

Les choses semblent aujourd’hui beaucoup plus claires. Le 17 février, des chercheurs ont rapporté dans la revue The Lancet avoir isolé le virus dans le liquide amniotique de deux Brésiliennes enceintes de 28 semaines, dont les fœtus étaient atteints de microcéphalie. Ils n’ont retrouvé aucune trace d’un autre virus connu pour pouvoir causer cette malformation, comme ceux de la rubéole ou de la toxoplasmose, ni d’autres infections virales comme la dengue et le chikungunya. Leur étude laissait aussi entendre que Zika peut traverser la barrière du placenta et perturber le développement du fœtus.

Le 29 février, d’autres chercheurs ont publié dans la revue Cell Stem Cell une étude menée in vitro sur des cellules progénitrices des neurones, qu’ils ont mises au contact du virus. Ils ont observé que Zika empêche ces cellules de se développer normalement pour donner les neurones.

Le 4 mars, d’autres chercheurs encore ont rapporté dans le New England Journal of Medicine avoir pu étudier, entre octobre et février dernier, 88 femmes enceintes ayant rapporté dans les cinq jours précédents des symptômes ressemblant à celui provoqué par le virus Zika. Ils ont trouvé des traces du virus dans le sang ou l’urine de 72 d’entre elles. Puis ils ont passé des échographies à 42 de ces femmes, ainsi qu’aux 16 femmes qui n’avaient pas été infectées par le virus.

Résultat: chez 12 des 42 femmes infectées, ils ont repéré des anomalies sérieuses dans le développement du fœtus, alors qu’aucune anomalie n’a été repérée chez les fœtus des 16 femmes qui n’avaient pas été infectées. Deux des fœtus infectés sont décédés avant le terme de la grossesse. Huit sont nés, et les anomalies détectées pendant la grossesse ont été confirmées à la naissance.

Selon ces chercheurs, Zika semble être responsable de malformations plus importantes que celles rapportées après une infection par le virus de la rubéole, considérée déjà comme potentiellement très grave pour les bébés à naître.


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Le 29 février, une étude menée en Polynésie française et publiée dans The Lancet a confirmé que le Zika semble pouvoir causer le syndrome de Guillain-Barré après l’infection. Des traces d’une infection récente par ce virus ont été repérées chez 41 des 42 personnes atteintes de cette maladie neurologique, alors qu’elles n’ont été retrouvées que chez 56 % d’un groupe témoin de personnes comparables en terme d’âge, de sexe et de lieu de résidence. Cette étude a également permis d’exclure que le syndrome ait pu être provoqué par le virus de la dengue qui sévit aussi dans cette région.

Plus inquiétant encore, il semble bien que Zika puisse donner des complications neurologiques immédiates, chez une minorité de personnes. Le 3 mars, des chercheurs de l’INSERM en France ont rapporté, toujours dans The Lancet, le cas d’une jeune guadeloupéenne de 15 ans chez qui le virus Zika a provoqué une myélite aiguë: en quelques heures, l’adolescente s’est retrouvée paralysée des jambes après avoir été infectée par le virus. Elle a été traitée par des anti-inflammatoires, mais est toujours hospitalisée et commence tout juste à remarcher.

Toutes ces études confirment que l’OMS a bien fait de prendre la menace au sérieux, d’autant que le virus continue de se répandre dans les pays où vivent les moustiques Aedes.

Depuis janvier 2015, Zika a été découvert dans 41 nouveaux pays où les populations ne sont donc pas immunisées. Pour l’instant, les microcéphalies ont presque toutes été repérées au Brésil et en Polynésie française, là où a débuté cette épidémie, mais les femmes enceintes d’autres pays touchés sont maintenant sous haute surveillance. Trois premiers cas de microcéphalie liées à Zika, encore sous enquête, viennent d’être découverts en Colombie.

La transmission du virus entre personnes, par le sperme, semble très rare, mais ce phénomène n’est pas encore bien documenté. Pour l’instant, l’OMS recommande donc la prudence à toutes les personnes vivant dans les zones touchées.

Depuis cette semaine, l’Organisation recommande aussi aux femmes enceintes de ne pas voyager là où sévit Zika, quel que soit le stade de leur grossesse. Si leur partenaire a voyagé dans une zone touchée, elle conseille l’abstinence sexuelle ou l’utilisation de préservatifs pour au moins quatre semaines après le retour de voyage.

Selon l’Agence de santé publique du Canada, 20 Canadiens ont contracté le virus à date dans les régions où il sévit, dont une femme enceinte dont l’identité est protégée.

En parallèle avec ces études sur le mode d’action du virus, 18 équipes de recherche sont engagées dans la recherche d’un vaccin à travers le monde, selon l’OMS. Mais on est encore à plusieurs mois des premiers tests sur l’humain, et peut-être à des années d’un vaccin qui pourrait être utilisé à grande échelle.

Le Zika est-il là pour rester, comme la dengue? Impossible de le dire pour l’instant, car les connaissances sont encore trop préliminaires. Mais Scott Halstead, un des plus grands spécialistes au monde des infections transmises par des virus, s’est tout de même risqué à une prédiction pour le magazine Science: au Brésil, l’épidémie sera terminée dans au plus cinq ans, croit-il, car d’ici là presque toute la population sera immunisée. Comme c’est aujourd’hui le cas pour Ebola, on disposera peut-être alors d’un vaccin… pour la prochaine épidémie.

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3 commentaires
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Et si on infectait intentionnellement les femmes quelques mois avant qu’elles puissent tomber enceintes? Elle seraient immunisées et ça règlerait les problèmes de microcéphalies…