Société

Protégez-Vous : chien de garde depuis 35 ans

Le magazine Protégez-Vous fête ses 35 ans. Il a vu, en coulisse, le monde de la consommation se transformer.


 


Sur la photo, Lise Bergeron, rédactrice en chef de Protégez-Vous

Les parents le savent bien. Dès la parution du guide Jouets, mieux vaut faire vite si on veut acheter les jouets qui reçoivent une bonne note de l’équipe de Protégez-Vous et de l’organisme Option consommateurs. « Lorsqu’on recommande un produit, les étagères des magasins se vident », dit Lise Bergeron, rédactrice en chef de Protégez-Vous, magazine qui fête cette année ses 35 ans.

Du modeste document de quatre pages dactylographiées qu’il était à sa création, en 1973, par l’Office de la protection du consommateur, Protégez-Vous est devenu la bible des consommateurs québécois — dont 100 000 sont des abonnés ! En partie grâce à sa quinzaine de tests annuels, devenus sa marque distinctive.

La consommation s’est transformée en 35 ans. Et l’équipe de Protégez-Vous a assisté en direct au phénomène. Le débat de l’heure, dans la salle de rédaction, au début des années 1980 ? Permettre ou non aux lecteurs de payer leur abonnement avec une carte de crédit ! « C’était encore vu comme un objet du diable », dit David Clerk, directeur général des Éditions Protégez-Vous, l’organisme sans but lucratif qui publie le magazine. La carte sera finalement acceptée comme mode de paiement en 1988.

C’étaient alors les « années folles de la consommation », comme les surnomme Lise Bergeron, rédactrice en chef du magazine depuis près de 20 ans. « Lave-vaisselle, four à micro-ondes, magnétoscope… Les gens “s’équipaient”, dit ce petit bout de femme à la curiosité insatiable. Beaucoup de produits étaient lancés, mais on avait peu d’information. »

À l’époque, un dossier sur l’assurance vie pouvait faire tripler les ventes du magazine ! C’est ce qui s’est produit, en 1982, quand Protégez-Vous a révélé que beaucoup de Québécois payaient trop cher leur assurance vie. « Dans les semaines qui ont suivi, des milliers de personnes ont racheté leur vieux contrat pour obtenir une meilleure couverture, dit Jacques Elliott, directeur général du magazine de 1981 à 2001. Les courtiers étaient débordés. »

Selon Richard Lévesque, directeur de la production imprimée, la qualité des biens de consommation, en général, s’est améliorée depuis 35 ans. Les « citrons », notamment dans le monde de l’automobile, sont moins nombreux. Mais acheter est devenu plus compliqué. Devant les yogourts sans gras, sans sucre, avec oméga-3 et probiotiques, le consommateur ne sait plus où donner de la cuillère !

Protégez-Vous simplifie le tout avec rigueur et indépendance. Tous les produits testés sont achetés en magasin (ou loués, dans le cas des véhicules), puis revendus à l’encan. Ils sont analysés dans un laboratoire privé, selon un protocole déterminé par l’une des quatre ingénieures de l’équipe — des « ingénieuses », dit affectueusement Lise Bergeron. On ne barbouille pas n’importe comment les assiettes qui servent à tester un lave-vaisselle !

Pour évaluer un aspirateur, on utilise un tapis spécialement choisi, sur lequel on saupoudre une quantité précise de poussière d’une façon particulière. « Notre méthodologie doit être blindée, dit David Clerk, directeur général des Éditions Protégez-Vous. Il faut être en mesure de justifier auprès du fabricant que son produit est de qualité inférieure. »

Protégez-Vous crée parfois des remous. Ce fut le cas, en octobre 2007, lorsqu’une enquête, menée par Option consommateurs et publiée dans le magazine, a conclu à l’incompétence de la moitié des 39 conseillers financiers testés. En décembre 2007, le géant montréalais Mega Brands a aussi tenté, en vain, d’empêcher la sortie du guide Jouets 2008 (une concentration « hors norme » de plomb avait été détectée dans des pièces d’un jeu Mega Bloks). Le magazine n’a cependant été poursuivi qu’une fois. L’affaire, qui n’a pas trait à Mega Brands, a été réglée à l’amiable, se borne à dire la direction.

Selon l’ancien directeur général Jacques Elliott, Protégez-Vous a contribué à déconstruire le mythe selon lequel plus on paie cher, meilleur est le produit. Il a aussi levé le voile sur des pratiques malhonnêtes, comme le gonflement de factures. En 1995, faire rebrancher un fil dans une voiture a coûté entre 13 et 212 dollars dans les 14 garages visités par l’Association pour la protection des automobilistes, en collaboration avec Protégez-Vous.

Toutes ces enquêtes et, surtout, tous ces tests coûtent cher — près de 500 000 dollars l’an dernier, seulement pour les tests. Et le magazine, publié par un organisme sans but lucratif, ne peut compter que sur des revenus provenant de publicités de gouvernements (pas de partis politiques), de sociétés d’État ou d’organismes sans but lucratif. Les entreprises privées qui souhaitent acheter de l’espace publicitaire doivent véhiculer un message sociétal ou de soutien à une cause.

Protégez-Vous multiplie donc les partenariats. Depuis 1994, il a publié une trentaine de guides en collaboration avec Option consommateurs (Jouets), l’Association pour la protection des automobilistes (Autos), PasseportSanté.net (Mieux manger pour le plaisir et la santé) et l’Association coopérative d’économie familiale de l’Est de Montréal (Acheter une maison).

Cet automne, Hydro-Québec a offert à ses clients qui adoptaient la facture électronique un abonnement de six mois au site Internet de Protégez-Vous, qui donne notamment accès aux archives du magazine depuis 1999. Quelque 15 000 personnes se sont inscrites, doublant le nombre d’abonnés.

Au cours des prochaines années, Protégez-Vous souhaite développer son site Internet, créer des outils pédagogiques pour sensibiliser les enfants aux bonnes habitudes de consommation et publier ses numéros sur du papier recyclé (certains guides le sont déjà). Pour y parvenir, il propose à ses lecteurs, depuis mars 2008, de devenir des « membres amis », en versant une contribution annuelle de 45 dollars. Pas cher pour des conseils d’amis !