Société

Le monde à l’enVERT

Compagnies pétrolières, banques, alumineries et autres grandes entreprises se liguent pour demander à Ottawa une vraie politique environnementale. Le monde à l’envers ? Pas tant que ça.

Aux États-Unis, des entreprises font pression sur le gouvernement pour qu’il devienne plus vert. Au Canada, les chefs de la direction des 150 plus grandes sociétés (800 milliards de revenus par année) ont appelé de leurs vœux, à la fin de septembre, non seulement une Bourse du carbone, mais aussi une taxe verte ! De quoi surprendre.

Le Conseil canadien des chefs d’entreprise admet en effet que le marché à lui seul ne pourra relever le défi que représentent les changements climatiques, même si les consommateurs ont déjà, par eux-mêmes, amorcé le virage vers des produits et des entreprises moins nocifs pour l’environnement. Ils demandent donc l’intervention du gouvernement et lui reprochent de ne pas avoir de véritable politique nationale de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Faut-il croire ou non aux bonnes intentions de ces entreprises ?

Le présent numéro de L’actualité tombe à point pour susciter une réflexion sur le sujet.

Le magazine lance en effet les prix Korn/Ferry–L’actualité, récompenses annuelles destinées à souligner les gestes de responsabilité sociale accomplis par des sociétés québécoises (« Quand l’entreprise se fait citoyenne »).

Les initiatives des neuf finalistes de cette première année des prix pourraient mettre à l’épreuve le scepticisme de ceux pour qui les dirigeants d’entreprise ne sont jamais que des profiteurs égoïstes et les travailleurs, de pauvres victimes exploitées.

Certes, les entreprises n’ont qu’une finalité : la rentabilité. Dans bien des coins du monde, les dommages qu’elles causent à l’environnement sont incommensurables. Mais on voit poindre à l’horizon un certain espoir.

En Afrique du Sud, par exemple, de grandes entreprises paient des médicaments antirétroviraux à leurs centaines d’employés qualifiés. Sans ces médicaments, ces gens séropositifs mourraient. Et ça coûte cher de remplacer des travailleurs qualifiés.

En Europe, des sociétés travaillent de concert avec les pouvoirs publics pour améliorer la formation de la main-d’œuvre ou lutter contre les changements climatiques. Elles le font parfois pour des raisons de marketing ou d’image. Mais pas toujours.

Dans certains cas, les dirigeants agissent pour préserver des conditions sans lesquelles l’entreprise ne pourrait plus remplir sa mission. Les universitaires appellent cela la CSR, pour corporate social responsability — la responsabilité sociale des entreprises, ou RSE, en français.

Les politiques gouvernementales, disent ces sociétés, doivent être adaptées à la réalité de la mondialisation, de l’épuisement de certaines ressources, bref, des défis d’aujourd’hui et non de ceux d’il y a 50 ans.

C’est à cette adaptation, à cette flexibilité que l’ex-conseiller politique de deux gouvernements du PQ, Jean-François Lisée, convie le Québec dans son essai plaidant pour la naissance d’une gauche efficace (« Un Québec généreux… et riche ! »). Cette approche peut-elle rassembler ?

Le consensus en faveur d’un changement est assez clair au Québec. Les dernières élections provinciales l’ont montré. Les solutions de la gauche classique — le tout-à-l’État — ne répondent plus aux besoins de la société. L’État doit permettre qu’une plus grande flexibilité s’installe dans les services publics. Certaines solutions issues de la droite intéressent, mais d’autres inquiètent ou déroutent. Comment protéger les plus vulnérables tout en faisant sauter les verrous qui, dans les services publics et les grands ordres professionnels par exemple, bloquent l’innovation et l’initiative individuelle ?

Comme le disait, au début d’octobre, un participant au colloque sur la démocratie qui marquait le centenaire de HEC Montréal, « les gens sont prêts à changer, mais ils cherchent un leader, une vision… ».

Au fil d’arrivée, c’est de courage politique que le Québec a besoin. Quelqu’un sera-t-il au rendez-vous ?

À LIRE

Les textes sur les quatre défis du Québec (développement économique, développement durable, démocratie, démographie) qui ont été présentés lors du colloque tenu à HEC Montréal.

www.hec100.ca