Zika: Rio, Miami et après?

On s’attend à ce que l’hiver fasse diminuer radicalement le risque de contracter le virus. Les snowbirds n’ont vraiment pas à s’inquiéter.

Des travailleurs sanitaires répandent de l'insecticide au Sambadrome de Rio, pour lutter contre la prolifération du moustique Aedes aegypti, responsable de la transmission du virus Zika. Le Sambadrome doit accueillir la compétition de tir à l'arc des Jeux olympiques. (Photo: Leo Correa/AP Photo)
Des travailleurs sanitaires répandent de l’insecticide au Sambadrome de Rio, pour lutter contre la prolifération du moustique Aedes aegypti, responsable de la transmission du virus Zika. Le Sambadrome doit accueillir la compétition de tir à l’arc des Jeux olympiques. (Photo: Leo Correa/AP Photo)

Six mois après le lancement de sa procédure d’urgence de santé publique de portée internationale, l’Organisation mondiale de la santé estime à près d’un demi-million (dont 169 au Canada) le nombre de personnes susceptibles d’avoir contracté le virus Zika, même si seulement 90 000 cas ont été confirmés.

L’ouverture des Jeux olympiques à Rio et la découverte d’un foyer de propagation en Floride, le premier aux États-Unis, relancent les inquiétudes, alors qu’il n’existe toujours aucun moyen de prévenir l’infection. Où en est-on exactement?

À Rio comme dans tout le Brésil, le nombre de nouveaux cas n’a cessé de diminuer depuis la mi-février. Comme prévu dans une étude publiée dès avril, l’hiver brésilien a eu raison de la majeure partie des moustiques porteurs du Zika dans le sud du pays.


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Fin juillet, une analyse publiée par des chercheurs américains et brésiliens estimait que, au pire, 37 personnes parmi celles qui visiteront Rio pour les Jeux olympiques pourraient rapporter le virus dans leurs bagages. Quand bien même ce chiffre serait sous-estimé, les 10 500 athlètes, 25 000 journalistes et environ 500 000 autres personnes attendues n’ont donc guère de souci à se faire, surtout sachant que 80 % des infections sont tellement bénignes qu’elles passent inaperçues.

Le risque d’être victime du syndrome de Guillain-Barré, une complication neurologique parfois fatale, est encore beaucoup plus faible: même si la majeure partie des pays où sévit Zika ont enregistré une hausse du nombre de cas, cette complication reste extrêmement rare, touchant environ une personne sur 100 000.

Bien que des scientifiques s’en soient inquiétés ce printemps, on sait maintenant qu’il n’y a presque aucun risque que les JO engendrent une propagation de Zika autre que celle qui se produirait sans cet événement, comme l’ont démontré les Centers for Disease Control américains début juillet. Avec les JO, seuls quatre pays (le Tchad, Djibouti, l’Érythrée et le Yémen) verront augmenter de manière substantielle le nombre de voyageurs à destination de pays touchés par le virus Zika.

Avec ou sans JO, si Zika doit se propager dans le monde, il le fera. Sauf que, pour l’instant, l’épidémie épargne toujours de vastes régions (voir carte page 6 de ce bilan) où le virus est pourtant susceptible de se retrouver, telle l’Inde. Il ne s’est pas répandu comme une traînée de poudre, comme on aurait pu le craindre. Même si une étude publiée en avril avançait que Zika pourrait se propager dans l’environnement de plus de 2 milliards de Terriens, on n’en est pas encore là, tant s’en faut.

Aux États-Unis, les CDC s’attendaient depuis longtemps à ce que Zika prenne pied dans le sud du pays à l’été, particulièrement en Floride. Ce n’est certes pas une bonne nouvelle, mais là aussi, on s’attend à ce que l’hiver fasse diminuer radicalement le risque de contracter le virus. Les Canadiens qui passent l’hiver en Floride n’ont vraiment pas à s’inquiéter.

Un policier de Miami tend une bombe aérosol anti-moustique à un sans abri, dans le cadre de la campagne de lutte contre la propagation du virus Zika en Floride. (Photo: Lynne Sladky/AP)
Un policier de Miami tend une bombe aérosol anti-moustique à un sans-abri, dans le cadre de la campagne de lutte contre la propagation du virus Zika en Floride. (Photo: Lynne Sladky/AP)

Pour l’instant, l’Agence de santé publique du Canada recommande aux femmes enceintes ayant voyagé en Floride depuis le 15 juin de consulter un médecin. Les femmes ayant visité cette région devraient attendre deux mois après leur retour avant de tenter de concevoir un enfant, et les hommes six mois (car le virus subsiste plus longtemps dans le sperme).

Le 25 juillet, une nouvelle étude épidémiologique estimait que 93 millions de personnes, dont 1,65 million de femmes enceintes, pourraient contracter le virus au cours de cette épidémie partout dans le monde, et que des dizaines de milliers de cas de malformations congénitales liées au virus étaient à craindre.

La plus grande incertitude règne cependant encore par rapport à ces chiffres. Pour l’instant, on estime qu’une femme enceinte ayant contracté le virus a de 1 % à 13 % de risque que son enfant soit victime d’une anomalie congénitale liée à Zika. Mais ce risque pourrait être largement surestimé pour la majeure partie des femmes.

En effet, depuis le début de l’épidémie, près de 90 % des 1 829 cas de microcéphalies et autres malformations liées à Zika recensés sont survenus dans une petite région du nord-est du Brésil. L’explosion du nombre de cas prévu au début de l’épidémie dans le reste du Brésil ou dans les autres pays ne s’est pas produite.


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Si on exclut cette région du Brésil des statistiques, le risque de malformation est donc beaucoup moins élevé. En Colombie, par exemple, où plus de 16 000 femmes enceintes sont suivies, car on croit qu’elles ont contacté le virus, 21 cas de malformations liées à Zika ont été recensés pour l’instant, ce qui correspond donc à un risque de 0,1 %.

Se pourrait-il que d’autres éléments, conjugués à Zika, expliquent cette concentration régionale des cas? Le magazine Nature rapporte qu’une étude à ce sujet est en cours. Pour l’instant, les chercheurs en sont encore au stade des hypothèses.

Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce phénomène, par exemple le profil socioéconomique des femmes (la plupart des mères d’enfants microcéphales de cette région sont jeunes, pauvres, noires, célibataires et vivent en banlieue des grands centres), la co-infection par d’autres virus, comme la dengue ou le chikungunya, la non-vaccination contre la fièvre jaune ou encore la présence chez le bétail de cette région d’un virus qui normalement ne touche pas les humains, mais dont des chercheurs ont retrouvé des traces dans le cerveau de quelques enfants microcéphales.

La recherche d’un vaccin a démarré en trombe, mais elle prendra des années. Fin juin et mi-juillet, deux premiers essais cliniques de phase 1 (test d’innocuité sur des volontaires sains) ont été lancés, l’un par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases des États-Unis, l’autre par la société américaine Inovio, en collaboration avec l’équipe du Dr Gary Kobinger, de l’Université Laval, à Québec. Au mieux, les chercheurs pourront lancer un essai de phase 2 (qui donne une idée de l’efficacité du vaccin) au début 2017. Il faudra ensuite, toujours si tout se passe bien, quelques années pour mener des essais de phase 3 et obtenir éventuellement l’approbation d’un premier vaccin. Où en sera Zika d’ici là? Il est bien trop tôt pour le savoir…

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