Zika: un virus à prendre très au sérieux

Je n’aime pas être alarmiste, dit le Dr Alain Vadeboncœur, mais les chiffres sont vraiment inquiétants pour le Brésil et les autres pays les plus touchés.

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Jose, un enfant frappé par le syndrome Zika, au Brésil. (Photo: Felipe Dana/AP)

Le virus Zika fait les manchettes depuis quelques jours, sans doute parce qu’il est dorénavant aux portes des États-Unis. Envahissant rapidement l’Amérique depuis le sud, ce virus a la mauvaise réputation de causer une malformation cérébrale majeure chez les nouveau-nés, la microcéphalie, aux conséquences neurologiques et esthétiques permanentes.

Sante_et_scienceMais il ne s’agit pas vraiment d’un «nouveau» virus, puisqu’il fut isolé pour la première fois en 1947. Faisant partie du genre Flavivirus (flavus voulant dire «jaune» en latin), on trouve parmi ses frères d’autres virus transmis aussi par les moustiques, par exemple le virus de la dengue, celui de la fièvre jaune et le virus du Nil occidental.

Il faut savoir que Zika est le nom de la forêt d’Ouganda où le virus a d’abord été détecté. Confiné principalement en Afrique (et un peu en Asie) jusqu’en 2007, il s’est ensuite déplacé en Océanie. Plus récemment, il a largement envahi l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale.

Le 3 mars 2014, une éclosion du virus Zika frappe l’île de Pâques, qui appartient au Chili. Le virus y aurait été introduit par des Polynésiens, eux-mêmes frappés quelques mois plus tôt. Puis, en mai 2015, le Brésil confirme ses premiers cas de Zika. C’est ensuite la débandade. D’octobre à décembre 2015, la Colombie, le Salvador, la Guyane française, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Panamá, le Paraguay et le Venezuela sont touchés. On observe aussi une épidémie au Cap-Vert, avec près de 5 000 cas.

Bref, le territoire américain frappé est immense, comme le montre la carte suivante:

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Source: Pan American Health Organization

Une infection banale… ou pas

Le virus Zika cause essentiellement une infection virale «banale» avec légère fièvre, éruption cutanée (surtout maculopapuleuse), maux de tête, arthralgie, myalgie, asthénie et conjonctivite sans pus. Cela ressemble à une infection virale comme la dengue ou encore la rougeole, mais en moins intense dans ce dernier cas.

Les symptômes apparaissent de 3 à 12 jours après la piqûre, et durent de 2 à 7 jours. Rien de bien inquiétant jusqu’ici. En fait, la plupart du temps, les personnes infectées n’ont que peu ou pas de symptômes, trois fois sur quatre.

Mais pour qu’on en parle tant, on imagine qu’il s’agit en fait d’un virus dangereux pour la santé. L’inquiétude a débuté au Brésil, en novembre dernier, alors que trois décès ont été attribués au virus, dont celle d’un bébé né avec une microcéphalie.

Rapidement, soit le 28 novembre 2015, les responsables de la santé publique au Brésil ont établi un lien probable entre des cas multiples de microcéphalie — trouble de développement du crâne et du cerveau entraînant des séquelles permanentes — et le fait qu’une femme enceinte soit infectée durant le premier trimestre de grossesse.

Un autre problème potentiellement soulevé est un syndrome de Guillain-Barré, une paralysie partielle qui pourrait être causée par Zika une fois sur 200.

Une expansion rapide

Je n’aime pas être alarmiste, mais les chiffres sont vraiment inquiétants pour le Brésil et les autres pays les plus touchés. Si on parlait déjà à la mi-janvier 2015 de 3 530 cas de microcéphalie depuis octobre, le décompte avait augmenté à 3 893 cas le 20 janvier, alors que 150 cas seulement avaient été rapportés dans le pays en 2014.

On les trouve surtout dans le nord-est pauvre du Brésil et plus rarement dans les grandes villes, comme Rio de Janeiro. Même s’il faut mettre ces chiffres en relation avec le nombre élevé de naissances au Brésil (trois millions par année), il s’agit d’une grande quantité de cas.

Or, on annonçait la semaine dernière un premier cas américain de microcéphalie lié au Zika, à Hawaï. Trois cas ont aussi été rapportés en Floride, mais les personnes affectées avaient séjourné plus au sud. Même si les 26 cas de Zika diagnostiqués aux États-Uns depuis 2007 sont liés à des contaminations hors du pays, ce n’est qu’une question de temps avant que le virus traverse les frontières américaines.

La Colombie, pour sa part, prévoit 600 000 infections cette année, ce qui donne un peu froid dans le dos. Reste à savoir si le virus se rendra un jour jusque chez nous. Il faut espérer que notre climat repoussera encore longtemps les insectes porteurs.

Conseils aux personnes exposées dans le Sud

Il n’y a malheureusement ni vaccin ni médicament pour traiter le Zika. Même si le Brésil a déjà annoncé qu’il allait mettre au point un vaccin, cela prendra au moins quelques années.

La seule prévention est d’éviter les piqûres de moustique et de contrôler leur prolifération en portant des vêtements amples et en dormant sous une moustiquaire la nuit.

Dans le Sud, habillez-vous donc convenablement, surtout le soir, et si vous vous éloignez du bord de l’eau, utilisez des produits repoussant les moustiques — habituellement à base de DEET.

Enfin, les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) recommandent aux femmes enceintes le report de leur voyage dans les régions affectées par le virus, un suivi serré en cas d’infection virale et, pour celles en âge de procréer, la prudence dans les zones à risque.

Si vous devez tout de même vous rendre dans une de ces régions, il faut absolument éviter les piqûres. Il ne s’agit pas de semer la panique auprès des gens, mais d’appliquer simplement les mesures de prévention commandées par l’ampleur du risque.

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25 commentaires
Les commentaires sont fermés.

On signale quelques cas dans le sud de la Floride. Des voyageurs revenus d’Amérique latine.

Effectivement. Mais il ne semble pas y avoir encore de cas directement attrapés aux États-Unis. Merci du commentaire.

Par contre, les personnes infectées pouraient éventuellement transmettre leur virus aux moustiques. Reste à savoir si nos moustiques peuvent être des hôtes de ce virus…

En cas de suspicion d’infection (piqure de moustique en République Dominicaine là où 10 cas viennent d’être recensés) chez une femme enceinte de 26 semaines, où aller pour se faire dépister à Montréal ? Le CHUM et Ste-Justine sont incapables de me fournir une réponse. De plus, le dépistage doit-il avoir lieu uniquement pendant la période d’incubation ou sommes-nous capables de détecter la présence de la maladie une fois cette période finie ? Merci !

On m’a dit qu’il était maintenant possible d’obtenir un test. Peut-être communiquer avec la santé publique. Merci pour le commentaire.

Nous partons mari, ma fille et sa petite famille (9 ans et 6 ans) pour un mois en mars au Costa Rica ???? Tout est réservé depuis un an…..Doit-on s’inquiéter ???

Je ne pense pas qu’il faille s’inquiéter pour ce qui est des adultes en santé et d’enfants de 9 ans et 6 ans au Costa Rica. Le risque important est pour la femme enceinte et le jeune enfant naissant. Vous devriez vous protéger comme vous le feriez pour le risque d’exposition a la dengue comme l’a mentionné Mr Vadeboncoeur mais aussi de la malaria si vous vous rendez dans une zone ou la malaria est présente. Il y a aussi le virus Chikunguya contre lequel il faut se protéger. Bref, dans l’hémisphère sud, dans les zones tropicales ou prolifèrent les moustiques, il est plus que pertinent de se rendre dans une clinique des voyageurs en prévision de votre départ et de bien connaitre les risques liés aux zones ou vous vous rendrez. Porter des manches longues, s’appliquer des répulsifs a moustiques toute la journée et la nuit, dormir sous une moustique, prendre un traitement antipaludéen si c’est requis etc.

L’infection par le virus semble être moins grave que pour des virus comparables (voir texte), sauf pour les femmes enceintes, en raison des possibilités de grossesse. Merci pour le commentaire.

Si je comprends bien, une fois que la femme est déjà infectée par le virus Zika elle devrait s’abstenir d’avoir des enfants pour ne pas courir le risque qu’ils soient atteints de microcéphalie. Ai-je raison ? Je trouve ça très inquiétant, car ça risque d’augmenter sensiblement les couts en soin de santé.

On connait mal le virus, mais personne ne parle d’infections à long terme. Il semble qu’on puisse se débarasser du virus et que le risque soit essentiellement liée à l’infection aigue. Merci pour le commentaire.

Bonjour,
Nous partons dans une semaine pour le Panama avec mon fils de 7 mois. Devrions-nous annuler le voyage?
Merci

Vopyager dans une zone où les ressources médicales sont très peu efficace n’est pas une bonne chose. Vous devriez considérer une autre région que l’Amérique du Sun ou Centrale. Je suis aux prises avec la fièvre jaune depuis une mission au Rwanda en 1996 et la Fièvre jaune a bouleverser toute ma vie.

Selon ce que l’on sait, pas plus que pour les autres virus présents. Le Zika semble moins problématique que les autres, sauf pour les femmes enceintes. Merci pour le commentaire.

Par ailleurs, l’essentiel de la protection, comme pour les autres virus similaires, est la lutte contre les moustiques, par les ressources médicales, puisqu’il n’y a pas de traitement.

2015: Une mauvaise année pour les virus ?
Il ne faut pas crier victoire trop tôt, dr Vadeboncoeur !!!!

Combien de temps une femme infectée devra-t-elle attendre avant de pouvoir devenir enceinte sans séquelles par la suite?

Je ne trouve pas la réponse à cette question. Mais selon ce qu’on peut lire, une fois l’infection résolue, le virus est éliminé. Merci pour le commentaire.

Merci pour votre texte. Pourriez-vous ajouter en commentaire si le virus peut se transmettre d’humain à humain?

Ce virus n’est pourtant pas si nouveau puisqu’il a été identifié pour la première fois en 1947 dans la forêt de Zika en Ouganda d’où la dénomination du virus « Zika » Je vous conseil de lire l’article (Le virus Zika « explose » dans le monde) sur le blog de mutuelle-news. fr